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La coupe d'Europe, l'un des fondements de United

La coupe d'Europe, l'un des fondements de United

Le 15/02/2017 à 15:41

LIGUE EUROPA - Saint-Etienne a construit sa légende à travers les grandes épopées européennes. A Manchester United, elles font partie même de l'ADN historique et dramatique du club.

Pendant très longtemps, en Angleterre, les supporters aimaient se moquer de leurs rivaux en chantant sur l'air de Tom Hark "Thursday Nights, Channel 5" ("Les soirées du jeudi sur Channel 5"), en référence aux clubs éjectés du Big Four ou éliminés de la Ligue des champions prématurément et reversés en Ligue Europa, compétition diffusée la chaîne Channel 5 jusqu'en 2012. Si le diffuseur a changé, le chant perdure. Et pourtant, la Ligue Europa en février, même un jeudi soir, reste la coupe d'Europe, la vraie, avec un match aller et un match retour, avec les buts à l'extérieur qui comptent double et le coeur qui vacille. Le quart de finale retour entre Liverpool et Dortmund (4-3) nous a tous retournés l'an passé.

Et ce Manchester United - Saint-Etienne de jeudi reste une affiche empreinte de nostalgie qui ravive certains de nos plus beaux souvenirs de soirées européennes. Car, si les supporters stéphanois vivent parfois dans le souvenir indélébile mais de plus en plus lointain de "la grande épopée des Verts", ceux des Red Devils partagent une relation toute particulière avec les coupes européennes, l'un des fondements même de l'histoire de ce club, bien avant qu'il ne traîne l'image de club le plus riche du monde, ce qu'il est redevenu en début d'année.

Le sacre de 1968, dix ans après le crash de Munich

Il est assez de difficile de défendre l'idée d'un club britannique habité par un désir européen quelques mois seulement après le Brexit. Et pourtant, l'Europe fait partie de l'ADN de United. C'est à travers ces compétitions que les Red Devils ont bâti leur histoire et leurs racines. Tout le monde a lu ou entendu, au moins une fois dans sa vie, l'histoire de la tragédie du crash de Munich qui décima l'équipe de Manchester United, son staff et ses dirigeants. C'était il y a tout juste cinquante neuf ans, le 6 février 1958. L'avion ramenait la formation de Matt Busby d'une qualification pour les demi-finales de la Coupe d'Europe, à Belgrade face à l'Etoile Rouge.

Après une escale à Munich pour remplir les réservoirs de fuel et sa troisième tentative de décollage sur une piste que la neige avait recouvert, la carlingue de la British Airways s'était écrasée dans une maison au bout du tarmac sans jamais avoir quitté le sol. Vingt-trois personnes avaient péri dans l'accident dont huit joueurs, parmi lesquels Duncan Edwards, l'étoile montante, le plus talentueux des joueurs à avoir porté un jour le maillot de United, promis à une collection de Ballons d'or. Seulement neuf joueurs étaient rescapés dont Bobby Charlton et son entraîneur, Matt Busby.

Dans la foulée, les dirigeants avaient réuni les jeunes du club en train de nettoyer les vestiaires pour préparer la prochaine rencontre. Mais, très vite, l'Europe était devenue la quête de Matt Busby et son adjoint, Jimmy Murphy, parti aux quatre coins de l'Angleterre pour rebâtir une équipe après la tragédie de Munich dont la douleur n'a réellement été apaisée que lors du sacre de Wembley, en finale de la Coupe d'Europe, dix ans après le crash.

"A United, aucun joueur de la nouvelle génération ne parlait de Munich 1958. C'était tabou. Mais le sentiment était là, en nous, raconta un jour Alex Stepney, le gardien de l'époque. Toutes nos pensées étaient pour Bobby et Bill (Foulkes, également rescapé). On pensait aussi aux proches des gars morts (dans le crash) car on savait qu'ils étaient dans le stade." Au coup de sifflet final, Busby et Charlton étaient restés silencieux alors qu'on venait leur taper sur l'épaule. Et lors des festivités qui avaient suivi à leur hôtel, Charlton n'a jamais trouvé la force de descendre de sa chambre et affronter le regard des proches des victimes disparues.

Bobby Charlton, Seamus Brennan and Alex Stepney lors de la finale de Coupe d'Europe 1968 entre Manchester United et Benfica Lisbonne

Bobby Charlton, Seamus Brennan and Alex Stepney lors de la finale de Coupe d'Europe 1968 entre Manchester United et Benfica LisbonnePanoramic

Matt Busby s'est battu pour inscrire MU en Coupe d'Europe

Manchester United était devenu le premier club anglais à remporter la Coupe d'Europe pour laquelle Busby s'était tant battu et avait tant perdu, au-delà même de la vie, les "bubsy babes". Douze ans plus tôt, et deux ans avant le crash de Munich, la Fédération anglaise avait signifié au manager de United que son club ne pourrait pas prendre part à la coupe d'Europe. A l'époque, les clubs anglais ne participaient à cette compétition sans légitimité aux yeux de la très protectionniste FA.

L'entraîneur s'était battu comme un diable défendant l'idée que "jouer la coupe d'Europe était l'avenir" pour inscrire son club. Le sacre de 68 aurait dû être le commencement de quelque chose, il a, en réalité, refermé le chapitre 58. Manchester United attendra trente-et-un ans pour soulever à nouveau le trophée, un 26 mai 1999, jour du centième anniversaire de... Matt Busby.

Sir Matt Busby avec les "Busby Babes" - Manchester United

Sir Matt Busby avec les "Busby Babes" - Manchester UnitedPanoramic

Un soir de printemps à Lisbonne ou George Best est devenu "El Beatle"

La coupe d'Europe marqua également l'explosion de George Best au rang de première star du football mondial. C'était un doux soir de printemps 66, à Lisbonne, face à un Benfica invaincu à domicile depuis 3-4 ans. Lors de sa causerie d'avant-match, Matt Busby avait édité un plan, prévenu ses joueurs de ne pas s'aventurer et rester compact en défense.

Après un quart d'heure, Best avait déjà marqué deux buts ! United s'était imposé 5 buts à 1 dans un Stadium of Light qui avait braqué tous ses projeteurs sur un seul gamin de 19 ans. L'Irlandais du Nord avait volé la vedette à Eusebio, qui avait reçu le Ballon d'or quelques mois plus tôt. Best était alors réapparu sur le sol anglais coiffé d'un sombrero acheté à l'aéroport de Lisbonne et surnommé "El Beatle". La légende était née, très vite baptisée "Le cinquième Beatles".

Le triplé de 1999 et le Fergie Time au Camp Nou

Des finales de Coupe d'Europe, on a tous nos propres souvenirs : les Stéphanois se remémorent les poteaux carrés de Hampden Park en 1976 (face au Bayern), les Marseillais le coup de tête de Boli contre l'AC Milan en 1993 (à Munich), les supporters de Chelsea la séance de tirs au but de Petr Cech, parti cinq fois du bon côté, deux repoussés, en 2012 (face au Bayern à Munich). Mais on se souvient tous des deux buts de Manchester United qui ont renversé le Bayern (décidément !) lors des trois minutes d'arrêts de jeu au Camp Nou. Ce fut la naissance du Fergie Time.

L'expression a fait la légende de l'Ecossais qui descendait les quelques marches depuis son banc à Old Trafford pour aller mettre la pression sur le quatrième arbitre et semer la crainte chez son adversaire. C'était le deuxième sacre de Manchester United, qui parachevait le treble (triplé) du club anglais cette année-là. Ferguson a toujours été guidé par l'idée de faire tomber Liverpool, le rival historique, de sa perche, en championnat (20 titres contre 18 pour les Reds) comme en Ligue des champions où il aurait aimé se rapprocher des cinq victoires de Liverpool. Il est resté à trois depuis sa finale 100% anglaise remportée face à Chelsea, en 2008, à Moscou, aux tirs au but.

Aujourd'hui, Manchester United court après son glorieux passé européen mais ces histoires font partie de sa légende. Et Liverpool y a également sa place. Si les Verts n'ont jamais éliminé un club anglais (Liverpool, Manchester United, Ipswich Town), ils font partie de la culture foot anglaise, de ces quiz qui animent les pub les jours de moindre affluence. Une vraie colle ! "Quelle est l'équipe à avoir affronté United en coupe d'Europe sans jamais avoir mis les pieds à Old Trafford ?" Réponse : Saint-Etienne. C'était le 5 octobre 1977, en seizième de finale retour de la Coupe des vainqueurs de coupes. La rencontre, un temps annulée par la FIFA pour cause de débordements de hooligans anglais à l'aller à Geoffroy Guichard (1-1), avait finalement été disputée à... Plymouth, à 250 miles de Manchester !

Alex Ferguson avec son assistant Steve McLaren en Ligue des champions 1999

Alex Ferguson avec son assistant Steve McLaren en Ligue des champions 1999Panoramic

Bruno Constant fut le correspondant de L'Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd'hui avec RTL, Europe 1 et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez écouter mon Podcast 100% foot anglais sur l'actualité de la Premier League et du football britannique

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