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La F1 est plus physique mais en FE, on roule énormément et on finit cramés à la fin de la journée !

La F1 est plus physique mais en FE, on roule énormément et on finit cramés à la fin de la journée !

Le 22/10/2015 à 17:51

Après la Formule 1 et l’Endurance, les sports automobiles comptent une catégorie fraîchement créée : la Formule E, dont la 2e saison reprend le 24 octobre à Pékin. Qu’est-ce qui différencie ces 3 catégories majeures du sport automobile ? Un pilote peut-il facilement passer de F1 à FE ? Nous avons interrogé Nicolas Prost et Sébastien Buémi, pilotes de l’écurie Renault-e.dams en Formule E.

Nicolas Prost et Sébastien Buémi - Renault-e.dams - Formule E

Nicolas Prost et Sébastien Buémi - Renault-e.dams - Formule EEurosport

Est-ce aisé, pour un pilote, de passer d’une catégorie de course à une autre ?

Sébastien Buemi : Je pense qu’un bon pilote doit réussir à s’adapter rapidement à un nouveau type de course et de monoplace. En Formule E, on doit forcément prendre moins de risques qu’en Endurance en ou en Formule 1, puisqu’il y a moins de dégagement sur les circuits.

Nicolas Prost : Chaque pilote a ses préférences, en fonction des voitures avec lesquelles il est le plus à l’aise. La F1 requiert un pilotage précis, tendu. En Endurance, les prototypes réclament plus d’agressivité. Mais pour sa propre carrière, pouvoir participer et gagner des courses dans différentes catégories est assez flatteur.

Y a-t-il une spécificité technique primordiale en FE, qui l’est moins en F1 ?

NP : La gestion de l’énergie est plus complexe en FE. En course, chaque pilote dispose d’une quantité d’énergie insuffisante pour rouler à fond du début à la fin. D’autres paramètres, comme la température des batteries, sont également très importants. On peut retrouver ces aspects-là en Endurance.

SB : En utilisant le maximum de la performance des monoplaces de FE sur l’ensemble de la course, on tomberait en panne à deux tours de la fin. Il faut donc trouver le moyen le plus efficace d’aller vite tout en économisant de l’énergie. C’est une des principales difficultés.

Sébastien Buémi - Renault-e.dams - Formule E

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La F1 est-elle plus sévère que la FE pour les organismes ?

NP : La F1 est plus physique. Les vitesses, plus élevées, se ressentent sur le cou et sur le corps en général. Mais il ne faut pas oublier qu’en FE, on compile un weekend complet en une seule journée. On se lève à 6h, on débute la première séance à 8h15. On roule énormément dans les bosses et les trous, avec une direction non assistée. Et on finit bien cramés à la fin de la journée !

SB : En F1, les voitures sont plus compétitives. On encaisse plus de G. Mais en FE, on compense en cumulant toutes les séances d’essais, de qualification et la course en une journée. Dans les baquets, la chaleur est similaire. Elle est plus rude dans les prototypes d’Endurance, avec les cockpits fermés.

Mentalement, les week-ends d’ePrix sont-ils plus délicats à gérer ?

NP : Certainement, car il y a moins de hiérarchie, et le niveau est très homogène. Sur certaines séances de qualification, un écart de 0’’100 peut séparer la deuxième et la septième position. En F1, cette saison, les deux pilotes Mercedes se battent entre eux, même si une Ferrari peut parfois les embêter. Les pilotes se jaugent surtout par rapport à leur équipier.

SB : En F1, si les pilotes consomment trop de carburant, ils disposent de nombreux signaux qui leur permettent de piloter différemment. Certains paramètres se font même automatiquement. En FE, les pilotes sont peut-être moins sereins car ils sont rendus plus autonomes : du fait du règlement, les ingénieurs ne peuvent pas nous dire continuellement ce qu’il faut faire pour gérer l’énergie. Or c’est assez facile de trop consommer et de ne pas terminer la course !

Renault-e.dams

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Lors de la première saison, la FE a été jugée plus spectaculaire que la F1. Comment l’expliquez-vous ?

NP : En F1, les dépassements sont devenus très complexes parce que les freinages se font de plus en plus tard. Le règlement de FE et les caractéristiques des monoplaces offrent plus de bagarre en peloton.

SB : Les pneus offrent moins d’adhérence. La monoplace a énormément de poids à l’arrière. Elle n’est donc pas facile à piloter. L’originalité des circuits joue beaucoup également. La gestion de course est mise entre les mains du pilote. Et les pilotes sont souvent tentés d’accélérer un peu plus longtemps, au risque de devoir ralentir pour consommer moins ensuite ! Tous ces éléments permettent d’ouvrir le spectacle.

Si vous deviez convaincre un pilote de F1 de s’engager en FE, que lui diriez-vous ?

NP : Le pilotage prévaut sur le reste ! Toutes les monoplaces sont similaires. Les écarts de niveau entre elles sont donc limités. C’est un critère très recherché dans le sport automobile, où la performance de la voiture fait souvent la différence aujourd’hui.

SB : Je pense que certains pilotes se laisseraient facilement tenter ! Toutes les courses se disputent en ville, sur des circuits que personne ne connaît, dans des endroits extraordinaires. Piloter sur un tracé très bosselé, en frôlant les murs, comme celui de Londres (dernier ePrix de Londres, NDLR), c’est vraiment sympa !

Nicolas Prost et Sébastien Buémi - Renault-e.dams - Formule E

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