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Angleterre-France (2-0) : Le match le plus marquant, la défaite la moins importante

Le match le plus marquant de leur vie, la défaite la moins importante de leur carrière

Le 18/11/2015 à 10:21

Mardi, les Bleus se sont inclinés à Wembley face à l'Angleterre (2-0), au terme d'un match qui restera dans les annales. Non pas par son contenu mais en raison de sa charge émotionnelle. Quatre jours après les attentats de Paris, les Bleus avaient la force de le jouer. Pas de le gagner.

Il paraît que les footballeurs abhorrent la défaite. C’est tout à fait vrai. Du moins en temps normal. Mardi soir, le revers concédé face à l’Angleterre (2-0) est passé loin au-dessus des têtes françaises. L’essentiel était ailleurs, même si les Tricolores qui se sont exprimés après la rencontre ont reconnu qu’ils avaient à cœur de bien figurer à Wembley et d’y gagner une troisième fois de suite - après 1999 et 2010 - afin de rendre le plus bel hommage possible aux victimes des attentats de Paris.

Malheureusement, les jambes n’ont pas suivi. Ou les têtes. Voire les deux. Il n’y avait qu’à voir les visages - marqués - des internationaux français en zone mixte pour comprendre. La fatigue n’expliquait pas tout. "Il fallait se reconcentrer (après vendredi), ce n’était pas facile, même si c’est notre travail, a expliqué André-Pierre Gignac, qui effectuait son grand retour avec les Bleus à l’occasion de ce rassemblement. On a essayé de faire abstraction." Les Bleus n’ont pas réussi. Et, franchement, on peut les comprendre.

"Pas les arguments psychologiques et physiques"

"Ce match avait une dimension sportive mais aussi une dimension humaine plus importante, a résumé Didier Deschamps en conférence de presse. L'envie, les joueurs l'avaient et je ne veux pas sous-estimer la victoire de l'Angleterre. Après, face à une bonne équipe anglaise, on a répondu présent mais on n'avait pas les arguments psychologiques et physiques pour jouer un match de haut niveau." Manque d'engagement et d'énergie, déficit dans l'animation : tous ces ingrédients manquants ont rendu la mission française impossible.

"On était tous choqué, embraye Lucas Digne. On était tous derrière les proches des victimes. Ce n'était pas forcément évident. On a essayé de porter haut nos couleurs. On avait quand même envie de jouer. Mais ce n'était pas facile de vivre des jours comme ça. Je tiens juste à présenter mes condoléances aux familles et à remercier le public anglais pour la Marseillaise. Je pense que le résultat est lié au contexte."

Matuidi touché

Les derniers jours ont été, à Clairefontaine comme partout ailleurs en France, compliqués à vivre. Les nuits ont été courtes pour les internationaux et les séances d’entraînement difficiles à appréhender. Résultat : "On n'a pas fait le match que l'on souhaitait, a reconnu Hugo Loris. On a perdu beaucoup d'énergie lors des trois derniers jours et durant l'avant-match. Mais le résultat est secondaire, c'était important d'être sur le terrain. Le message était important", a expliqué le capitaine des Bleus, qui fêtait à Wembley sa 72e sélection.

Hugo Lloris, Kingsley Coman et Moussa Sissoko remercient le public après Angleterre-France

Hugo Lloris, Kingsley Coman et Moussa Sissoko remercient le public après Angleterre-FrancePanoramic

Blaise Matuidi n’était pas le moins touché, mardi soir dans les travées du stade de Wembley. Au sortir de l'enceinte, le milieu de terrain du Paris Saint-Germain avait les yeux rouges. Avant de couper court à la discussion parce qu’il n’avait "plus les mots", il a tout de même trouvé l'énergie pour livrer le fond de sa pensée : "Pour vous dire la vérité, je n’ai plus envie de revivre ça. Plus jamais ça. Je remercie l’Angleterre pour ce formidable hommage. Ils ont été fabuleux, je pense que l’on a montré ce qu’était la vie. Il faut être unis, plus fort que les nationalités et religions. On reste des êtres humains." Kieran Gibbs, qui n’était pas loin, a eu cette formule parfaite : "C’est le match le plus étrange que j’aie eu à jouer. C’est difficile pour nous. Alors imaginez en face…"

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