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Le mea culpa d'Onesta

Le mea culpa d'Onesta

Par Eurosport
Dernière mise à jour Le 28/02/2012 à 12:39 -
Par Eurosport - Le 28/02/2012 à 12:39
"Je suis le seul responsable". Dans une longue interview accordée à L'Equipe, Claude Onesta est revenu sur l'échec des Bleus à l'Euro 2012 qu'il assume sans détour. Le sélectionneur français, qui prend du recul sur son rôle, crève l'abcès dans l'espoir de voir ses joueurs rebondir aux JO de Londres.

Claude Onesta a beau être un monument du handball français, cela ne l'empêche pas de se remettre en cause. Le sélectionneur de l'équipe de France est longtemps revenu ce mardi dans les colonnes de L'Equipe sur l'échec cuisant du dernier Euro où les Bleus, tenants du titre et champions du monde, ont terminé à une humiliante onzième place avec trois défaites en besace. Un échec qu'il assume pleinement. Et seul si l'on en croit ses dires. "Cela m'incombe complètement", débute de but en blanc le Toulousain aux cinq médailles d'or internationales*. "Ma première mission était d'anticiper les difficultés. Je n'ai pas été assez vigilant et je me suis trompé."

Derrière cette responsabilité totalement assumée se cache à peine son désir de ne pas remettre en cause un groupe qui ne visera rien d'autre qu'un deuxième titre olympique de suite à Londres en août prochain. "Notre réussite s'est installée sur l'exigence, l'effort de plus à produire. Cette concentration-là n'était pas au rendez-vous. Je l'ai vérifié à tous les niveaux, assure-t-il encore. Au sein du staff, on a l'habitude de se secouer, de se déranger. Les moments d'échange, de réunion n'avaient plus lieu. Chacun d'entre nous était trop tranquille, trop isolé. Dans le fonctionnement, on a été moins précis, moins solidaire. Nous nous sommes tous accommodés, les joueurs comme l'encadrement, de nos petits défauts, de nos limites. Là encore, je suis le seul responsable. (...) J'ai préparé l'Euro avec moins de soins peut-être parce que j'avais peur de cet Euro."

"J'avais peur de cet Euro"

Il faut dire que cette compétition si relevée qu'est l'Euro n'a pas été tout le temps un chemin pavé d'or dans le parcours d'Onesta. Déjà en 2002 lors de sa première compétition internationale d'envergure, il a emmené à une triste 6e place l'équipe de France championne du monde l'année précédente. En 2004, cela n'a pas été mieux avec une place similaire à l'Euro et surtout une décevante 5e place olympique. L'édition 2006 sera l'année de la réconciliation avec cet événement où les Bleus décrocheront leur premier titre européen. La première vraie récompense pour Onesta après cinq années difficiles au sein de cette équipe, même si deux médailles de bronze en championnat du monde sont venues mettre du beurre dans les épinards en 2003 et 2005.

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"L'Euro était le piège parfait, insiste Onesta. Six mois seulement avant les JO de Londres, qui sont l'objectif, le rêve de tous ces joueurs. D'autant qu'on avait rien à y perdre, étant déjà qualifiés pour Londres et pour le prochain Mondial 2013 en Espagne. N'importe quelle défaite peut engendrer l'explosion d'un groupe. Oui, je redoutais ça. C'était une idée fixe." Après le couac de l'Euro serbe, c'est donc avec le souci de préserver ce groupe qu'il endosse la responsabilité de la perte du titre continental. Mais également de leur faire un mea culpa que certains joueurs de l'équipe auraient peut-être encore besoin d'entendre, comme Didier Dinart avec qui Onesta s'est quelque peu accroché pendant l'Euro ou encore Nikola Karabatic, qui a très peu joué pendant la compétition.

"Mon éloignement du terrain à terme est validé"

"Dans la défaite, les joueurs ont été dignes. Ils ont su rester soudés, mobilisés et ensemble. (...) C'est parce que ce groupe a cette capacité d'intervention sur lui-même, cette objectivité, qu'il pourra se régénérer. Je n'ai pas le sentiment qu'un ressort s'est cassé. Cette équipe peut encore très bien faire, mais elle est peut-être arrivée au bout de son aventure. Sur le sujet, ce sont les joueurs qui vont trancher." Y aurait-il une volonté délibérée de prendre du recul pour mieux passer la main après dix ans de bons et loyaux services ? "Je ne veux pas arrêter après les Jeux. Mais je suis lucide et conscient que mon éloignement du terrain à terme est validé."

Claude Onesta, qui se refuse de plus en plus à "entraîner" laissant les joueurs-cadres prendre le relais, prépare aussi sa sortie dans un rôle plus "politique". Lui-même se voyant même davantage dans les tribunes flanqué de son président lors des JO de 2016 à Rio que sur le bord du terrain aux côtés des Bleus. Mais passer le relais progressivement et choisir lui-même un successeur digne de ce nom pour reprendre le flambeau seront donc les tâches qui retiendront son attention dans quelques mois. Mais avant, celui-ci est bien décidé à aider cette équipe qui lui a procuré tant de fierté ces dernières années à relever la tête cet été. "Je sais que l'on va dire que j'organise mon maintien, termine-t-il. Mais si je n'avais pensé qu'à moi, je serai parti après les Jeux. et j'aurais utilisé mes relations dans un but personnel. Non, ce n'était pas possible."

*NB : 1 titre olympique (2008), deux titres mondiaux (2009, 2011) et deux titres européens (2006 et 2010).