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Mercato, le dossier : l’agent, le maître du marché des transferts


Par Eurosport
Dernière mise à jour Le 04/01/2013 à 18:54 -
Par Eurosport - Le 04/01/2013 à 18:54
Pour de nombreux acteurs du mercato, l’agent est le pivot de la transaction. Zoom sur ces hommes de l’ombre qui alimentent de nombreux fantasmes. C'est le troisième volet de notre enquête sur les coulisses du mercato.

Il est celui qui tire les ficelles dans l’ombre, un personnage aussi discret qu’influent. L'agent sportif est celui qui, contre rémunération, met en rapport les joueurs et les clubs intéressées à la conclusion d'un contrat rémunéré. Il doit être titulaire d'une licence d'agent sportif. Voilà pour la définition stricto sensu de la FFF d’un métier très opaque. En France, 340 agents sont répertoriés par la FFF mais seulement une cinquantaine exerce son métier à plein temps. Cinquante agents qui font et défont le marché des transferts tous les six mois. Pour Jean-Claude Dassier comme pour beaucoup de présidents ou d’ex-dirigeants de clubs français, la donne est claire, ce sont eux qui font la pluie et le beau temps : "Les joueurs et leurs agents sont en position de force depuis l’arrêt Bosman, témoigne l’ancien président de l’OM. Il est bien difficile pour un président ou un directeur sportif de club d’aller contre leur volonté."

Jean-Claude Dassier en a fait l’amère expérience avec Mamadou Niang et Hatem Ben Arfa. Deux joueurs que le club voulait garder mais qui préféraient aller voir ailleurs. Comme souvent, ils ont eu gain de cause : "Le départ de Niang n’a pas été une bonne chose pour le club, se souvient Dassier. Il était notre meilleur buteur et la saison avait démarré. Mais il voulait absolument partir et gagner plus d’argent. Puisqu’il avançait en âge et qu’il n’avait pas toujours une hygiène de vie irréprochable, j’ai cédé. On ne peut pas retenir un joueur contre son gré. La grande différence avec les autres activités, c’est que dans le football, les contrats ne valent pas grand-chose. "

"C’est le joueur qui fait l’agent, pas le contraire"

Conseillés par leurs agents, les joueurs "ne sont pas définition jamais contents de ce qu’ils ont", témoigne Luc Dayan. Pour le président du RC Lens, ce sont d’ailleurs ces mêmes agents qui contribuent à la fragilité des contrats : "Ils s’arrangent parfois entre eux pour partager des commissions et faciliter des transferts." Christophe Hutteau exerce ce métier d’agent. Celui qui s’occupe notamment de Mathieu Valbuena admet qu’il est toujours en éveil : "Je connais les besoins précis des 40 clubs de L1 et L2 mais il y a beaucoup de fantasmes autour de notre métier. On ne vend pas du rêve, on est des conseillers sérieux et ce qui compte par-dessus tout, c’est l’intérêt du joueur."

Stéphane Courbis, qui a entre autres dans son portefeuille Laurent Koscielny, Cédric Carrasso ou Clément Chantôme, précise encore : "C’est le joueur qui fait l’agent, pas le contraire. Nous ne sommes pas là pour les mettre en difficulté ni pour faire simplement de l’argent. On est là pour les aider à construire leur carrière." Il regrette d’ailleurs le transfert de l’un de ses anciens protégés, Emmanuel Adebayor, d’Arsenal à Manchester City. Une transaction pourtant lucrative pour un joueur qui a multiplié son salaire par quatre : "Si ça n’avait tenu qu’à moi, il serait resté à Arsenal. Il jouait énormément, c’était le boss à Arsenal. Je l’ai freiné au départ malgré le salaire et la commission que je prenais."

Tous les joueurs ne courent pas derrière les plus gros cachets. "Que tu gagnes 7, 8, 9 ou 10 millions d’euros par an, quand tu es un compétiteur, ce que tu veux, c’est gagner des titres, précise Stéphane Courbis. Willy Sagnol, par exemple, aurait pu gagner plus à un moment donné mais il a préféré rester au Bayern Munich où il est devenu une institution." Une certitude : plus le joueur est demandé, plus il a les clés du transfert. "Le soir du titre de champion, on s’est retrouvé avec Deschamps et Anigo et on s’est dit que c’était le début des emmerdes", se souvient Jean-Claude Dassier. Sylvain Wiltiord n’a ainsi jamais eu à négocier d’arrache-pied et a souvent obtenu ce qu’il voulait sans trop de palabre : "C’est vrai que je ne passais pas trop de temps à négocier mes contrats, explique l’ancien international français passé entre autres par Arsenal, Bordeaux, l’OM et l’OL. Généralement, j’arrivais à mes fins."

 

"Être malin et travailler comme un fou"

Pour les autres joueurs, moins côtés, l’agent doit "être malin, flairer les bonnes affaires, selon Stéphane Courbis. Quand je récupère Adebayor à Monaco, qu’il galère en CFA 2, je sais qu’Arsène Wenger le suit depuis Metz et qu’il avait déjà essayé de le faire venir à l’époque de la Gambardella, se souvient-il. Mon premier coup de fil a été pour Wenger. J’ai flairé le bon filon." "Pour réussir, c’est simple : il faut soit avoir des joueurs exceptionnels, soit travailler comme un fou, s’informer, connaître les grilles de salaire de tous les clubs, avoir un gros réseau", résume Bruno Satin.

La rémunération des agents est calculée sur le revenu annuel de leurs joueurs lorsqu’ils les représentent. 10% à l’étranger, 6% en France pour les salaires ne dépassant pas les 150.000 euros. "Du coup, on n’interfère pas sur le prix du transfert puisque c’est du salaire dont dépend notre commission", rappelle de fait Christophe Mongai, agent de Nene. Sauf quand l’agent est mandaté par un club. Dans ce cas, sa commission dépend du montant du transfert. "Il y a beaucoup de fantasmes autour de nous, conclut Christophe Hutteau. Mais aujourd’hui, aucun métier n’est plus encadré que le nôtre. J’ai le droit à un contrôle fiscal tous les trois ans, soit le maximum autorisé." Le prix à payer pour rester l’acteur majeur de la grande économie du football.