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Transfert - Le mercato d'hiver, ce vicieux mirage

Le mercato d'hiver, ce vicieux mirage

Le 02/02/2016 à 19:42

MERCATO - Le mercato d'hiver a une nouvelle fois accouché de mouvements à la marge. Il nourrit des illusions mais son efficacité reste à prouver. Voilà pourquoi sa suppression ne serait pas une si mauvaise idée.

"A quoi bon ?" Quand on l'interroge sur la nécessité de ce mercato d'hiver, Michel Seydoux, le président du LOSC, ne cache pas ses réserves. Pour avoir sondé des entraîneurs, des présidents et des directeurs sportifs de L1, je peux vous certifier que sa réflexion reflète bien l'état d'esprit général. Même certains agents, Jean-Pierre Bernès en tête, se questionnent sur son utilité. Ce n'est pas ce mois de janvier qui va les faire changer d'avis. Cette grande foire hivernale donne l'impression d'un immense cirque. Elle nourrit les espérances les plus folles et accouche de mouvements sans éclat, souvent aux marges. Demandez donc aux supporters de l'OM qui rêvaient de Ben Yedder et devront se contenter de Fletcher.

Le vrai problème de ce marché, c'est son calendrier. Comment peut-il être efficace coincé au milieu d'une saison qui est loin d'avoir livré sa vérité ? Pourquoi s'obstiner à ouvrir les effectifs aux quatre vents à un moment aussi crucial de la saison ? Pour reprendre l'exemple de Ben Yedder : Toulouse joue sa survie, son avant-centre est son meilleur atout, fin de la discussion. Ce qui est vrai pour Ben Yedder au TFC l'est aussi pour Steve Mandanda et Michy Batshuayi à l'OM, Alexandre Lacazette à Lyon ou Sofiane Boufal à Lille. Les enjeux sont différents mais chaque club a encore quelque chose à jouer. Et les prétendants les plus fortunés reviendront dans quatre mois. Labrune, Seydoux et Aulas n'avaient aucun intérêt à vendre leur(s) meilleur(s) joueur(s) cet hiver.

Steven Fletcher, attaquant de Sunderland

Steven Fletcher, attaquant de SunderlandPanoramic

Ce mercato n'est qu'un pansement sur une jambe de bois

Alors, on en revient à la même question : à quoi bon ? En Angleterre, le mercato a vu les équipes anglaises menacées par la relégation dépenser des millions d'euros (233 pour l’ensemble de la Premier League). Mais qu'elles ne se trompent pas, ce mercato reste une bouée de sauvetage percée de toutes parts. En janvier 2013, Manchester United (Mata) et Fulham (Mitroglou et huit autres arrivées) sortent l'artillerie lourde. MU n'accrochera pas la Ligue des champions, les Cottagers descenderont en Championship. L'an dernier, Evian recrute à tout va (Sunu, Blandi, Ramirez, Duhamel, Nounkeu) et finira en L2.

Ce mercato, c'est un pansement sur une jambe de bois. Il nourrit d'illusions les dirigeants qui n'ont pas bien fait leur travail six mois plus tôt. C'est un mirage qui ne résout rien. Les grands joueurs ne bougent pas en janvier et ce ne sont pas des seconds couteaux qui changent la destinée d'un club.

Instabilité et déstabilisation

Pour amortir les risques, les clubs de Ligue 1 ont massivement eu recours aux prêts (19 prêts sur 34 arrivées). Ce n'est pas avec un prêt de six mois qu'on construit une équipe et une stratégie. Ils ne servent qu'à ajouter un peu plus d'instabilité. Tabanou et Thauvin reviennent à Saint-Etienne et Marseille, six mois après les avoir quittés et quatre mois avant un nouveau départ. Tous ces mouvements ne visent que le court terme et donnent l'image d'un bricolage hâtif.

Alors à quoi bon ? Si ce n'est déstabiliser des joueurs-clés en leur faisant miroiter un "boost" de leur carrière. Jusqu'en janvier 2011, Dimitri Payet marchait sur l'eau avec l'ASSE. L'hiver venu, Paris fait le forcing pour l'attirer, les Verts s'y opposent et la saison de Payet vire au vinaigre. Cette saison encore, Fabien Lemoine a avoué que le mercato occupait les esprits des joueurs de l'ASSE cet hiver. Hasard ou coïncidence, avant la réception du PSG dimanche, leur niveau de jeu avait rarement été aussi pauvre sous l’ère Galtier que lors de ce mois de janvier.

La suppression du mercato d'hiver aurait plusieurs vertus. Elle responsabiliserait les dirigeants, contraints à réduire leur marge d'erreur lors de la période estivale. La compétition ne serait plus biaisée et les effectifs seraient stabilisés d'août à juin. Bref, ce serait une riche idée.

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