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Neymar, Mbappé, Dembélé… Et les grands perdants sont… les Anglais !

Neymar, Mbappé, Dembélé… Et les grands perdants sont… les Anglais !

Le 11/08/2017 à 15:28Mis à jour Le 12/08/2017 à 13:29

PREMIER LEAGUE - Ils ont l’argent - beaucoup d’argent -, les meilleurs entraîneurs du monde mais toujours pas les meilleurs joueurs du monde. Alors que la Premier League reprend ses droits - très chers droits ! -, les clubs anglais patinent sur le marché des transferts et voient les grands talents leur filer sous le nez.

Ce devait être l’année du changement ! Si, si. En 2015, après l’explosion des droits TV pour la Premier League (5,67 milliards d’euros de 2016 à 2019 !), on nous avait dit "avec cet argent, les meilleurs joueurs du monde reviendront"… En 2016, après l’arrivée et le retour des meilleurs techniciens du monde (Mourinho, Klopp, Guardiola, Conte), on nous avait dit "avec les meilleurs entraîneurs, les meilleurs joueurs viendront"… En 2017, alors que les transferts atteignent des sommes vertigineuses, on attend toujours… Finalement, ce qui va le plus changer outre-Manche cette saison, ce sont les pelouses depuis que la Premier League, sous l’impulsion de l’uniformité voulue par l’UEFA (quelle tristesse !), a interdit aux jardiniers anglais de sortir du cadre vertical et horizontal des lignes du terrain. Au grand dam de John Ledwidge, le plus célèbre d’entre eux, qui avait été jusqu’à reproduire le blason de Leicester sur le gazon du King Power ! Mais, passons…

Sur tous les plateaux de télévision anglaise, on nous avait rabâché "le jour où l’un des trois meilleurs joueurs du monde (Ronaldo, Messi, Neymar) quittera la Liga, ce sera pour signer en Angleterre". Résultat, Neymar a plaqué le FC Barcelone pour rejoindre… le PSG. Griezmann n’est pas venu à Manchester United. Bonucci, jugé par certains comme le meilleur défenseur du monde – derrière Sergio Ramos, selon moi –, a préféré l’AC Milan à Chelsea. Aujourd’hui, Mbappé, sans doute la plus grande pépite à venir, a opté pour le PSG plutôt que Manchester City. Et Dembélé s’apprête à passer de Dortmund à Barcelone…

A Chelsea, le compte n’y est pas

Pendant ce temps-là, Manchester City a claqué 137 M€ sur trois défenseurs latéraux (Walker, Mendy, Danilo). Manchester United a déboursé 85 M€ pour Lukaku. Chelsea s’est rabattu sur l’attaquant remplaçant du Real Madrid (Morata). Liverpool a recruté Salah et Arsenal a attiré Lacazette grâce à l’interdiction de recrutement qui a frappé l’Atlético Madrid. Cela en dit long sur le pouvoir d’attractivité des clubs anglais, non ? Prenez le champion en titre, Chelsea, très en retard dans sa préparation. Antonio Conte avait fixé la priorité de renforcer un effectif épargné par les blessures l’an passé sans coupe d’Europe et trop léger pour concilier championnat et Ligue des Champions cette saison. Mais, à ce jour, ses quatre recrues (Morata, Bakayoko, Rudiger et Caballero) n’ont fait que combler les départs de Diego Costa, Matic, Terry et Begovic sans qu’on soit vraiment sûr d’une plus-value qualitative.

Antonio Conte, rageur sur le banc de Chelsea lors du Community Shield

Antonio Conte, rageur sur le banc de Chelsea lors du Community ShieldGetty Images

Regardez Liverpool. Le club nous met en appétit avec l’association explosive Mané-Salah sur les côtés mais les Reds n’ont toujours pas corrigé le principal problème de la saison passée à savoir sa défense et la déficience athlétique de son entrejeu. Les dirigeants ont tout misé sur Van Dijk mais ont braqué leurs homologues de Southampton en approchant directement le joueur. Néanmoins, concernant Coutinho, je ne m’attends pas à voir les dirigeants anglais flancher devant les offres, aussi alléchantes soient-elles, du FC Barcelone. Le club l’a déjà démontré par le passé et pas plus tard qu'en 2013 lorsque celui-ci s’était montré inflexible devant les avances d’Arsenal qui avait proposé de payer le montant de la clause de Suarez.

Tottenham : Rose met les pieds dans le plat

Que dire de Tottenham qui, à la veille de la première journée de championnat, n’a toujours pas enregistré la moindre arrivée ? ça paraît incroyable ! Non pas que les Spurs ont une nécessité absolue de renforcer leur onze, sans doute le plus proche des souhaits de leur entraîneur. Mais, pour franchir le dernier palier vers le titre, rivaliser avec le goût de revanche de ses concurrents et pouvoir réellement exister sur plusieurs tableaux, les Londoniens ont besoin d’un défenseur central, un latéral droit pour combler quantitativement le départ de Walker, un milieu offensif qui pourrait être Barkley si celui-ci devient moins gourmand, et un attaquant capable d’épauler ou suppléer Kane (et ne me parlez pas de Janssen !).

Mais Tottenham et son président Daniel Levy, échaudé par l’échec Sissoko, soucieux de ses sous avec le coût du nouveau stade (880 M€) comme Arsenal en son temps avec l’Emirates Stadium, peine à suivre la cadence folle des autres cadors. Qui plus est bridé par une grille salariale, la plus basse du Top 6 – même West Ham et Crystal Palace offrent de meilleurs salaires sur certains postes ! –, qui a suscité quelques remous au sein du vestiaire depuis la sortie médiatique déclenchée par Danny Rose disant tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas.

Vidéo - Pochettino : "Besoin de recrues pour renforcer l'équipe"

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Et Arsenal ? Certes, le club a attiré une fine gâchette (Lacazette) tout en conservant (pour le moment) Giroud et réalisé un joli coup avec Kolasinac, qui a tapé dans l’œil de tous ceux qui ne le connaissaient pas lors du Community Shield. Mais où est le milieu défensif axial et athlétique tant attendu et indispensable à l’équilibre et la protection de cette foutue défense ? Je pense, là tout de suite, à Nzonzi (Séville) qui était encore à Stoke il n’y a pas si longtemps. Et, si Wenger parvient à fermer la porte à un départ d’Özil et Alexis, il est peu probable que ces deux-là résistent aux sirènes monétaires et inflationnistes en juin prochain alors qu’ils seront libres. Donc Arsenal parmi les candidats sérieux au titre ? Allez, je me lance : toujours pas. Ce n’est pourtant l’envie qui manque de voir Arsène Wenger partir sur un dernier titre…

Attention, ce retard à l’allumage ne dit pas pour autant que les clubs anglais se sont affaiblis. A titre personnel, je n’étais pas choqué ni même inquiet par le niveau de jeu des Red Devils face au Real Madrid lors de la Supercoupe d’Europe. Certes, les Mancuniens ont été "baladés" pendant une heure. Mais, honnêtement, vous vous attendiez à quoi entre le sixième de la Premier League et le champion d’Europe en titre ? Comment peut-on seulement comparer une équipe qui domine le monde depuis trois ans, un groupe qui évolue ensemble depuis cinq à six ans à une formation en pleine reconstruction qui a changé la moitié de son onze en l’espace d’un an (Pogba, Mkhitaryan, Lukaku, Matic, Lindelof au coup d’envoi mardi) ? En revanche, je n’oublie pas que la formation de Mourinho a fait mal aux Madrilènes lors de la dernière demi-heure à l’image de ces deux occasions immanquables de Rashford et surtout Lukaku.

Le titre de retour à Manchester en 2018

On ne sait pas si le Portugais est redevenu "Special" mais il a bâti une épine dorsale fidèle à ses plus grands succès : imposante physiquement et athlétiquement. Bailly en défense, Matic (excellent en Macédoine) et Pogba au milieu, Lukaku en attaque, le tout aidé de joueurs comme Fellaïni ou Rashford. Ces gars-là dégagent une incroyable puissance, digne du Chelsea de 2004-2006. Cette équipe, lorsque la mayonnaise aura pris, et cet effectif, le plus riche de Premier League, risquent de faire beaucoup de mal à ses adversaires. Je ne serais d’ailleurs pas étonné si, après deux saison à Leicester (2016) et Londres (2017), le titre retournait à Manchester en 2018.

Paul Pogba, Romelu Lukaku

Paul Pogba, Romelu LukakuGetty Images

Selon moi, le grand favori est Manchester City. D’une part, parce que Guardiola joue très gros après son échec la saison passée. D’autre part, parce que c’est sans doute le club qui a le plus avancé sur le marché des transferts. Le Catalan a fait le ménage dans l’effectif. Exit Kolarov, Zabaleta, Fernando, Iheanacho, Nolito, Navas, Caballero, Sagna, Clichy ! Et, si je ne suis toujours pas convaincu par l’axe de sa défense, dont la fiabilité dépendra principalement du corps de Kompany et du système (défense à trois pour corriger un problème historique comme l’ont fait Conte à Chelsea et Wenger à Arsenal), Guardiola a aussi et surtout fait d’un point faible, hier, l’une de ses forces, aujourd’hui : les latéraux. Certes, très chers.

Mais Mendy, à gauche, et Walker, à droite, seront l’une des principales armes de son plan de jeu. Or, on l’a vu au Barça (Alves-Alba), au Bayern (Lahm-Alaba) et plus encore aujourd’hui au Real avec Marcelo-Carvajal, les deux meilleurs au monde à leur poste, la fonction de défenseur latéral, autrefois réservée au maillon faible lors du foot du dimanche, est devenue stratégique. Avec tout ça, on en oublierait presque l’arrivée du meilleur Monégasque sur l’ensemble de la saison passée, Bernardo Silva, venu compléter l’impressionnant réservoir créatif (l’autre Silva, David, De Bruyne) et offensif (Agüero, Sané, Jesus, Sterling) de City.

Benjamin Mendy

Benjamin MendyEurosport

Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.

Pour approfondir le sujet, retrouvez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.

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