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Soyons patients avec l'arbitrage vidéo... surtout concernant sa version italienne

Soyons patients avec l'arbitrage vidéo... surtout concernant sa version italienne

Le 08/09/2017 à 18:40Mis à jour Le 02/10/2017 à 11:54

SERIE A - Grande nouveauté de la saison, l’arbitrage vidéo n’a pas tardé à provoquer son lot de polémiques. Pourtant, une période de rodage était à prévoir.

40ème minute de jeu d’Inter-Fiorentina, affiche de la 1re journée de championnat. Après un contact suspect entre Miranda et Simeone dans la surface, Mr Tagliavento laisse poursuivre le jeu avant de s’arrêter quelques secondes plus tard. Les 55000 spectateurs présents ce soir-là à San Siro ne le quittent pas du regard, attendant le geste magique, ce rectangle virtuel dessiné avec les doigts.

L’attente est un poil longue, puis, les murmures en bruit de fond sont interrompus par un énergique coup de sifflet. Un nouveau mime, le stade retient son souffle, et l’arbitre fait signe que le jeu peut reprendre. La décision étant favorable aux hôtes, le public se congratule avec l’agréable sentiment d’avoir assisté à quelque chose d’historique. Jamais je n’aurais pensé qu’un geste aussi anodin pouvait provoquer autant d’émotion, en revanche, les polémiques sur son utilité étaient facilement prévisibles.

Des critiques légitimes, d’autres moins

Validité des buts, attribution ou non des penalties et des cartons rouges et échange d’identité sur les jaunes et rouges. Voilà pour le champ d’action du VAR. Après une saison de test "offline", la Serie A inaugure l’arbitrage vidéo, et comme toute nouveauté, il faut du temps pour la calibrer. D’où les nombreuses discussions après seulement deux journées. Et il y a eu effectivement deux gros couacs.

Le premier lors de Bologne-Torino, le juge de ligne a levé trop tôt son drapeau pour signaler un hors-jeu, provoquant le coup de sifflet de son collègue, ainsi, le VAR n’a pas pu intervenir sur le but valable inscrit dans la foulée. Le second durant Genoa-Juve et un penalty accordé grâce à la nouvelle technologie. Or, sur l’action incriminée, l’attaquant rossoblu ayant subi la faute partait d’une position de hors-jeu. Les récriminations des camps concernés étaient légitimes, mais gageons que d’ici quelques semaines, le rodage aura fait son effet.

L'arbitrage vidéo lors de Bologne-Torino a suscité la controverse

L'arbitrage vidéo lors de Bologne-Torino a suscité la controverseGetty Images

En revanche, certaines remarques ont semblé superflues, principalement celles sur le temps de jeu à rallonge. Certaines rencontres se sont vues rajouter jusqu’à 9 minutes d’arrêts de jeu, mais il s’agit de cas exceptionnels. Lors de la 1re journée, le VAR a coûté 8 minutes de plus sur l’ensemble des 10 matches, moins d’une par match en moyenne. C’est infime, sachant qu’il va parallèlement réduire une grande partie des protestations chronophages des joueurs et entraineurs, cela s’équilibrera. La situation est sous contrôle, et ceux qui invoquent le temps de jeu effectif façon NFL s’enflamment un peu vite.

Le VAR n’a pas de fonction appréciative

Le vrai problème se situe sur la sanction des fautes, qu’il s’agisse d’attribuer un penalty ou de valider un but. Comme le stipulent les directives de l'IFAB, le VAR intervient sur les cas limpides, or beaucoup de situations de jeu dépendent de l’intentionnalité (notamment pour les mains) et l’intensité du contact. L’interprétation de l’arbitre reste centrale et l’uniformité de jugement reste une chimère, sans oublier que la dynamique d’une action diffère en temps réel et au ralenti.

Précisions que si le VAR affirme que les images laissent le doute, l’arbitre terrain a tout à fait le droit de rester sur sa sensation initiale, pourvu qu’il ait évidemment vu l’action en question en live. En fait, certains hommes en noir ont donné l’impression de recourir à la vidéo au-delà du nécessaire, piégés par la ferme et bonne volonté de réduire les erreurs au minimum afin d’assainir le délétère climat au sein duquel la meilleure école arbitrale de la planète a toujours officié.

Un ponte comme Buffon a d'ailleurs tenu à rappeler aux instances que le foot est un sport de contact : "Il faut utiliser cette nouveauté avec parcimonie, le foot n’est pas du water-polo, sinon on va siffler beaucoup de penalties. Et je me tire une balle dans le pied en disant cela parce que mon équipe attaque souvent et risque de finir avec 55 pénos en sa faveur et peut-être 15 contre."

Gianluigi Buffon (Juventus Turin)

Gianluigi Buffon (Juventus Turin)Getty Images

La moviola de la moviola

Enfin, il ne faut pas non plus négliger le contexte dans lequel cette nouveauté sera appliquée. Journaux et émissions tv italiennes consacrent une bonne partie de leur lignage ou temps d’antenne à l’analyse des prestations des arbitres. On l’appelle la moviola, et c’est un marché historiquement très lucratif. La reconversion dans l’analyse du VAR a été immédiate. La moviola de la moviola en somme.

Toute polémique venant de l’autre côté des Alpes sur la vidéo sera donc à prendre avec des pincettes. La suspicion demeurera toujours, pour un hors-jeu millimétrique, un arrêt sur image déterré trois jours plus tard ou un penalty à retirer. Il faut faire de l’audience ou nourrir sa frustration. Ou les deux.

Le message est important afin de ne pas faire fausse route. Le VAR a pour objectif de réduire les erreurs d’arbitrage, et c’est là-dessus que sera jugée sa très probable réussite et non sur la fréquence des éternelles polémiques instrumentalisées. Enfin, aux irréductibles romantiques considérant que la vidéo tue l’essence de ce sport, il serait temps de vous rendre compte que le football tourne depuis déjà plusieurs décennies au kérosène et non plus au Super.

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