Dimanche soir, lorsqu'il est arrivé en voiture à Clairefontaine, Rio Mavuba ne s'est pas trompé de route. Le milieu de terrain lillois avait pris son GPS, au cas où. Mais il n'a pas eu besoin de l'allumer. Le temps n'efface finalement pas tous les souvenirs. Surtout lorsqu'on se raccroche à eux et que l'on ne perd pas la foi. Depuis mars 2007, date de sa dernière apparition en équipe de France, l'ancien Bordelais aurait pourtant pu finir par ne plus y croire. Irréprochable avec le LOSC les mauvais jours, excellent les autres, Rio Mavuba a vu plusieurs trains lui passer sous le nez, Raymond Domenech et Laurent Blanc le laissant constamment sur le bord du chemin.
Aujourd'hui, à nouveau vêtu de bleu, le milieu de terrain ne cherche pas à comprendre le pourquoi du comment. Et ne veut surtout pas s'étendre sur le sujet : "J'étais déçu quand je n'étais pas appelé mais je veux aller de l'avant. Le nouveau sélectionneur m'a appelé, à moi de jouer." Ce qui compte, c'est l'instant présent. Et un jour qu'il attendait depuis si longtemps. "Je suis heureux de retrouver le château et des nouveaux partenaires, a-t-il confié lundi le sourire aux lèvres. Je vais savourer chaque moment. Je suis fier de représenter la France. L'équipe de France, c'est le top. Ça me manquait. Dans ma vie aussi, car c'est le pays qui m'a accueilli"*.
"Je vais rester naturel"
Lancé par Domenech en août 2004 alors qu'il n'avait qu'une poignée de matches de Ligue 1 dans les jambes, Rio Mavuba s'était noyé deux mois plus tard au Stade de France, au cours d'une soirée où Roy Keane (Irlande) lui avait fait vivre un enfer. Ecrasé dans l'engagement et par l'expérience du joueur de Manchester United, le milieu de terrain de Lille avait morflé. Et perdu beaucoup de crédit auprès de Domenech qui avait fini par le laisser sur le chemin de la Coupe du monde 2006. Trop jeune, trop tendre.
Depuis, huit ans ont passé, une histoire s'est écrite et le Mavuba de 2012 n'est plus le même. Le capitaine du LOSC, sacré champion de France en 2011, a bien grandi et n'aura, qu'il le veuille ou non, pas le même rôle en équipe de France que celui, éphémère, qu'il avait à 20 ans. Mavuba n'a honoré que six capes durant sa courte carrière internationale. Mais l'homme et le joueur ont pris de l'envergure. "A l'époque, je faisais partie des jeunes. Aujourd'hui, je suis parmi les vieux. Quand tu arrives à 20 ou 28 ans, il y a une sacrée différence. Le groupe est plus jeune que lorsque je suis arrivé (en 2004). Je vais essayer d'apporter et d'échanger mais je vais rester naturel." Et donc se comporter comme le leader qu'il est devenu, sans en rajouter. "Je ne vais pas reprendre les mecs, prévient-il. Mais si on peut s'entraider, on le fera."
Dans le jeu, Rio Mavuba a également évolué. Il a appris à jouer à deux défensifs à Bordeaux pour s'épanouir à trois dans le nord de la France puis, cette saison, revenir à deux milieux. "Mon bagage est plus large", sourit-il. Mais il n'est pas encore rempli. Il reste un petit vide que l'équipe de France est de nature à combler. Et c'est le moment. Pour ce faire, il pourra compter sur ses coéquipiers ou ex-partenaires lillois qui font désormais les beaux jours des Bleus (Debuchy, Martin, Cabaye, Payet). Et peut-être un peu sur un certain Didier Deschamps qui en connait un rayon en matière de milieux de terrain défensifs. "J'ai suivi sa carrière quand j'étais plus jeune, même si j'étais un peu plus fan d'un joueur qui évoluait au-dessus de lui, Zizou. Je regardais les matches de la Juve, il donnait une image forte, se souvient Mavuba. Je pense que je vais pouvoir prendre exemple et lui demander des conseils." Didier Deschamps ne demande que ça.
* Rio Mavuba est né en mer sur un boat people entre l'Angola et la France
AFP