RAYMOND DOMENECH, craignez-vous des séquelles de la dernière défaite contre l'Ecosse (0-1) ?
R.D. : Au niveau des points oui, et du joker aussi car nous n'en n'avons plus. Mais si on passe, on dira "non il n'y a pas de séquelles, ça nous a servi de leçon". Sinon, on dira "oui, ça nous a traumatisés". Contre l'Italie et l'Ecosse, sur six points possibles, on en prend un... Contre les Féroé et la Lituanie, si on ne prend pas six points, on est morts ! On le sait.
Vous avez appris quelque chose sur votre équipe lors de ce match ?
R.D. : Je reprendrais une phrase de Roger Lemerre : "le dépassement de fonction". Il faut parfois faire plus que ce qu'on attend de nous. Et c'est vrai. Il y a parfois besoin de moins d'académie, moins d'organisation, mais peut-être plus de folie. Mais cette folie, ça ne se commande pas.
Face aux Iles Féroé, ça risque d'être un peu le même adversaire que l'Ecosse...
R.D. : Oui, à peu près le même type de match. Il faudra aller plus vite, avoir plus de conviction devant le but. Et ne pas négliger l'aspect défensif car c'est une équipe qui sort. On ne pose pas le jeu dans ce genre de match, on accélère en permanence.
On parle souvent de traquenard pour ce genre de match...
R.D. : On y est allé il y a trois ans, il n'y pas de surprise. Le terrain ne sera pas aussi grand qu'au Stade de France, l'herbe pas aussi bonne, le temps ne sera pas extraordinaire, le public est proche. On a toujours l'impression qu'on peut dire bonjour à tout le monde (sourires)... Mais les joueurs savent tout ça, surtout ceux qui étaient déjà là il y a trois ans. Ils savent que ce ne sera pas facile. Il faudra savoir rentrer dans le match pour faire ce qu'il y a à faire et ne pas rentrer dans ces considérations.
Qu'est-ce qu'il y a de plus à craindre aux Féroé ?
R.D. : Jouer en se croyant déjà en Ukraine. Il ne faut pas mettre un ordre de grandeur pour les matches à jouer: il y a les Féroé, la Lituanie, l'Ukraine...
Mais les Féroé, ce n'est pas l'Italie...
R.D. : Maintenant, tous les adversaires s'appellent trois points ! On a neuf points à prendre pour être qualifiés. Et c'est notre seule pression.
En 2004, vous aviez eu des mots durs après la victoire française 2 à 0 aux Féroé...
R.D. : A la fin, j'avais dit qu'on avait été mauvais. J'avais le droit de le dire car on avait même été particulièrement mauvais. Ce n'était pas un miracle qu'on ait gagné mais pas loin. On joue à dix au bout d'une heure (exclusion de Vieira), Cissé marque hors-jeu de dix mètres au bénéfice de la règle du hors-jeu passif alors qu'il était hors-jeu de dix mètres... Sinon, on ne sait pas ce qu'il se serait passé. Je ne serais peut-être pas là aujourd'hui. A l'époque je n'étais pas langue de bois. Maintenant je ne dis plus "on a été mauvais", je dis "on pouvait faire mieux" !
Cette saison, l'équipe de France n'a inscrit qu'un seul but. Cela vous inquiète-t-il ?
R.D. : Sur trois matches, dont un en Italie. On peut parler du fait qu'on n'a pas marqué lors du match face à l'Ecosse, avec les explications qu'on a déjà tous donné. Mais ça n'est pas vérité pour l'avenir, c'était juste sur ce match là. En revanche, on ne peut pas parler de catastrophe en Italie dans la mesure où l'on est revenu avec un 0-0. Il y a un match où l'on n'a pas marqué. Maintenant, on sait qu'il faudra marquer dans les prochains matches.
En ce moment, comme en 2002, on a les meilleurs attaquants dans de grands championnats européens mais l'équipe de France ne marque plus...
R.D. : Ça situe aussi le niveau de l'équipe nationale. Ça veut dire qu'il faut sans doute en faire un peu plus en équipe nationale qu'en club car l'adversaire est plus performant. Ce sont les meilleurs de chaque pays à chaque fois. Je suis quand même content d'avoir des attaquants qui marquent en club. Quand on a cette capacité, en équipe de France, ça peut se concrétiser.
N'y a-t-il pas un problème de qualité des centres ?
R.D. : J'ai revu le match contre l'Ecosse, ce ne sont pas les centres qui ont été défaillants, il y a eu aussi des absences au premier poteau, au deuxième poteau... C'est un ensemble. On ne veut pas perdre le ballon: le centreur se dit "il n'y a personne au premier poteau" et celui qui pourrait aller au premier poteau se dit "je n'y vais pas, car le centreur va faire un crochet de plus"...
Dans ce contexte, pensez-vous que les déclarations de David Trezeguet sont un pêché d'orgueil ?
R.D. : Non, ce n'est pas un pêché d'orgueil. Moi, j'aime bien les joueurs qui s'affirment et qui ont le sentiment de leur valeur. C'est vrai qu'il a sa place ! Mais il y en a d'autres aussi qui ont leur place et mon rôle est de faire des choix sur le moment. Je ne dis pas qu'il n'a pas sa place, qu'il n'a pas de qualités. Il y en a d'autres aussi. A ce poste-là, il y a du monde et il faut faire des choix. Ce n'est pas un péché d'orgueil de revendiquer ses qualités. Au contraire. A ce niveau, c'est même nécessaire. Mais on ne peut pas jouer avec quatre avant-centres. D'ailleurs, vous ne l'avez jamais entendu dire qu'il était meilleur que les trois ou quatre qui sont à sa place.
Lui s'appuie sur les illustres entraîneurs qu'il a connus dans sa carrière pour se justifier...
R.D. : Je ne suis pas illustre... Ce que disent les autres ne me concerne pas. Moi, c'est l'équipe de France. Les entraîneurs gèrent leur club. Et je l'ai fait avant eux : quand un mec n'est pas pris en sélection et qu'on veut le renforcer, on prend parti pour lui. Pour qu'il ait les boules et qu'il me montre au match suivant de quoi il est capable. C'est logique, ils doivent le gérer tous les jours. C'est tellement grossier que cela me surprend encore que l'on puisse utiliser ces ficelles. Mais ça ne me dérange pas. A leur place, je ferais même pire ! Qu'est-ce que je mettrai aux sélectionneurs, vous ne pouvez pas savoir ! C'est de la communication. C'est nécessaire.
Et que pensez-vous de Karim Benzema avec Lyon ?
R.D. : Il est meilleur buteur du championnat de France. Ça n'est pas bon signe pour nous ça (Sourires)... Il en est à six, sept buts. Dix, déjà ? En dix matches ? C'est bien ! J'espère qu'il va continuer comme ça. Il marque mais il peut jouer dans l'axe ou sur les côtés, il a un bagage assez complet. C'est intéressant. Ça répond à une autre partie de la question de tout à l'heure : la concurrence existe.
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