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Nico Rosberg n'a pas besoin de gagner pour être champion mais ça serait mieux pour sa légitimité

Rosberg n'a pas besoin de gagner pour devenir champion mais pour être un grand champion

Le 24/11/2016 à 15:00Mis à jour Le 24/11/2016 à 15:01

GRAND PRIX D'ABOU DABI - Nico Rosberg (Mercedes) doit résister à la tentation de finir encore deuxième dimanche pour faire un beau champion face à son coéquipier Lewis Hamilton, qui n'a pas été épargné par les ennuis mécaniques cette saison.

Pour Nico Rosberg, l'aura du titre promis sera-t-elle entourée de l'épineuse question héréditaire, dimanche ? En 1982, son père Keke avait souffert d'être le moins bien couronné de l'histoire, avec une victoire au compteur en 16 épreuves. C'est vrai, cette saison d'un autre temps à 11 vainqueurs différents reste un fait unique et le cru 2016 suscite aujourd'hui une autre forme d'interrogation sur la légitimé de la gloire qui attend l'Allemand, fils du Finlandais.

Laquelle ? Celle de la critique qui ne manquerait pas voir le jour en regard de la série de quatre deuxième places dont il parait disposé à se contenter pour écarter Lewis Hamilton, même s'il a affirmé le contraire au soir du dernier Grand Prix, au Brésil. En son for intérieur, il sait qu’attaquer une course pour la gagner est la meilleure façon de vaincre et que vouloir calculer, comme l'avait fait par exemple Fernando Alonso à Abou Dabi en 2010, reste le meilleur moyen de tout perdre.

Cependant, je reste persuadé qu'il se réserve la possibilité d'un accessit, prêt à faire front avec le petit sourire narquois qu’il avait arboré dans la "cool room" mexicaine, miraculé deuxième après l'avoir déjà été en qualification. Ou encore celui plus en retenue montré à Sao Paulo.

Nico Rosberg (Mercedes) au Grand Prix du Mexique 2016

Rosberg doit faire oublier que Hamilton a été malchanceux

Avec la répartie qu'on lui connaît, il pourrait même renvoyer comme un boomerang à son rival britannique sa petite phrase assassine de 2015 : "Être champion du monde sonne mieux que vainqueur de cette course"…

Pour autant, finir par quatre "défaites" serait un problème médiatique pour lui, sachant que les 12 points d'avance avec lesquels il se lancera dans les 55 tours dominicaux proviennent d'un fait de malchance de son ultime rival et coéquipier, frappé d'abandon mécanique alors qu'il caracolait en Malaisie. Cette providence lui avait permis de récupérer 28 points : les 25 de la victoire envolée de l'Anglais et les 3 supplémentaires de sa promotion qui en avait directement résulté, de la 4e à la 3e place. C'est sûr, si Rosberg est champion du monde pour moins de 28 points, on en reviendra toujours à ce coup de théâtre de Sepang, mais devra-t-on lui reprocher d'être passé à côté des ennuis techniques cette année ?

Être le champion d'une saison sans victoire lors des quatre derniers meetings ne serait de toute façon pas une première, et c'est ce que l'on peut aussi avancer pour tempérer le propos. Un coup d'œil sur les scénarios du Mondial né en 1950 nous fournit même huit noms de pilotes essoufflés, pour ne pas dire incapables de mettre une ultime couche de vernis sur leurs nouveaux blasons.

Une aura qui lui manque malgré des duels avec Schumacher et Hamilton

La façon dont ils y ont été contraints appelle même à la prudence : Alain Prost a connu ce cas de figure lors de trois de ses quatre couronnements (1985, 1989 et 1993) et ça n'avait pas soulevé de débat à l'époque. Mais le Professeur, en tout cas pour les deux derniers, avait réglé ce procès en légitimité, ce qui n'est pas encore le cas de Rosberg. En revanche, Jenson Button souffrira à jamais d'un manque de panache : tétanisé à l'idée de gagner, il avait collectionné les places d'honneur et conclu sans succès sur 10 courses en 2009 !

Pour bien illustrer cette dualité, je peux aussi ouvrir une petite parenthèse GP2 en évoquant Lewis Hamilton, le plus beau champion de la catégorie, en 2006, et vainqueur pour la dernière fois le 11 juin à Silverstone avant d'enchaîner dix courses sans monter sur la plus haute marche. A l'époque, personne n'avait songé à lui en adresser le reproche. Auteur des dépassements les plus audacieux, des remontées les plus spectaculaires, il avait déployé un style à l’abri de toute ambiguïté.

Pour en revenir à Rosberg, j'aimerais ajouter que les circonstances ont longtemps été ingrates à son égard, avant quelques maladresses personnelles qu'il s'est occupé de gommer, sur le tard. Fin 2009, après quatre saisons chez Williams, il avait d'abord été perçu comme l'Allemand de service chez Mercedes avant de se faire éclipser médiatiquement par Michael Schumacher, Baron rouge qui avait décidé de se laisser griser en commençant par lui prendre son numéro de course (le n°3), pour une vulgaire question de nostalgie et de superstition. Pendant trois ans, Nico a dominé l'icône quadra le samedi comme le dimanche sans s'en voir véritablement crédité.

Nico Rosberg et Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix du Mexique 2016

Une saison sportivement exemplaire qui contraste avec 2014 et 2015

Puis est arrivé Hamilton et son gros salaire, qu'il a été près de battre en qualification en 2013 (9-10) avant de parvenir à ses fins en 2014 (10-7). De ce point de vue, cette dernière année ne lui a pas rendu justice mais c'était peine perdue, entre une sortie de piste sulfureuse en qualification à Monaco et un barème de points doublé et décrié qui ne pouvait qu'être à son service lors de la finale à Abou Dabi. Jacques Villeneuve, le champion du monde 1997, avait d'ailleurs bien résumé le sentiment général en opposant le style "propre tout au long de la saison" d'Hamilton et "les artifices pas toujours du meilleur goût" de Rosberg. On aura surtout oublié que, touché par un problème de fiabilité, il n'avait pas pu défendre ses chances aux Emirats arabes unis.

Pour Rosberg, passer au-dessus de la critique comme un Alain Prost aurait aussi supposé une attitude sans ambiguïté en 2015. Et je pense là évidemment à Spa-Francorchamps. Supporter aussi la pression comme il n'avait pas su le faire à Monza, Sochi ou encore Austin, si l'on se dit que le vent à parfois bon dos.

Avec un léger déficit de pole positions (11-8) dont il n'a pas à rougir mais une parité de victoires (9-9) qui souligne l'âpreté du combat, Rosberg ne doit pas se contenter de rester pour le huitième Grand Prix de suite - et pour toujours - le n°1 mondial. Parce que sa saison a été sportivement exemplaire et qu'on attend de voir comment il pourra magnifier ce destin doré qui lui tend les bras.

Nico Rosberg (Mercedes) au Grand Prix de Malaisie 2016
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