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Italie - Le jour d’après

Le jour d’après

Le 14/11/2017 à 11:57Mis à jour Le 14/11/2017 à 11:58

Ce n’était pas un cauchemar, l’Italie n’a pas été capable de venir à bout de la Suède et ne participera donc pas à la Coupe du monde en Russie.

"Y’en marre des articles négatifs sur le foot italien". A force de lire souvent ce type de commentaires sous mes articles, j’ai moi-même eu le doute. Suis-je trop exigeant envers l’activité que je suis quotidiennement ? Ou alors trop pessimiste dans mon approche ? Rien de tout ça, le résultat d’hier soir a confirmé mes sensations. Pour vous donner un ordre d’idées, depuis que je me suis lancé dans l’aventure du journalisme via Calciomio en 2008, j’ai suivi la Nazionale pendant trois Coupes du monde avec deux éliminations au 1er tour et donc l’historique élimination hier soir. La finale de l’Euro 2012 et les trois de Champions League (une gagnée par l’Inter, deux perdues par la Juve) ne changent rien au constat, tout comme il est inutile d’analyser la généreuse prestation des azzurri.

Oui, c’était le match le plus important de l’histoire de la Nazionale

C’est une formule que j’ai volontiers utilisée ces derniers jours et qui n’a pas toujours été comprise. L’Italie a disputé des finales de Coupes du monde, et le résultats qui en suivaient étaient forcément positifs, même en cas de défaite avec la satisfaction du chemin parcouru et aucune conséquence négative sur le futur de la sélection. En revanche, hier, les enjeux n’avaient jamais été aussi importants. Déjà sur le plan moral, avec une élimination inconcevable pour une des nations historiques du foot et la fierté d'un peuple de passionnés et connaisseurs. Mais la Nazionale jouait aussi son avenir économique : pas de primes de la FIFA, des pénalités à payer aux sponsors, la dévaluation de son image auprès d’eux, de son équipementier et des droits TV. Des ressources en moins pour relancer un système défaillant.

Carlos Tavecchio

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Oubliez de suite la révolution, si rien ne s’est passé suite aux deux derniers Mondiaux, pourquoi cela devrait être le cas maintenant ? On se retrouvera avec les mêmes politiciens à la tête des institutions, les mêmes disputes de voisinage, les mêmes conflits d’intérêt, la même jalousie ambiante. Carlo Tavecchio, 74 ans et président de la fédération fraichement réélu malgré ses nombreux écarts de langage, n’a aucune intention de poser sa démission. Ce personnage anachronique préfère exhiber ses succès : le soutien décisif pour l’élection de Ceferin et Infantino à la tête de l’UEFA et de la FIFA et l’instauration de la Vidéo en Serie A. Ça nous fait de belles jambes. Pis, son éventuel successeur serait Cosimo Sibilia, patron du foot amateur et… proche de Tavecchio. Sauf surprises, le cirque continuera avec toujours l’amère sensation que l’énorme culture footballistique italienne et le potentiel qui l’accompagne sont en grande partie gâchés.

Merci San Siro

J’étais en tribune de presse hier soir, et quand l’immense déception sera passée, restera la satisfaction d’avoir assisté à un moment historique mais aussi à une des plus belles ambiances. Hormis la bronca lors de l’hymne suédois, le public de la légendaire enceinte milanaise a été exemplaire, admirable, enthousiasmant. Un "Inno di Mameli" chanté à gorge déployée puis entonné de nouveau vers la fin du match. Chose rare durant une rencontre de la Nazionale. Les offensives italiennes sentaient l’improvisation à plein nez, mais les spectateurs poussaient de toutes leurs forces. C'était plus qu'une rencontre de football. J’ai bien cru qu’Andrea Pirlo allait être démenti, puisque le jeune retraité avait récemment déclaré "Je n’ai jamais vu un spectateur marquer un but". Lorsque le triple coup de sifflet final a retenti, les tifosi n’ont même pas eu le courage de contester. Le sélectionneur Ventura en a pris pour son grade certes, mais beaucoup n’avaient qu’un souhait, pouvoir saluer l’immense Gigi Buffon à sa 175e et dernière apparition avec le maillot azzurro.

Italie San Siro

Italie San SiroGetty Images

Courage, amici*

Pas ça Gigi, pas toi, pas aujourd’hui, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait. Je te revois encore claquer cette tête de Zidane lors de la finale de 2006, et je me revois aller fêter ce succès dans les rues de Lyon, partageant ce moment avec de nombreux "ritals" (ce n’est pas péjoratif quand ça sort de notre bouche). Des Français d’origine italienne fêtant une victoire contre la France en France. Incompréhensible pour certains, jouissif pour d'autres avec une sensation de communion incroyable, rendue inoubliable par le scénario fou de cette rencontre. De fait, mes pensées vont en priorité aux centaines de milliers de tifosi de la Nazionale résidant dans l’Hexagone, et généralement beaucoup plus sensibles que les Italiens eux-mêmes quant aux aléas de leur sélection.

Sans tomber dans le mélodrame, je pense aux petits et petites qui sont allée à l’école ce matin les yeux rougis, aux papas et mamans devant affronter les collègues de boulot ou les voisins les nerfs à vif. Les moqueries vont être nombreuses, et surtout justifiées. Il faudra tenir le coup, encaisser, ravaler son orgueil, faire profil bas. Pensez aux quatre étoiles mais pas trop. Evitez de calculer les jours nous séparant du Mondial 2022 et de suivre le tirage au sort du 1er décembre. Songez plutôt, si vous le pouvez, à partir en vacances entre le 14 juin et le 15 juillet. Pourquoi pas sur le littoral italien, ou sur ses splendides collines trop méconnues. Histoire d'éviter la haute saison, et de continuer de garder contact avec le pays de nos ancêtres.

*Amis

Gianluigi Buffon

Gianluigi BuffonGetty Images

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