AFP

Feutrier, le plus Français des Japonais

Feutrier, le plus Français des Japonais

Le 12/01/2017 à 21:09

MONDIAL 2017 - Prochain adversaire des Bleus, le Japon compte dans ses rangs un joueur évoluant à Chambéry. D'abord arrière gauche puis demi-centre et enfin reconverti ailier gauche, Rémi Feutrier est né à Paris mais a vécu la majeure partie de sa vie au Pays du Soleil-Levant. Rencontre avec un joueur miraculé.

Finalement, Rémi Feutrier s'apprête à affronter des adversaires qu'il côtoie chaque week-end en Lidl Starligue. Dans un Hall XXL de Nantes qu'il va néanmoins découvrir, l'ailier gauche n'est pas trop dépaysé. Après la Russie jeudi, c'est la France qui se présente à lui vendredi (17h45). Car si son prénom et son nom ne le disent pas forcément, Rémi Feutrier représente le Pays du Soleil-Levant.

Avec Atsushi Mekaru, qui joue à Angel Ximenez, en Espagne, Rémi Feutrier, renseigné sur le site officiel du Mondial comme Doi Remianri (prononcez Do-i), est, à ce jour, le seul Japonais à évoluer en Europe. A Chambéry précisément et ce, depuis la saison 2013-2014. Né à Paris, dans le 14e arrondissement, d'une mère japonaise et d'un père toulousain, il quitte la France à 3 ans pour le Japon. Direction Narita, une agglomération de 125 000 âmes, en périphérie de Tokyo. Alors qu'il aurait pu se tourner vers le base-ball, le sport national japonais ou vers le foot, qu'il pratique également, Feutrier, grand fan de Hidetoshi Nakata, opte finalement pour le handball à 9 ans. "Car ma sœur et mon frère en faisaient, j'ai voulu essayer moi aussi. Du jour au lendemain, j'ai abandonné le foot", nous explique-t-il dans un français parfait.

Poussé par ses parents à quitter le Japon

Les dispositions sont là. Le garçon est doué. Au Japon, pays qui compte 100 000 licenciés, les équipes professionnelles n'existent pas. Ce sont des tournois d'entreprises : "Au Japon, le hand est semi-pro. Les gens travaillent le matin et pratiquent le hand le soir, avec l'équipe de leur entreprise." Alors, Feutrier joue avec son école puis avec son université, la Nippon Sport Science University à Yokohama. "On a été champion du Japon à trois reprises", dit-il fièrement.

Rémi Feutrier en action avec le Japon face à la Russie

Rémi Feutrier en action avec le Japon face à la RussieAFP

Un cartilage abîmé à un genou va freiner son ascension. Pour ne pas dire la stopper net à 22 ans. Echaudés par cette blessure, les clubs nippons lui tournent le dos. Son rêve de faire carrière s'échappe et lui décide, poussé depuis ses 6 ans par ses parents, de quitter le Japon pour revenir seul, 20 ans après, sur les terres de son pays natal. "Mon père m'a toujours dit de découvrir le monde. D'aller voir d'autres pays pour comparer. En France, je voulais simplement apprendre le français, découvrir une nouvelle culture et aller voir des matches de handball le week-end avec les amis, c'est tout", explique-t-il.

Par miracle, c'est lui qui le dit, sa blessure au genou envolée lui permet de retoucher à un ballon. Il pousse alors les portes de Chambéry, qui, rapidement, conscient du potentiel du jeune garçon, lui fait une place dans son centre de formation, alors en Nationale 1. Une destination qui n'a rien du hasard : "Jouer au CSH, c'était un rêve. Car mes deux idoles, Jackson Richardson et Stéphane Stoecklin, que j'ai pu suivre quand il jouait au Japon (entre 1998 et 2003) y ont évolué. J'allais voir Stoecklin dans les vestiaires quand il jouait chez nous, il m'a donné un maillot que j'ai toujours. J'en suis fier."

"C'est grand 1,80m au Japon"

Si sa taille moyenne (1,80 pour 72 kg) lui permettait de jouer sur la base arrière au Japon ("c'est grand 1,80m pour les Japonais", s'amuse-t-il), en Savoie, Feutrier évolue d'abord au poste de demi-centre puis d'ailier gauche chez les pros. Là-bas, les débuts sont compliqués. La barrière de la langue n'aide pas. Mais c'est surtout le caractère du joueur sur le terrain qui pose problème. "J'étais trop gentil, trop respectueux. J'étais beaucoup trop collectif et ne jouait pas assez ma carte personnelle. Et puis, au début, je ne parlais pas beaucoup, je me mettais à l'écart, tout seul", se souvient Feutrier.

Rémi Feutrier avec Chambéry en 2015

Rémi Feutrier avec Chambéry en 2015Panoramic

Mario Cavalli, alors entraîneur de l'équipe une, va tout de même lui donner sa chance. "Rémi, c'est quelqu'un qu'on n'a pas fait venir, qui a débarqué un peu par hasard, mais qui a su faire ses preuves, expliquait l'ancien coach savoyard à notre confrère Benoît Conta en 2015. "C'est quelqu'un qui a des qualités physiques exceptionnelles qui lui permettent d'avoir un très gros un contre un mais aussi des courses et des sauts qui l'aident à avoir une gamme de shoots variée", ajoute-t-il.

Aujourd'hui titulaire à Chambéry, Feutrier a idéalement lancé son exercice 2016-2017 avec 18 buts (sur 22 tirs). Après avoir raté la qualification olympique pour Rio ("Mon club n'avait pas voulu me libérer"), le Franco-Japonais, 3e du dernier Championnat d'Asie, prend part à son premier Mondial. Dans le jeu atypique du Japon et sous le joug du coach espagnol, l'ancien Barcelonais, Antonio Carlos Ortega, le plus Français des Japonais est un poisson dans l'eau.

Et après la Russie, c'est donc le quintuple champion du monde qui l'attend à Nantes. Un grand sourire aux lèvres, le N.32 s'impatiente de retrouver Timothey N'Guessan et Guillaume Gille, qu'il avait côtoyé rapidement en Savoie. Et savoure, un peu plus chaque jour, une carrière qui aurait très bien pu ne jamais exister.

0
0