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West Ham patine : Slaven Bilic est-il vraiment le seul responsable ?

West Ham patine : Bilic est-il vraiment le seul responsable ?

Le 11/09/2017 à 00:36Mis à jour Le 11/09/2017 à 22:50

PREMIER LEAGUE - Malgré un recrutement ambitieux (Chicharito, Arnautovic) et expérimenté (Hart, Zabaleta) venu corriger une dernière saison décevante, West Ham n’arrive toujours pas à décoller. Et la menace pèse de plus en plus sur son entraîneur aux méthodes contestées.

Il est loin le temps où Slaven Bilic ravivait la flamme de West Ham au terme d’un exercice 2015-2016 historique (septième, meilleur classement du club depuis 2002). Dès sa première saison anglaise, conclue en apothéose face à Manchester United (3-2) lors des adieux à Upton Park – de son vrai nom le Boleyn Ground –, le technicien croate avait hissé le club londonien aux portes du Top 6, réveillant l’ambition de ses co-présidents David & David (Gold et Sullivan). Un cadeau tombé du ciel pour ces derniers qui s’imaginaient déjà profiter du déménagement dans le Stade olympique pour s’inviter à la table des grands, mais empoisonné tant le club semblait avoir sous-estimé l’importance de Payet dans le visage séduisant des Hammers.

Orphelin de leur magicien, les supporters ont vite déchanté. La mayonnaise, pardon, la Worcester sauce n’a jamais pris au London stadium et les "Jambons de l’Ouest" ont été victimes comme d’autres avant eux du délicat changement de stade, avec un nouveau terrain et des nouveaux repères. Onzième la saison passée après avoir longtemps flirté avec la relégation, West Ham est lanterne rouge après trois journées et un zéro pointé.

Chicharito, Arnautovic, Zabaleta, Hart… Le casting est pourtant séduisant

Et, aujourd’hui comme hier, tous les doigts sont pointés sur l’entraîneur, Slaven Bilic. Le technicien croate était déjà passé tout près de la guillotine la saison passée, avant d'être sauvé in extremis grâce à un succès populaire et symbolique face au plus grand rival des supporters - Tottenham (1-0) - puis d'être confirmé dans ses fonctions en mai dernier avec l’espoir de recouvrer l’effervescence de sa première saison. Pour l’aider, ses dirigeants ont continué à investir dans l’équipe. Après la venue du champion d’Europe Fonte l’hiver dernier, les dirigeants sont allés chercher le buteur mexicain "Chicharito", le fantasque attaquant autrichien Arnautovic, l’expérimenté défenseur argentin Zabaleta et le gardien de l’équipe d’Angleterre Hart.

Joe Hart (West Ham) dépité

Joe Hart (West Ham) dépitéGetty Images

Un casting séduisant sur le papier qui a pour but d’effacer les nombreux échecs sur le marché des transferts. Car, si les mouvements ont été nombreux à West Ham ces deux dernières saisons pour tenter de se rapprocher des places européennes - 23 arrivées pour 19 départs et 161 M€ investis contre 92 M€ récupérés -, ils n’ont pas toujours été couronné de succès. En dehors de Payet, Antonio et Lanzini, on pense à Nordtveit, Feghouli, Masuaku, Martinez, Snodgrass ou au flop désormais légendaire de l’Italien Simone Zaza tandis qu’Ayew et Fonte ont jusqu’ici déçu. Sans savoir réellement qui des dirigeants ou du manager étaient responsables.

Snodgrass : "Bilic ne connaissait pas mon poste…"

La sortie médiatique de Snodgrass, débarqué l’hiver dernier pour prendre la succession de Payet, avait levé le doute en évoquant sa première apparition face à Manchester City, cinq jours après sa signature. "J’allais entrer et il (Bilic) m’a dit : "Où veux-tu jouer ? A gauche ou à droite ?" J’ai pensé "tu viens juste de me recruter et j’ai joué toute la saison à Hull à droite ou derrière l’attaquant." Soyons objectif, cette anecdote en dit autant sur la connaissance de Bilic sur le joueur, visiblement acheté par ses dirigeants, que sur la mentalité de certains Britanniques qui se croient meilleurs qu’ils ne le sont. Si bon que Snodgrass n’a pas trouvé d’autre point de chute que la… D2 anglaise (Aston Villa, en prêt) cet été.

Cet été, l’épisode Renato Sanches a été plus révélateur encore que la saga Carvalho, finalement resté au Sporting, sur les tensions au sein du club lorsque David Sullivan a balancé sur le propre site de West Ham que son entraîneur avait… "décliné" le prêt de la pépite portugaise du Bayern. Une manière peu élégante de se défausser publiquement et qui a provoqué l’ire des supporters solidaires de Bilic dont la réponse ne se fit pas attendre : "Sullivan aime parler..."

Quand l’un des co-présidents se défausse publiquement sur son entraîneur…

Est-ce vraiment de sa faute si West Ham est l’équipe qui commet le plus d’erreurs individuelles conduisant à un but (26 depuis 2015) ? Si la femme de Dimitri Payet ne se plaisait pas à Londres ? Si son équipe a dû entamer la saison par trois déplacements en raison des championnats du monde d’athlétisme au London stadium qui a vu les adieux d’Usain Bolt ? Un épisode qui pourrait d’ailleurs se reproduire si la Grande-Bretagne obtient l’organisation des championnats d’Europe d’athlétisme en 2022…

On en oublierait presque que les Londoniens ont été la première victime du rouleau compresseur mancunien de Mourinho, aujourd’hui leader avec trois victoires et dix buts marqués, et qu’ils sont revenus de 0-2 à 2-2 à dix contre onze sur le terrain de Southampton avant de s’incliner cruellement dans le temps additionnel. C’est davantage la dernière défaite, sans vie ni âme, à Newcastle (0-3) qui inquiète au plus haut point et ravive l’idée d’un problème sur les méthodes d’entraînement du technicien croate.

Des séances d’entraînements critiquées

En mars dernier, Jaap Stam, manager de Reading, avait remis en cause le travail de Bilic après que son nouveau joueur, le jeune Reece Oxford, prêté par… West Ham, s’était dit surpris par l’intensité des entraînements au sein du club de Championship. Six mois plus tôt, Enner Valencia avait émis la même remarque à son arrivée à Everton où "les entraînements (étaient) plus durs". Tout en rappelant qu’il était le premier responsable de son échec cuisant, Simone Zaza avait lui aussi pointé les séances très courtes ("parfois seulement 40 minutes"). Des reproches qui expliquent peut-être les nombreuses blessures ayant frappé l’effectif la saison passée.

Slaven Bilic of West Ham

Slaven Bilic of West HamEurosport

Mais les révélations les plus surprenantes sont venues de l’un des adjoints de… Bilic, un certain Julian Dicks, légende du club. Surnommé The Terminator à sa manière de tirer les penalties, en force, vous l’aurez deviné, mais défenseur avant tout, viril pour ne pas dire méchant, ce dernier a révélé qu’il était en charge du travail… offensif ("les exercices de frappes et les centres"). Etrange approche pour une équipe qui, en 2016-2017, a cédé à neuf reprises l’avantage acquis lors de 21 des 38 journées de championnat, soit près d’une fois sur deux.

En attendant, si une victoire face au promu Huddersfield, lundi soir, donnerait un peu d’air au technicien croate, il est à peu près sûr que celui-ci ne survivrait pas à une quatrième défaite consécutive.

Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.

Pour approfondir le sujet, retrouvez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.

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