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Un hôtel, des chambres et un "concept anachronique" : voilà comment se termine le mercato en Italie

Un hôtel, des chambres et un "concept anachronique" : voilà comment se termine le mercato en Italie

Mis à jourLe 01/02/2016 à 00:30

Publiéle 01/02/2016 à 00:30

Mis à jourLe 01/02/2016 à 00:30

Publiéle 01/02/2016 à 00:30

En Italie, le mercato se termine à 23 heures et… dans un hôtel de Milan. C'est une tradition de l'autre côté des Alpes. Tout le monde, dirigeants, joueurs, agents et journalistes y sont conviés pour le sprint final du marché des transferts, été comme hiver. Andrea Locatelli, l'un des organisateurs, décrypte cette curiosité italienne.

Andrea Locatelli, pouvez-vous vous présenter ?

A.L. : Je suis vice-président d’Infront Italy, nous sommes conseillers de la ligue de football italienne concernant surtout la distribution et la vente des droits télé. Pour le "calciomercato", nous sommes partenaires de l’ADISE, l’association des directeurs sportifs italiens qui a reçu un mandat de la fédération italienne pour s’occuper de l’organisation de ces sessions spéciales. C’est une prérogative très italienne qui remonte aux années 50 et qui a été inventée par un dirigeant de Palerme. Cela fait vraiment partie de la culture italienne de développer des points de rencontres favorisant les négociations, même si cela s’est modifié ces dernières années avec les modalités désormais variées pour valider des transferts. Néanmoins, la nécessité d’avoir cet endroit à disposition est toujours là, surtout le dernier jour.

Quel est votre rôle précisément ?

A.L. : Nous épaulons l’ADISE depuis deux ans et avons pris la succession d’un autre organisme. Nous les aidons à donner un format, une mouture en s’occupant surtout des rapports avec les médias.

Depuis quand cette formule officielle existe ?

A.L. : Cela fait sept ou huit ans qu’elle a lieu dans cet établissement, nous avons maintenu l’accord avec l’Executive Hotel. Il n’y a pas d’appel d’offres. Disons qu’ici on est bien situé avec par exemple la gare Garibaldi qui se trouve juste en face.

Adriano Galliani (AC Milan)
Adriano Galliani (AC Milan) - AFP

Pourquoi faire ça à Milan et pas à Rome ?

A.L. : C’est une tradition née à Milan, l’hôtel Gallia a hébergé cette manifestation pendant de très longues années, mais je pense que ce sera la dernière édition ici, car l’hôtel va être restructuré, voire fermé. Ce ne sera pas compliqué de trouver un autre endroit, pas forcément à Milan d’ailleurs, mais il faut qu’il soit facilement accessible, dans une position centrale pour les opérateurs. En ce sens, Milan a toujours été très commode car proche du siège de la Lega où les clubs ont l’habitude de se rencontrer.

Qui peut avoir accès à ce centre névralgique ?

A.L. : Il y a un système d’accréditations pour les dirigeants, agents et même les joueurs. Des zones qui leur sont entièrement réservées, même si les négociations tendent à se faire dans des lieux différents, cela peut être dans des restaurants ou hôtels voisins. Cet endroit vit son moment de fréquentation maximale lors du tout dernier jour alors qu’il était par exemple opérationnel jeudi et vendredi derniers pour cette session hivernale. Il y a la nécessité jusqu’à la dernière minute de pouvoir valider les transferts, c’est vraiment là où tout se passe, c’est aussi le cas pour les télévisions qui sont sur le qui-vive le dernier jour.

Que trouve-t-on dans les chambres de chaque club ?

A.L. : Cela dépend des divisions. Les équipes de Serie A ont le droit à une chambre dans les étages et les dirigeants peuvent même y dormir s’ils le veulent. Ceux de Serie B et Lega Pro (la troisième et dernière division professionnelle, ndlr) se contentent des box au niveau -1. A l’intérieur, on y trouve tout le matériel nécessaire pour finaliser le transfert, que ce soit un ordinateur ou une imprimante.

Voit-on également les dirigeants de clubs comme la Juve, le Milan ou l’Inter ?

A.L. : Ce sont surtout des représentants de ces clubs qui viennent pour les transferts mineurs concernant des joueurs déjà en prêts ou sortant des équipes de jeunes. Les vraies grosses transactions ne tendent pas à se dérouler ici. Ce lieu est plus adapté aux clubs de seconde ou troisième division.

Y-a-t-il un dispositif de sécurité particulier ?

A.L. : Non, il y a juste un contrôle des accès, l’affluence atteint 500 à 600 personnes le dernier jour. On ne parle pas de milliers de personnes, tout compte fait, ce sont des chiffres normaux pour un hôtel.

En Italie, le marché des transferts revêt une importance extrême pour les médias, comment l’expliquez-vous ?

A.L. : Oui, il y a des journalistes qui sont par exemple spécialisés dans le mercato et rien d’autre. C’est quelque chose de constant et continue, les télés en parlent toute l’année, et pas seulement lors des sessions officielles. C’est un business qui a explosé. Nous, Italiens, vivons tous les jours avec l’espoir de recruter un nouveau joueur, c’est inhérent à notre grande culture du foot.

De l’extérieur, cela ressemble un peu à une "foire", non ?

A.L. : Les joueurs tendent à être transférés facilement d’un club à l’autre et cherchent eux-mêmes à être le mieux valorisés. Et cette rencontre entre joueurs, agents et dirigeants est nécessaire. J’avoue qu’il y a un côté un peu négatif, mais je crois qu’il faut valoriser le fait qu’il peut y avoir cette phase standardisée par la fédération.

Avez-vous pensé à mettre en place un tel rendez-vous à l’étranger, par exemple en France ?

A.L. : Disons que cela n’est pas une initiative d’Infront, c’est celle de l’ADISE. Maintenant, est-ce qu’il y a les conditions pour faire la même chose dans un autre pays ? Je pense que oui, même si cela dépend énormément de la sensibilité et disponibilité des médias. Toute cette grande clameur du calciomercato leur est due, et si les médias français montraient autant d’intérêt, alors oui, ce serait possible.

Hotel Ata
Hotel Ata - Imago

Tout de même, n’est-ce pas contradictoire une telle chose en 2016 ?

A.L. : Effectivement, certains soutiennent que ce concept est anachronique, et je dois reconnaître que c’est vrai puisque nous vivons dans l’ère du tout numérique. Disons qu’il s’agirait de rafraîchir un peu ce concept, on y travaille, on a quelques idées. Cela dépend de la volonté du monde du foot et de la valeur qu’ils y accordent.

Comment font les médias pour être au courant de négociations qui s’opèrent dans des chambres fermées à double tour ?

A.L. : Ah ça, c’est parce qu’ils sont très forts ! D’un côté, il faut le plus de confidentialité possible, de l’autre, il y a cette capacité de réussir à obtenir une info plus ou moins vraie.

Pourquoi la grande majorité des opérations se concluent à quelques minutes de la fermeture ?

A.L. : Et encore, certains n’y arrivent pas à temps ! La dernière heure, tout le monde court dans tous les sens. Souvent, des positions qui semblent très rigides s’adoucissent grâce aux aiguilles de l’horloge qui tournent. Ainsi, un transfert qui semble impossible à 22h50 est finalement possible à 22h55, l’important est que cela ne se passe pas à 23h01 car il n’y a aucune dérogation. Le parquet de la justice sportive est présent et surveille tout. Le personnel de la ligue qui s’occupe de valider au niveau informatique les transferts est installé dans une pièce à l’entrée de l’hôtel. Quand la porte se ferme, il n’y a plus rien à faire.

Vraiment ?

A.L. : Le seul moyen est de lancer le contrat pour le faire passer de l’autre côté de la porte à la dernière seconde. C’est déjà arrivé et ça a fonctionné !

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