L'équipe de France de l'ère Didier Deschamps a fait ses premiers pas au Havre, le 15 août dernier. Mais elle est née à Madrid, mardi 16 octobre, au terme d'une rencontre mémorable, loin d'être parfaite et qu'elle aurait même pu perdre sans le talent d'Hugo Lloris. Elle l'a finalement conclue avec un point qui en vaut trois. Et peut-être même plus. Mais ça, on ne le saura pas tout de suite. Il faudra patienter quelques mois, voire des années, pour savoir si cet Espagne - France est l'acte fondateur de la génération DD.
On ne sait pas ce que Laurent Blanc a pensé de la performance des Bleus, quatre mois après ce quart de finale amer. La prestation des Tricolores et l'épilogue ont néanmoins dû raviver quelques regrets. Lui, qui avait tenté de construire son équipe de France autour du jeu, s'était renié contre l'exemple espagnol. Avec le triste résultat que l'on sait. Didier Deschamps, son successeur, n'avait rien annoncé en débarquant chez les Bleus. Pas de monts, encore moins des merveilles. DD est arrivé avec son pragmatisme sous le bras. Il faut défendre ? Son équipe défend. Attaquer ? Allons-y. Deschamps s'adapte aux évènements, souvent très bien. Ce fut le cas mardi soir.
Cabaye : "Il nous a dit d'y croire"
Menés au score, les Bleus ont changé de visage un peu avant l'heure de jeu, quand Maxime Gonalons a laissé sa place à Mathieu Valbuena. Le 4-3-3 est devenu un 4-2-3-1 avec l'entrée du Marseillais. A la différence de Blanc à Donetsk, DD a osé. Il a été récompensé. "Que ce soit Valbuena, Sissoko ou Giroud, ils sont très bien entrés, a-t-il tenu à souligner en conférence de presse. On va dire: 'pourquoi ne pas avoir fait ça dès le départ?' Je savais que dans la première partie du match, on allait être obligé de défendre. Ceux qui ont commencé ont fait le travail et ceux qui sont entrés ont apporté beaucoup dans le jeu."
L'autre victoire de Deschamps est d'avoir su convaincre ses hommes que l'avantage espagnol n'avait rien de définitif. Il ne s'est pas couché devant les champions du monde et d'Europe après une fin de première période compliquée et qui aurait pu durablement plomber les Bleus. Voire mettre fin aux débats. Dans les vestiaires à la pause, DD a fait le job : "Il y avait un peu d'énervement car les joueurs ont su que notre but annulé était valable. Il fallait rester calme. Le plus important était de continuer à bien travailler collectivement. On était trop timide pour basculer vers l'avant. Il fallait un peu plus de disponibilité."
Le sélectionneur a eu le mérite de donner la foi à ses joueurs. Et leur faire croire que c'était possible. Même avec un but de débours. Mamadou Sakho, fautif sur l'ouverture du score, confirme : "Il nous a remobilisés. Il a expliqué qu'il ne fallait pas lâcher et qu'on pourrait revenir." Yohan Cabaye ne dit pas le contraire : "Il nous a dit d'y croire car rien n'était joué. Hugo nous avait permis de rester dans la rencontre. On savait qu'on aurait d'autres opportunités." Elles sont arrivées. La récompense aussi. Il suffisait de s'accrocher. Sur le papier, ça parait simple. Mais c'est énorme. Tout autant que le pas en avant réalisé par les Bleus mardi soir.































