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Jorge Sampaoli, le Messie de l'Argentine ?

Sampaoli, le Messie de l'Argentine ?

Le 31/08/2017 à 08:15Mis à jour Le 31/08/2017 à 08:16

QUALIFICATIONS ZONE AMSUD - En position délicate de barragiste à quatre journées du terme des éliminatoires, l'Argentine a pourtant retrouvé un certain optimisme, avant d'affronter l'Uruguay, jeudi, à Montevideo. La suspension de Lionel Messi a été levée, mais surtout, Jorge Sampaoli a été appelé pour qualifier l'Albiceleste et lui redonner un certain lustre.

Calendriers alignés

Le salut viendrait donc de ce petit homme trapu, dont les manières taciturnes se débattent avec une hyperactivité cérébrale et physique palpable. Sélectionneur de l'Albiceleste depuis le 1er juin dernier, Jorge Sampaoli a redonné espoir à tout un pays. Le 28 mars, au soir de son dernier match éliminatoire, l'Argentine voyait pourtant la vie en noire. En position précaire de barragiste, elle venait de s'incliner en Bolivie (2-0) et était condamnée à devoir faire sans Lionel Messi, suspendu pour trois des quatre derniers matches éliminatoires, pour avoir insulté un membre du corps arbitral lors de la réception du Chili (23 mars).

La suspension du quintuple Ballon d'Or a finalement été annulée, mais le désormais ex-sélectionneur, Edgardo Bauza, n'a pas survécu à cette nouvelle déroute. Sampaoli s'imposait alors comme l'homme de la situation pour donner une fin heureuse à une campagne éliminatoire pénible, entamée avec Gerardo Martino à sa tête. Son calendrier s'alignait sur celui de l'Abiceleste : celui d'un homme, qui, à 57 ans, savait que le train ne repasserait peut-être pas une deuxième fois - au point de le conduire à forcer son départ du FC Séville - et celui d'une sélection, cinquième des éliminatoires, qui n'a plus le droit à l'erreur.

Gagner et plaire

Un brin masochiste, l'Argentine se remettrait-elle à y croire car elle se trouve entre les mains de son bourreau ? Sampaoli bénéficie, en tout cas, d'une belle cote dans son pays, notamment pour avoir dominé Messi et consorts en finale de la Copa América 2015. Une défaite qui a marqué les esprits, et qui confirmait que l'Albiceleste, malgré ses Messi, Agüero, Di María, ou Higuain, ne savait plus gagner de trophées. Mais pour un pays dont le football est l'un des grands motifs d'orgueil, Sampaoli avait aussi tout du candidat idéal pour être le coach argentin incarnant le mieux le fameux "gustar y ganar". Plaire et gagner.

Son Chili était ainsi une référence, pour ses résultats, mais aussi pour son identité de jeu ferme et son football séduisant. Au miroir de la Roja, de son bloc équipe hyperactif et de sa capacité à multiplier les phases de possession enivrantes, cette Argentine trop souvent coupée en deux faisait d'autant plus peine à voir. Pour offrir son premier trophée au Chili, Sampaoli avait toutefois mis un peu d'eau dans son bielsisme pour rendre la Roja plus solide sur ses arrières. Reste que, désormais, plutôt que de tisser une toile d'araignée pour neutraliser Messi, il devra le faire jouer.

Jorge Sampaoli et Leo Messi

Jorge Sampaoli et Leo MessiEurosport

Asado chez Messi

Les marques d'allégeance de Jorge Sampaoli envers la star du Barça ne datent pas de sa nomination à la tête de l'Albiceleste. L'ex-entraîneur du FC Séville et de la U de Chile ne s'est ainsi jamais lassé de déclarer que son rêve était d'entraîner "Leo". "Si vous donnez la possibilité d'être heureux à un joueur si déterminant, vous avez 95% de chances de l'emporter", déclarait-il ainsi, en janvier dernier. Comment rendre heureux Messi ? Un article pour Sport de la journaliste argentine Veronica Brunati, indique que le néo-sélectionneur en a parlé avec le quadruple Ballon d'or autour d'un asado, chez lui, à Barcelone. Une première.

Jamais un sélectionneur n'avait fait l'objet d'un accueil aussi attentionné. Un geste qui indiquerait que Messi, lui aussi, croit en la capacité de Sampa de ramener l'Argentine vers des jours heureux. Une version moins enchantée : l'idole argentine veut surtout tout mettre en œuvre pour ne pas vivre ce qui pourrait être son dernier Mondial, devant la télé. Quoiqu'il en soit, toujours selon la très bien informée, Veronica Brunati, Sampaoli a l'intention de faire jouer Lionel Messi dans un positionnement à la Jari Litmanen, pour profiter de sa qualité de passe exceptionnelle, plutôt que de lui demander de faire seul la décision.

Le tabou Icardi

Admirateur de Messi, Sampaoli martèle qu'il veut le mettre dans les meilleures dispositions sur le terrain. Le natif de Casilda a pourtant pris le risque de la froisser en appelant Mauro Icardi. C'est, tout du moins, ce que dit la rumeur populaire. Elle veut que l'absence du nerazzurri de la sélection, jamais appelé par Martino, puis Bauza, soit due au veto de la star blaugrana. En cause : une affaire d'adultère. Icardi est marié à Wanda Nara, ex de Maxi Lopez, un proche de Messi.

Ostracisé de l'Albiceleste, malgré trois dernières années fastes à l'Inter Milan, l'avant-centre de 24 ans a non seulement été appelé par Sampaoli, mais tout indique que le nerazzurri sera titulaire, jeudi, face à l'Uruguay de Cavani et Suarez (incertain). Au-delà du cas du goleador de l'Inter, le néo-sélectionneur a aussi marqué sa différence en se passant de Gonzalo Higuain, et en appelant l'ex de la Roma, Leandro Paredes, l'un de ses joueurs que l'Argentine réclamait, pour être susceptible d'apporter du liant entre attaque et entre-jeu, la talon d'Achille de l'Albiceleste.

Mauro Icardi

Mauro IcardiAFP

Peupler le cœur du jeu

Depuis sa prise de fonction, Jorge Sampaoli semble avoir les coudées franches pour redonner de son lustre à l'Argentine. Autant que de qualification, il a d'ailleurs évoqué un projet à l'horizon 2022. L'ex-entraîneur du FC Séville a ainsi indiqué suivre une centaine de joueurs aptes à répondre à ses exigences. Un travail d'observation exhaustif qui pourrait profiter à des joueurs du championnat argentin, comme Lautaro Acosta (Lanus), pressenti pour occuper le côté droit de l'entre-jeu, Angel Di María se chargeant de la gauche. L'ex-coach de Séville ne cache pas vouloir donner un visage foncièrement offensif au dernier finaliste de la Coupe du monde.

En juin, lors de son deuxième mach amical, face au très modeste Singapour, il avait ainsi tenté un 2-3-5. Jeudi, à Montevideo, ses choix devraient toutefois être moins radicaux. Selon la presse argentine, l'Albiceleste va proposer un 3-4-3, avec Icardi en pointe, escorté d'un duo Messi-Dybala dans une position intérieure. Pour que l'Argentine retrouve un début d'harmonie collective, Sampaoli veut peupler le cœur du jeu. Pour imposer ses idées, il ne dispose toutefois que de peu de marge. Face à l'Uruguay, puis face au Pérou (mardi), Jorge Sampaoli devra convertir en points l'espoir soulevé, sous peine que l'état d'urgence ne soit à nouveau décrété.

Le 11 probable face à l'Uruguay : Romero – Otamendi – Fazio (ou Mascherano) – Mercado – Pizarro (ou Paredes) – Biglia – Di María – Acosta (ou Rigoni) – Dybala – Messi - Icardi

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