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Rien à faire, les stades de Serie A sonnent toujours creux

Rien à faire, les stades de Serie A sonnent toujours creux

Le 19/05/2017 à 13:03Mis à jour Le 19/05/2017 à 16:50

SERIE A - Alors que la moyenne de buts par match ne cesse de grimper, celle des affluences continue de baisser en parallèle. En effet, les Italiens désertent de plus en plus leurs stades et les raisons sont multiples.

C’est un rituel qui a lieu à chaque mi-temps en tribune de presse à San Siro. Une dame souriante du service de presse distribue à chaque journaliste une feuille A4 sur laquelle est retranscrite l’affluence de la rencontre du jour ainsi que la recette. Ce n’est pas comme ça qu’on risque de préserver la forêt amazonienne mais cela permet toutefois de posséder les chiffres officiels rarement élevés au demeurant. D’ailleurs, le troisième anneau de ce stade est désormais clos 9 matches sur 10 hormis pour le parcage visiteurs, et ce même pour une affiche comme Inter-Roma dernièrement. Une chose impensable il y a encore quelques années. La moyenne des spectateurs en Serie A se stabilise ainsi aux alentours de 22000 quand la Liga tourne à 29500, la Premier League à 35500 et la Bundesliga à 42500 selon le site archistadia.it. Alors, plus trop foot les Italiens ?

Affluence ? Non "load factory"

L’erreur souvent commise lorsqu’on aborde ce thème est de se baser uniquement sur l’affluence quand c’est un autre facteur qu’il faut impérativement prendre en compte. Il s’agit de celui du taux de remplissage, ou load factory en anglais. La Premier League est justement celle qui fait le mieux de ce point de vue avec un score de 95.58 %, un élément qui tend à déformer la réelle compétitivité du football britannique, mais qui lui permet de vendre ses droits TV à des chiffres records. Ne jamais sous-estimer la qualité de l’emballage.

De fait, les capacités moyennes des enceintes d’outre-manche et transalpines sont à peu près équivalentes (on est sur du 35000), mais les unes sont quasi remplies à ras bord et les autres seulement un peu plus de la moitié. La Serie A affiche en effet un 58,41% cette saison, c’est également beaucoup moins que l’Allemagne (93.36), l’Espagne (71.93) et même la France. Si la Ligue 1 n’atteint pas les 21000 spectateurs, ses stades sont occupés à 64.98 %. L’Italie est donc le vrai bonnet d’âne des grands championnats européens.

Le stade Giuseppe Meazza (San Siro) - 2017

Le stade Giuseppe Meazza (San Siro) - 2017Getty Images

Des raisons multiples et variées

Cette désaffection est la convergence de plusieurs facteurs. On connait l’état des infrastructures su calcio, inutile de revenir dessus, je signale juste que 44 % des enceintes de l’élite ont été bâties avant 1949. Les travaux respectifs de modernisation n’y changent rien, l’impression de vétusté demeure et effraie les familles, donnant en général un rapport qualité/prix mauvais par rapport aux voisins européens. Les interdictions de stade et de déplacements des parcages extérieurs ont aussi apporté leur contribution quand ce ne sont pas les propres supporters qui décident de se punir eux-mêmes. C’est arrivé ces deux dernières années à l’Olimpico de Rome où les curve Nord et Sud ont été séparées par une barrière en plexiglas provoquant le mécontentement de ses occupants ultras et donc une grève du supporteurisme.

Reste un paradoxe, avec 2,89 buts par rencontre, la Serie A talonne son homologue espagnol (2.92), il y a indéniablement du spectacle sur le terrain, peut-être trop ? L’offre télé italienne est très complète avec la possibilité de visionner toutes les rencontres de l’élite (contrairement à l’Angleterre par exemple), de Serie B et aussi un choix complet pour les championnats étrangers. Le calcio-spezzatino comme on l’appelle permet parfois de voir au moins un match par soir si on le souhaite. Il y a donc deux interprétations, la commodité de squatter son canapé à des prix relativement bon marché ou, au contraire, l’overdose. Enfin, la monotonie de ces dernières saisons avec une Juve ultra-dominatrice pourrait avoir eu raison de l’intérêt d’une partie des tifosi. Aucune hypothèse n’est à écarter.

La joie des joueurs de la Juventus Turin sacrés en Coupe d'Italie contre la Lazio

La joie des joueurs de la Juventus Turin sacrés en Coupe d'Italie contre la LazioAFP

Les bons et les mauvais élèves

Il serait néanmoins injuste de mettre tout le monde dans le même sac puisque des équipes sont responsables plus que d’autres de ce constat. La lanterne rouge va d’office à la Lazio avec un stade rempli à seulement 30 %. Le désamour entre le peuple et son président perdure malgré des résultats parfaitement en phase avec l’histoire globale de ce club. Un boycott de moins en moins compréhensible et regrettable. Trois autres équipes figurent en dessous de la barre des 50, Palerme et ses 37.8 % sont presque excusés vue la situation sans queue ni tête, la Roma paye la fameuse grève tandis que le Chievo plafonne. 13000 spectateurs pour ce qui est, je le rappelle, le club d’un quartier de la ville de Vérone. Difficile de leur en vouloir. En revanche, le Napoli est à ranger au rayon des déceptions, le jeu spectaculaire de Sarri et le climat méditerranéen devraient attirer plus de monde mais on reste sur du 36000 de moyenne (à peine 60 % de load factory).

Concernant les bons points, l’Inter est en tête de liste, et pas uniquement parce qu’elle présente la meilleure moyenne (47000). Cela donne un 60 % de remplissage, chiffre biaisé par la fermeture quasi systématique du 3e anneau, et donc positif pour une formation qui n’en finit plus de décevoir. La fidélité dans la douleur. Citons aussi le Toro (65.5 %), l’Udinese (70,1 %), le promu Cagliari (82 %) et finissons avec la Vieille Dame. Le Juventus Stadium ne désemplit pas depuis son ouverture en 2011 et les billetteries sont souvent fermées les jours de match. Le quintuple champion d’Italie en titre affiche la 3e affluence de Serie A de par sa capacité moyenne (41570 places), mais 95 % de remplissage. Impressionnant même si j’attends la fin de ce cycle victorieux afin d’observer si cette formidable exception est vraiment indépendante des résultats. Si ce n’est pas le cas, la suggestion du président du Napoli de bâtir des nouveaux stades à 20000 places ne sera plus aussi farfelue.

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