Eurosport

Les 5 actes de Prandelli qui ont réconcilié l'Italie et ses footballeurs

Les 5 actes de Prandelli qui ont réconcilié l'Italie et ses footballeurs
Par Eurosport

Le 15/10/2013 à 10:44

L'Italie aussi a connu un désamour entre la Squadra Azzurra et ses tifosi. Mais Cesare Prandelli a pris le problème à bras le corps, explique Johann Crochet.

Au sortir de la Coupe du Monde 2010, Cesare Prandelli avait trois chantiers : se qualifier pour l'Euro 2012 et le Mondial au Brésil, préparer l'avenir de la sélection italienne en incorporant de jeunes joueurs prometteurs, et réconcilier le pays avec ses footballeurs. Le sélectionneur italien a réussi cet énorme défi, notamment dans cette délicate tâche qui consistait à faire oublier le désamour entre les joueurs de la Nazionale et leurs tifosi, après quatre ans très moyens et une Coupe du Monde en Afrique du Sud sans envie ni enthousiasme.

Prandelli a réussi ce tour de force en cinq actes. Cinq décisions majeures qui ont permis de rapprocher cette équipe de ses supporters. Sans oublier le domaine sportif, véritable juge de paix et indicateur de l'amour entre une équipe et ses fans, le sélectionneur italien a voulu redonner du crédit à ses joueurs. Il a voulu montrer que les joueurs ne sont pas égoïstes et ne vivent pas dans un monde parallèle. Du moins, pas tout le temps. Très attaché à l'éthique et l'exemplarité, Prandelli a souhaité inculquer ces valeurs au pays de la maxime : ce qu'on veut, c'est gagner, peu importe la manière et les moyens mis en œuvre. La crise a exacerbé les tensions et les gens ne sont plus prêts à pardonner le moindre écart des "élites" dont les footballeurs font partie. À Rome, un supporter de la Roma m'avait dit que la vie était devenue trop dure pour avoir en plus à supporter les caprices des joueurs et le laisser-aller ambiant dans le foot italien. Les supporters sont à fleur de peau toute la semaine, à cause d'un quotidien morose, alors pour eux, il est hors de question que leur seul divertissement, le football, devienne une nouvelle source d'inquiétude et d'énervement.

Reuters

Dans un pays en manque de repères, où les élites sont celles qui donnent un coup de pied aux fesses de l'exemplarité en permanence (racisme ordinaire, illégalité à tous les niveaux, égoïsme intensif), les footballeurs de la Nazionale ont réussi à être la fierté des gens, en restant à leur contact, en leur témoignant leur soutien et en prônant une mentalité bien différente de celle qui a conduit le pays dans le marasme. Il s'agit de populisme et d'une façade pour les plus critiques (souvent, les moins exemplaires), reste que le football est aussi une question de symboles, qui ne coûtent rien et parviennent à toucher ceux qui ne demandent qu'à s'enflammer pour leur sélection.

Le code éthique

Dès son arrivée, Cesare Prandelli a instauré un code éthique au sein de la sélection. Il ne s'agit pas d'un règlement en douze points et trente articles, mais il part d'un bon sentiment : il faut se comporter en club comme en sélection. En plus clair, celui qui ne se comporte pas bien en club ratera le prochain match de la sélection. Ce code éthique a été appliqué à plusieurs joueurs depuis la prise de fonction de Prandelli : Daniele De Rossi (coup de coude et expulsion lors d'un match contre le Shakhtar), Mario Balotelli (geste violent et expulsion lors de Manchester City-Dynamo Kiev), Pablo Osvaldo (expulsion contre Bergame, insultes à son entraîneur sur les réseaux sociaux) et même Alberto Gilardino (déclarations multiples sur des rumeurs de mercato le concernant alors qu'il était avec la Nazionale). Seule ombre au tableau, la convocation la semaine passée de Balotelli malgré ses trois matches de suspension infligés par la Ligue après des insultes envers l'arbitre de Milan-Naples. De quoi faire dire aux détracteurs de ce code éthique qu'il s'agit d'un code élastique, qui fonctionne avec certains, moins avec d'autres.

Primes et séance d'entraînement à Medolla

Le 20 et 29 mai 2012, deux tremblements de terre frappent l'Emilie. Ces secousses font 27 morts, des centaines de blessés et des millions d'euros de dégâts. Le 4 juin, une journée de deuil national est décrétée. Début septembre, après le match en Bulgarie, Cesare Prandelli et la Fédération italienne honorent leur promesse faite après cette terrible catastrophe : ils se rendent à Medolla, lieu de l'épicentre de la secousse du 29 mai 2012 et s'entraînent dans le stade de la petite ville. De nombreux enfants sont invités à passer ces quelques heures avec les joueurs de la Nazionale. Quelques semaines auparavant, les joueurs de la Nazionale avaient demandé à leur fédération de reverser leurs primes de l'Euro 2012 (finaliste) au fonds pour venir en aide aux victimes des deux tremblements de terre en Emilie.

LaPresse

Simone Farina et Fabio Pisacane, les exemples

Ces deux joueurs inconnus ont dénoncé des tentatives de corruption aux autorités italiennes, permettant d'étoffer l'enquête du Calcioscommesse entre février et juin 2012. Ces deux joueurs ont été approchés par des criminels afin de truquer les matches de leur équipe. Ils ont refusé de grosses sommes d'argent et ont tout raconté aux autorités. L'acte héroïque de Simone Farina a largement été couvert par la presse alors que Pisacane a dû faire face à un manque de reconnaissance total. Cesare Prandelli a publiquement appuyé la décision des deux hommes et les a invités à Coverciano, le Clairefontaine italien, pour passer une journée avec les joueurs de la Nazionale, tout en leur précisant que les portes leur seraient éternellement ouvertes. L'art et la manière de promouvoir le courage et l'exemplarité.

L'entraînement au QG anti-mafia de Quarto

Coincée entre la côte méditerranéenne et Naples, la petite ville de Quarto a vécu de nombreuses années sous l'influence de la mafia. L'État italien a même été obligé de dissoudre les institutions gérant la commune de Quarto à cause des nombreuses infiltrations mafieuses dans le pouvoir local. Le club de foot de la ville était également aux mains de la mafia avant de voir les autorités lui confisquer son jouet en 2011. L'équipe de la Nuova Quarto Calcio est aujourd'hui gérée par une association anti-racket avec participation des habitants de la ville sous forme d'actionnariat populaire. Un célèbre procureur anti-mafia, Antonello Ardituro, est le socio numéro 1 et a encouragé la reconstruction de l'équipe sur des bases morales et éthiques.

Pour promouvoir cette initiative, Cesare Prandelli et la fédération ont décidé d'aller s'entraîner ce lundi à Quarto pour préparer le match face à l'Arménie mardi soir à Naples. Des milliers de personnes ont accueilli la Nazionale à Quarto et plusieurs centaines ont assisté à l'entraînement en milieu de journée. Un acte symbolique fort dans une région où la Camorra est fortement implantée, et dans un club anti-mafia, encore parfois victime d'actes de vandalisme en guise de représailles.

Getty Images

Le BTP Day

Le BTP day était la journée pour les bons du trésor public italien, lancée le 28 novembre 2011. Ces bons ont permis aux Italiens d'acheter des titres de dette nationale pour aider le pays à résorber sa dette considérable. L'association des joueurs italiens (AIC) a encouragé les joueurs italiens à acheter ces bons du trésor afin d'aider le pays à résorber une partie de sa dette. Cette décision a été appuyée par Cesare Prandelli, qui a trouvé au sein de la Nazionale de nombreux relais parmi les joueurs qui souhaitaient montrer qu'ils ne vivaient pas dans un monde à part et qu'ils avaient pris conscience de l'environnement dans lequel ils évoluaient.

À travers toutes ces actions, souvent symboliques, Cesare Prandelli (avec le soutien de sa fédération) a souhaité rapprocher les joueurs des tifosi. La mission est aujourd'hui réussie grâce à ces nombreuses prises de position (solidarité, refus de l'illégalité, éthique) couplées à des résultats sportifs et une qualité de jeu appréciables. Ne reste plus qu'à récolter les fruits de tout ce travail mi-juillet au Brésil…

0
0