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La Bombonera, le 12e homme qui peut rapprocher l'Argentine du Mondial ?

La Bombonera, le supplément d'âme qui peut sauver l'Argentine ?

Le 05/10/2017 à 08:31Mis à jour Le 05/10/2017 à 14:54

Pour son match décisif face au Pérou, jeudi soir (1h30 heure française dans la nuit de jeudi à vendredi), l'Argentine a rompu avec ses habitudes, et a choisi de jouer à la Bombonera. Un stade mythique qui pourrait aider le barragiste provisoire à gagner pour entrevoir une qualification pour la Coupe du monde ?

Pour sa première à domicile comme sélectionneur de l'Argentine, Jorge Sampaoli était un peu comme chez lui. Hincha revendiqué de River Plate, l'ex-coach du FC Séville se sentait forcément comblé de pénétrer au sein de l'estadio Monumental, l'antre du club à la diagonale rouge, comme coach de l'équipe locale. Pour que le climat soit encore plus familier, "Sampa" avait aussi fait tourner, lors de l'avant-match, une playlist de rock argentin plutôt musclée. Une sélection conforme à ses goûts. Pour le natif de Casilda, le cadre était idéal, mais le dénouement de la soirée du 5 septembre ne le sera pas. Après une prestation médiocre et un petit point pris face au modeste Venezuela (1-1), le Monumental sifflait sa sélection, médiocre cinquième des éliminatoires.

Cette nouvelle contre-performance de Messi et consorts a décidé l'AFA (Association du football argentin) à prendre une décision inédite en ce siècle : faire jouer un match éliminatoire de l'Albiceleste à la Bombonera, la mythique enceinte de Boca Juniors, le grand rival de River Plate. La raison officielle ? Rompre avec les vieilles habitudes, pour ne pas ramener les joueurs à leurs échecs récents. Lors de la présente campagne éliminatoire, l'Albiceleste ne l'a emporté qu'une fois au Monumental, pour deux nuls et une victoire, alors qu'elle a gagné trois fois, pour une défaite, lors de ces matches dans des stades de province.

"On veut enlever aux joueurs la pression de toujours voir la même chose, a assuré Claudio Tapia, le président de l'AFA, on veut qu'ils sentent une ambiance différente, c'est à cela que j'ai pensé quand j'ai décidé de quitter (le Monumental)". La raison officieuse ? Comme Messi ne suffit pas, l'Argentine compte sur le poids de la Bombonera, cette cocotte minute bleue et jaune, pour l'aider à faire plier le Pérou, quatrième des éliminatoires. En pleine bourre, la sélection dirigée par l'Argentin Ricardo Gareca reste sur un nul et trois victoires en matches officiels, en 2017.

L'une des tribunes du Stade Monumental de River Plate

L'une des tribunes du Stade Monumental de River PlateGetty Images

" La première fois que j'ai joué dans la Bombonera, je pensais que mes jambes tremblaient, mais ce n'était pas mes jambes..."

Quand on visite la Bombonera, ce qui impressionne en premier lieu est la verticalité de ses tribunes, notamment celle occupée par la barra brava "la Doce", le douzième homme. Selon la version la plus répandue, un fan de Boca qui avait suivi son équipe lors d'une tournée en Europe, en 1925, a été à l'origine de cette expression qui rappelle que le public peut influer sur le résultat d'un match. Situé au cœur d'un quartier populaire de Buenos Aires, le stade Alberto J. Armando, son nom officiel, symbolise le football comme passion. A l'inverse de la vasque du Monumental, où la pelouse est séparée des tribunes par une piste d'athlétisme, il n'existe pas le moindre échappatoire à la pression du public au sein de la compacte Bombonera, surnommé ainsi pour avoir la même forme qu'une boîte de bonbons.

Le stade de Boca Juniors ne peut accueillir que 49000 spectateurs, contre 60000 pour le Monumental, mais l'ambiance qui y règne est autrement plus oppressante. "Quand on dit que le terrain de la Bombonera tremble, ce n'est pas qu'une expression, expliquait à ESPN Hernan Crespo, ex de River Plate. La première fois que j'y ai joué, je pensais que mes jambes tremblaient, mais ce n'était pas mes jambes...". Les supporters de Boca préfèrent, eux, dire poétiquement que "la Boca ne tremble pas, c'est son cœur qui bat".

Quand l'Argentine a annoncé son intention de jouer son avant-dernier match éliminatoire à la Bombonera, la Fédération péruvienne a fait part de sa préoccupation à la Conmebol, en mettant notamment en avant des raisons de sécurité. Une manière de mettre des bâtons dans les roues à son adversaire, mais peut-être aussi la manifestation d'une certaine crainte face au pouvoir d'intimidation du douzième homme envers ses joueurs, mais aussi envers l'arbitre, alors que le Pérou s'est persuadé que la FIFA fera tout pour aider l'Argentine de Messi à être au Mondial en Russie. Avec la Bombonera comme alliée, Boca Juniors est ainsi devenu la deuxième équipe la plus titrée en Copa Libertadores, avec six sacres.

La Bombonera et son ambiance unique

La Bombonera et son ambiance uniqueAFP

Sampaoli prêt à lancer des Xeneizes d'entrée ?

"L'énergie de la Bombonera est sans commune mesure, considère Tite, l'actuel sélectionneur du Brésil, qui avait disputé une finale de Libertadores, avec Corinthians, face à Boca. L'écho des tribunes, l'adrénaline qu'elle génère… je n'ai jamais vu ça." Mais l'enceinte, considérée en 2015 comme la meilleure du monde par le magazine anglais Four Four Two, s'enflammera-t-elle pour la sélection comme elle s'emballe pour Boca ? Selon la presse argentine, la Doce a déjà promis un accueil digne des grands jours. Une aide qui serait toutefois loin d'être gratuite. Selon le quotidien El Tiempo, les dirigeants de la barra brava, qui ne pourront pas assister au match parce qu'ils sont toujours interdits de stade, ont hérité de 4000 places, grâce aux bons offices du président de Boca Juniors, et vice-président de l'AFA, Daniel Angelici. Des billets dont une bonne partie devrait être revendue à prix d'or par cette organisation de supporters aux méthodes mafieuses.

La Bombonera tremble, subjugue, mais peut-elle également faire l'équipe ? A en croire la presse argentine, Jorge Sampaoli serait, en tout cas, prêt à lancer l'avant-centre de Boca Juniors, Dario Benedetto, en lieu et place de Mauro Icardi, jeudi soir. Dans l'entre-jeu, un recours à Fernando Gago, autre Xeneize, serait également envisagé. Connaître dans ses moindre recoins la Bombonera, avoir apprivoisé l'intensité de son ambiance, peut-il être un élément pris en cause par Sampaoli au moment de définir son onze ?

Quoiqu'il en soit, le choix de ce stade mythique ne fait pas l'unanimité en Argentine. Et pas seulement chez les fans de River Plate. Car, la Bombonera ramène à un très mauvais souvenir. En 1969, l'Albiceleste y avait déjà accueilli le Pérou, justement. Après avoir concédé le nul (2-2), la sélection locale avait été éliminée de la course au Mondial 1970. C'est la dernière fois que l'Argentine a été privée de Coupe du Monde. Ex-défenseur international péruvien et ancien de Boca Juniors, Julio Mélendez a peut-être le mieux résumé le pouvoir d'influence de la Bombonera, mais aussi ses limites : "Elle est unique, mais elle ne fait pas de miracles» a-t-il déclaré à la Nación. Jorge Sampaoli le rappellera t-il à ses joueurs ?

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