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Le Chelsea d'Antonio Conte est à classer parmi les très grands

Le Chelsea de Conte est à classer parmi les très grands

Hier à 12:29

PREMIER LEAGUE - Cette saison, le Chelsea d’Antonio Conte a surclassé ses adversaires. Mais quelle place occupe-t-il dans l’histoire du club londonien ?

Dans la "ligue des super managers", Antonio Conte a donc battu Pep Guardiola, Jose Mourinho, Jürgen Klopp et Arsène Wenger. Rien que ça. Et, à ceux qui pointeraient déjà l’absence de Mauricio Pochettino, non, l’Argentin ne figure pas dans cette liste. Pas encore. Pas tant qu’il n’aura pas remporté de trophée majeur comme l’ont fait ses aînés. Conte a donc été sacré champion dès sa première saison anglaise. Ce n’est pas courant. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, il est loin d’être le premier. A Chelsea, Mourinho (2005) et Ancelotti (2010) l’ont fait avant lui, comme Pellegrini à Manchester City (2014) et Ranieri à Leicester (2016).

Avec sept points d’avance sur son dauphin (Tottenham) et quinze sur le troisième (City) avant la dernière journée, l’Italien a assommé la concurrence, très vite. Enfin, pas tout à fait. On a tendance à oublier ses débuts difficiles à la tête de Chelsea lorsque son équipe pointait à huit points du leader (City) après seulement six journées. Au lendemain d’une saison catastrophique (10e), Conte a dû remettre de l’ordre dans la maison bleue et trouver la bonne formule.

La joie d'Antonio Conte après la victoire de Chelsea contre Middlesbrough.

La joie d'Antonio Conte après la victoire de Chelsea contre Middlesbrough.Getty Images

Le tournant ? Ses joueurs le disent tous : la défaite à Arsenal (0-3), le changement de système à la pause et le passage à une défense à trois qui a résolu les problèmes défensifs des Blues tout en apportant un équilibre à sa formation. Résultat : une incroyable série de treize succès consécutifs, les six premiers sans même encaisser le moindre but. La machine est en route et plus personne ne l’arrêtera. Les chiffres l’attestent : 90 points et 29 victoires en 37 journées, la meilleure attaque (80 buts). Tout simplement hors norme. Et le meilleur joueur, N’Golo Kanté, qui, au passage, est devenu le premier joueur à remporter deux titres consécutifs avec deux clubs différents depuis… Je vous donne un indice : il est français… Eric Cantona, avec Leeds (1992) et Manchester United (1993).

La suprématie de cette équipe est incontestable et fut finalement très peu contestée. Première équipe à atteindre la barre des 90 points depuis Manchester United (2009), elle établira, en cas de succès sur Sunderland ce dimanche à Stamford Bridge, le deuxième plus grand total de l’histoire de la Premier League depuis son passage à vingt clubs (lors de la saison 1995-1996) et pourrait même devenir la seconde formation seulement en quinze ans à remporter le doublé cup-championnat. Cela en dit long sur la performance réalisée par le Chelsea de Conte mais pas forcément sur la place qu’il occupe dans l’histoire du club londonien. Est-il tout simplement le meilleur ? La réponse est non.

Moins fort que le Chelsea de Mourinho (2004/2005)

On pourrait penser au Chelsea d’Ancelotti (2009/2010), dernière équipe à avoir raflé le doublé, meilleure attaque dans l’histoire de la Premier League (103 buts) qui s’appuyait notamment sur un trio francophone (Anelka-Drogba-Malouda), mais la concurrence n’était pas la même - Manchester United n’était finalement qu’à une longueur - et les Blues avaient totalisé moins de points (86) que ceux d’aujourd’hui. Non, la meilleure équipe de Chelsea de tous les temps est incontestablement celle de… Mourinho, lors de la première saison du Special One (2004/2005).

Ce Chelsea-là marchait littéralement sur ses adversaires : 29 victoires, 1 seule défaite, 95 points, douze d’avance sur le deuxième (Arsenal) et surtout 15 buts concédés seulement en 38 journées. Une machine ! C’était l’avènement du Chelsea de Roman Abramovich, à coups de millions (de livres) dépensés sur le marché des transferts (96,9 cette année-là). Cech, Drogba, Robben, les champions d’Europe Carvalho et Ferreira avaient rejoint Makelele, Lampard, Terry, Gallas ou encore Duff suivis par Essien l’été suivant. Cette équipe alliait puissance, vitesse et solidité défensive. Rien ne lui résistait. Pas même Manchester United.

Mourinho vs Conte

Mourinho vs Conte Imago

C’est aussi le troisième titre des Blues en l’espace de sept ans (2010 à 2017) et avec trois entraineurs différents, ce qui contredit la promotion de la stabilité et la longévité sur le banc. Cela montre aussi la force de Chelsea à se remobiliser et repartir à la chasse après une période mouvementée. C’est ce qui s’est passé après la difficile succession du premier chapitre Mourinho (2004-2007).

Après la troisième place en 2009 et la nomination de son cinquième manager en deux ans (Ancelotti), le club londonien est allé chercher le titre en 2010. Même chose en 2015 après deux saisons compliquées qui ont vu défilé trois managers en deux ans (Villas-Boas, Di Matteo, Benitez). C’est ce qui faisait la force du MU de Ferguson, jamais écarté de la première place plus d’une saison jusqu’à l’avènement du… Chelsea de Mourinho.

Deux titres en trois ans avec 12,9 M£ de dépenses nettes

J’ai - ici dans cette chronique ou avec mes acolytes du Podcast - souvent critiqué Mourinho pour son recours systématique aux vieilles ficelles ou le bilan de sa dernière année à Chelsea comme de sa première à Manchester United. Mais il faut rendre à Jose ce qui lui appartient et reconnaître l’importance du technicien portugais dans l’élaboration de cet ADN qui a porté les deux principaux cycles glorieux de l’ère Abramovich (depuis 2003).

Le premier, de 2004 à 2012, s’est appuyé sur l’épine dorsale des legends (Cech, Terry, Lampard, Drogba), ossature qui a grandement contribué au titre d’Ancelotti (2010) et au sacre européen de Di Matteo (2012). Le second, entre 2014 et aujourd’hui, est celui des Azpilicueta, Fabregas, Costa, Hazard, Cahill, Willian, Matic, Courtois. Ils n’ont pas été assemblés par Mourinho mais ils ont pris une nouvelle dimension depuis le second passage du Special One (2013-2015) dont a également tiré parti Conte.

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On pourrait même avancer sans tromper que Chelsea est LE grand club anglais de ces quinze dernières années. Depuis 2003 et l’arrivée de l’oligarque russe, aucun club du royaume n’a soulevé plus de trophées majeurs que les Blues (14, dont cinq couronnes royales et une Ligue des champions). Pas même Manchester United (13). Certains diront que c’est avant tout grâce à l’argent d’Abramovich. Ce n’est pas faux.

Sur cette période, Chelsea a investi sur le marché des transferts autant qu’Arsenal, Tottenham et Liverpool réunis : 586 M£ nets, soit 100 M£ de plus que Manchester United mais 200 M£ de moins que Manchester City. Néanmoins, depuis l’arrivée de Marina Granovskaia au sein du club (elle est le bras droit d’Abramovich), Chelsea ne dépense plus sans compter. A tel point que le club a remporté deux des derniers trois titres en ne dépensant que 12,9 M£ nets sur l’ensemble des trois saisons !

Chelsea c’est aussi l’art de viser juste en matière de recrutement - Azpilicueta en 2012, Willian en 2013, Matic, Fabregas et Costa en 2014, Kanté et Alonso en 2016 - tout en excellant dans les ventes : David Luiz racheté 29 M£ deux ans après l’avoir vendu 40, Oscar vendu pour 52 M£ en attendant peut-être Costa (vers la Chine ?) cet été.

Bruno Constant fut le correspondant de L'Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd'hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez écouter mon Podcast 100% foot anglais sur l'actualité de la Premier League et du football britannique.

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