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Sebastian Vettel (Ferrari) a perdu sa bonne étoile

Vettel a perdu sa bonne étoile

Le 02/10/2017 à 16:50Mis à jour Le 02/10/2017 à 18:35

GRAND PRIX DE MALAISIE - Sebastian Vettel (Ferrari) luttait avec une certaine insouciance contre Lewis Hamilton (Mercedes). Mais depuis Monza, la roue a tourné.

La Formule 1 est un sport de puissance et d'ego étrangement soumis en cette saison à un duel entre protagonistes usés par la tâche. Ce n'est pas une première, certes, mais on pensait ces mastodontes que sont Ferrari et Mercedes armés pour livrer bataille avec force jusqu'à l'ultime drapeau à damier.

Sepang a montré ce week-end à quel point Ferrari avançait sur la corde raide, souligné l'impasse technique dans laquelle Mercedes pouvait encore se retrouver. Des aléas sur lesquels Red Bull a capitalisé pour un turn over rafraichissant au sommet du podium.

Vettel a un peu plus décroché face à Hamilton à cause d'un problème de fiabilité samedi, Räikkönen n'a pas pu voler à son secours en barrant la route d'Hamilton et des Red Bull à cause d'un souci de batterie dimanche. Iceman avait de quoi mener le premier relais. Pour le reste, il faut émettre une réserve tant il a pris l'habitude de s'écrouler en seconde partie de course.

Ferrari a perdu son championnat, Vettel pas encore. La Scuderia a-t-elle d'ailleurs jamais ambitionné s'adjuger la Coupe des Constructeurs 2017 ? On peut se le demander. Maranello a lâché les commandes au classement après son doublé monégasque et n'en a jamais fait cas. Et ne tient plus à jour depuis longtemps le feuilleton de son retard abyssal - 118 points - au championnat sur Mercedes, dont la quatrième consécration n'est plus qu'une question de temps.

Sebastian Vettel (Ferrari) au Grand Prix de Malaisie 2017

Ferrari, un essoufflement perceptible

La marque italienne a misé une fois de plus sur le Mondial Pilotes et c'est son droit. Le classement du championnat des marques dicte la redistribution des revenus commerciaux mais le fait de bénéficier d'un bonus ecclestonien de 80 millions d'euros (jusqu'au terme des Accords Concorde en 2020) sur l'autel de l'Histoire nourrit peut-être son indifférence à ce sujet. Ferrari ne sent pas exactement le besoin de redorer son blason et il n'y a pas de danger statistique : ses 16 titres Constructeurs vont tenir encore un moment le haut du pavé. Après avoir eu Williams (9 titres) et McLaren (8) sur le dos, elle considère l'épopée Mercedes comme un épiphénomène.

En 2015, Ferrari a fait venir Vettel pour réussir là où Alonso a échoué. La marque italienne a resigné l'Allemand pour trois ans sur les mêmes bases germano-centristes. Cette saison, elle a joué sur du velours en posant au sol une SF70-H bien née, qui a valu à #SV5 de terminer premier ou deuxième des six premiers Grands Prix. Puis elle est entrée dans une période beaucoup moins faste à Montréal, marquée par une seule victoire - signée Vettel évidemment - à Budapest. La raison de ce ralentissement ? La bataille perdue du développement. Doublement : en faisant évoluer son matériel en flux tendu, elle a ajouté des problèmes de solidité qu'elle ne connaissait pas.

Sebastian Vettel (Ferrari) au Grand Prix de Italie 2017

Vettel n'a plus la baraka

Vettel a drivé le championnat jusqu'à Spa-Francorchamps. Il n'a jamais eu plus de 25 points de garde sur Hamilton mais les 34 de déficit qu'il concède aujourd'hui marquent une tendance de fond plus que le début d'une mauvaise passe entamée à Monza. Capable de qualifier sa machine invariablement dans le Top 4, l'as d'Heppenheim a rencontré au Grand Prix d'Italie le même type de souci que le Britannique à Monaco (qualifié 14e, classé 7e). Un joker partout.

Jusque-là, l'Allemand était aussi passé à travers les petits ennuis de fiabilité, tel le changement de boîte de vitesses et la pénalité de cinq places imposée à Lewis Hamilton, rétrogradé de la 3e à la 8e place sur la grille à Spielberg, un circuit où il est nettement plus difficile de se refaire qu'à Sepang. Et puis, il avançait aussi avec ce sentiment d'impunité matinée d'arrogance qui l'avait conduit à ranger sa Ferrari de travers sur la grille du Grand Prix du Chine, pour mieux défendre sa pole position. Ou filer un coup de roue à Hamilton à Bakou (puni de 10 secondes) en bon sanguin qu'il est, après lui avoir rentré dedans. Sans mesurer le risque pris pour sa suspension...

Mais voilà, depuis Singapour le quadruple champion du monde semble avoir perdu cette baraka qui le maintenait dans la course. Il en a trop fait au départ et peut se tenir comme responsable de cette manie consistant à détruire la course des adversaires avant de faire la sienne. Sûr qu'il a payé cher le problème bénin de turbo rencontré samedi mais le Reparto Corse se met en permanence dans le rouge pour contrer Mercedes. Qui à l'inverse est obsédée par la fiabilité. A la théorie de cette chance qui sourit à l'Etoile, on peut opposer la Deutsche Qualität matérialisée par les 20 courses qu'Hamilton vient d'aligner dans les points. Et signe que rien ne va décidément plus, Stroll en a rajouté une couche. On en mesurera les conséquences à Suzuka.

Avec cinq courses restantes, Ferrari n'a d'autre choix que s'engouffrer dans la brèche de la performance pure - quitte à plaquer sur sa SF70-H des pièces prévues pour 2018 - alors que Mercedes va jouer à fond la carte de la fiabilité. Un grand classique.

Sebastian Vettel (Ferrari) au Grand Prix de Malaisie 2017
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