RAYMOND DOMENECH, avez-vous fêté la qualification avec vos joueurs ?
R.D. : Dimanche midi, on a bu une coupe de champagne tous ensemble. Je pense qu'il faut marquer le coup et ne pas passer cela sous silence. C'est quand même une qualification, c'est important. Dimanche matin, on s'est dit bonjour avec un grand sourire, c'est un bonheur. Les trois-quarts ne boivent pas de champagne mais tout le monde est quand même venu trinquer.
Quel a été le tournant durant ces qualifications ?
R.D. : On a reçu une claque après l'Ecosse, deux fois même, qui nous a remis dans le doute. Ces deux matches de l'Ecosse ont remis la pression. C'était pas mal finalement. Parfois, ce sont les matches que l'on gagne que l'on considère comme des matches importants. Mais là, ce fut nos défaites. Elles nous ont remis à chaque fois dans la situation des qualifications de la Coupe du monde 2006 qu'on connaissait bien. On ne pouvait pas se permettre derrière de passer à travers. Il fallait absolument se ressaisir et prendre conscience de la situation pour repartir de l'avant avec une vraie pression.
Par rapport à la qualification pour le Mondial 2006, c'était plus dur ?
R.D. : Par rapport à la qualification du Mondial 2006, il y a eu cette fois autour de l'équipe des pics d'optimisme et de pessimisme. Pour les qualifications du Mondial, c'était un pessimisme moyen, total, permanent. Là, c'était un coup "ils sont qualifiés", puis deux fois après l'Ecosse (deux défaites françaises) on était complètement éliminés. C'était moins linéaire. Aujourd'hui, l'atmosphère est plus calme qu'il y a deux ans. Qu'est-ce qu'on va se faire ch&hellip ! (Il sourit) Mais je vais trouver quelque chose. Il y aura bien des discussions sur les joueurs que je prendrai ou pas.
Cette qualification renforce-t-elle votre légitimité ?
R.D. : Ma position, je m'en fous. Je n'ai pas besoin de ça. Je ne suis pas motivé par ma position. Ce qui est important, c'est que le football français continue à bien fonctionner. Pour l'instant, je suis là. Un jour, je n'y serai plus. On est toujours dans l'action. Maintenant, il faut s'organiser pour être le mieux possible pour ce Championnat d'Europe.
Vous auriez pourtant fait les frais d'une élimination de la France&hellip
R.D. : Je ne me suis pas posé ce genre de questions. On a toujours eu notre destin entre les mains. On n'a jamais dépendu des autres. Donc je n'ai pas eu d'angoisse particulière. Ce qui est inquiétant, c'est lorsque que tu attends le résultat d'un autre pour savoir si tu es qualifié. Cela n'a pas été le cas.
Vous êtes tout de même le premier sélectionneur de l'équipe de France à se qualifier pour deux grandes compétitions de rang...
R.D. : Je préférerais être le premier à avoir gagné deux fois de suite ! Il est normal que le football français participe à toutes les grandes compétitions une fois tous les deux ans. Les Espagnols ou les Italiens raisonnent comme cela.
A l'Euro, l'objectif sera de gagner le titre ?
R.D. : Oui. Mon but, c'est de gagner la finale. C'est l'objectif. Tout le monde rêve de ça.
Est-ce que le fiasco de l'Euro 2004 était un accident qui n'arrivera plus ?
R.D. : On n'est jamais à l'abri d'une catastrophe, d'une compétition ratée. Il faut se souvenir de ce qui s'est passé. Ne pas reproduire les mêmes erreurs. En 2004, je n'étais pas là, mais j'ai des éléments. Et j'ai des éléments sur pourquoi ça a marché en 1998, que j'ai aussi utilisés.
L'Euro 2008 et le Mondial 2010 sont liés ?
R.D. : Oui, ceux de 1998, il va bien falloir qu'ils arrêtent un jour. Le renouvellement est en train de se faire. On est dans la situation dans laquelle était Aimé Jacquet en 1996.Quand il parlait de 1998, il disait qu'il fallait absolument se qualifier pour l'Euro 96 pour faire une bonne Coupe du Monde 98. Je dis un peu la même chose. Des joueurs arrivent, ont besoin de faire des matches et de grandes compétitions pour remplacer, un jour, ceux qui sont là. Pour cela il faut que les anciens soient toujours là pour les encadrer. Les amener, mais pas leur laisser la place sous prétexte qu'ils sont jeunes.
Pensez-vous déjà à la liste des 23 pour l'Euro ?
R.D. : Je ne suis pas encore dans la projection des 23. Aujourd'hui, je profite de ce bonheur tranquille. Mais ça viendra vite. Ça dépendra de chaque match qu'ils feront en sélection ou en club, ce sera une pierre dans leur jardin ou une étoile dans leur ciel. Ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas ouvrir la porte juste pour l'ouvrir. S'il y a de nouveaux prétendants à l'équipe de France, il faudra qu'ils frappent fort. Maintenant, une sélection n'est jamais définitive. Aux joueurs de me montrer leurs ambitions et ce dont ils sont capables.
Vous avez plus de certitudes sur vos joueurs qu'avant le Mondial ?
R.D. : Non, j'avais mon équipe en tête et même celle de la finale de Coupe du monde. Même Ribéry ? Mystère&hellip
Dans ce contexte, quel devient l'enjeu du déplacement en Ukraine, mercredi ?
R.D. : Ce match est déjà une préparation pour l'Euro. Pour les joueurs qui seront là, il y aura des enseignements. Ce sera contexte difficile : il fera froid, on va jouer un adversaire solide, qui a absolument envie de nous battre je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Donc c'est un match qu'on prend très sérieux et qu'on doit jouer à fond. Quelque part, ce sera aussi une façon de montrer qu'on avait besoin de personne pour se qualifier et qu'on s'est qualifié tout seul.
Le fait que les éliminatoires de l'Euro aient une incidence sur la désignation des têtes de séries peut-il être une source de motivation supplémentaire à Kiev ?
R.D. : Quoi qu'on fasse en Ukraine, on ne sera pas tête de série car je pense que les Italiens seront devant nous. Je les vois mal perdre face aux Iles Féroé. Les Italiens seront la quatrième tête de série de cet Euro.
Finalement, est-ce que ça n'est pas mieux de ne pas être tête de série sachant qu'il y aura l'Autriche, la Suisse et la Grèce ?
R.D. : (Il rit) Vous avez le droit de le dire mais pas moi... Je ne sais pas, je ne connais pas la valeur des différentes équipes. Je ne fais aucune projection sur un éventuel calendrier. Moi j'espère rencontrer le Luxembourg, Andorre et Malte mais ils ne font pas partie des qualifiés. En tout cas, c'est vrai qu'il y a un groupe qui risque d'être compliqué, c'est celui de l'Italie.
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