Une première fois, ça ne s'oublie pas. Mais ça peut se rater. C'est le risque, avec les Jeux Olympiques. Si beaux, si grands, si enivrants. Si perturbants, aussi, parfois. Pour tous les athlètes qui vont découvrir le parfum unique de la quinzaine olympique, c'est presque le danger numéro un: oublier qu'avant d'être une fête et un évènement à nul autre pareil, les Jeux, c'est d'abord une compétition sportive. Une lapalissade? Peut-être. Mais nombreux sont ceux qui peuvent témoigner. Rater ses premiers JO pour cause de dispersion, ça existe. A force d'avoir les yeux grands ouverts aux quatre coins des Jeux, le danger, c'est l'aveuglement.
Le pire, c'est évidemment de se persuader que "l'important, c'est de participer", selon la bonne vieille devise de Pierre de Coubertin. Grégory Baugé se souvient de sa première expérience olympique, à Athènes, en 2004. Il n'avait pas pris le Baron au mot, mais pas loin quand même. "Athènes, c'était la première fois, j'avais 19 ans, se rappelle-t-il. Un grand souvenir. Je regardais toutes les stars du sport mondial. J'étais comme un gamin. J'étais plus spectateur qu'aujourd'hui, heureux d'être là pendant deux semaines. Je ne dirai pas que le résultat passait après mais il y avait un peu de ça quand même." La menace arrive dès la cérémonie d'ouverture, envoutante. Elle vous plonge directement dans la fête et vous détourne de votre objectif sportif.
La rareté, prix du danger
Le cas de Grégory Baugé est loin d'être isolé. La tentation est grande, et bien légitime, de "profiter à fond de l'évènement", comme le dit l'escrimeur Gauthier Grumier, bien conscient du danger qui le guette pour ses premiers Jeux. "Justement, le meilleur moyen de vraiment profiter de ses Jeux, c'est d'abord d'y faire une grande performance", rappelle Florian Rousseau. Aujourd'hui entraîneur de Baugé, l'Orléanais avait été sacré champion olympique du kilomètre dès son coup d'essai, à Atlanta. Pour lui, il y a deux types de débutants aux JO: ceux pour qui la qualification constitue déjà une fin en soi, même s'ils ne se l'avouent pas complètement, et ceux qui figurent déjà au top niveau mondial. Le risque d'un manque d'implication, même inconscient, concerne surtout les premiers. "Il est certain que quand vous avez 19 ou 20 ans et que vous avez fait un exploit pour décrocher votre sésame pour les Jeux, explique-t-il, il est tentant de vouloir vivre les Jeux autant que sa propre épreuve."
Pour la seconde catégorie, plus que la dispersion, le grand danger, c'est le stress généré par le rendez-vous olympique, si impressionnant. "Même quand on a l'habitude du haut niveau, aborder les Jeux, c'est différent, témoigne Lucie Décosse. Les Championnats du monde, dans beaucoup de sports olympiques, c'est tous les ans. Si vous vous ratez, ça ne remet pas en cause quatre années de travail comme les Jeux." La rareté de l'Olympisme, voilà bien le prix du danger. Il n'est jamais évident d'aborder une telle échéance avec un statut de prétendant ou de favori lorsqu'il s'agit d'une première participation. "Là, je viens clairement pour l'or et c'est une bonne chose pour moi d'avoir déjà vécu deux éditions des Jeux, note ainsi Grégory Baugé. Je sais ce que ça implique, ce qu'il y a autour." L'expérience des anciens, un remède bien pratique pour appréhender les Jeux.
Boladé Apithy était présent à Pékin mais en tant que remplaçant en équipe de France de sabre. Pour la première fois, il va concourir véritablement à Londres. "J'en ai parlé avec les anciens, pour savoir comment ils avaient vécu leur première participation, et voir quelles erreurs ils avaient éventuellement pu connaitre, pour que je puisse ne pas les reproduire, confie-t-il. Je ne suis pas du genre à stresser avant une grande compétition. Mais bon, là, c'est les Jeux, c'est autre chose. Il y a une forme d'inconnue. Je verrai bien." Apithy a raison. Tous les conseils du monde peuvent aiguiller, mais ils ne remplacent pas le vécu. "On peut aider, mais au final, l'athlète se retrouver seul face à lui-même, et c'est à lui de jouer", souffle Florian Rousseau. Comme tout ce qui est extraordinaire dans la vie, ce n'est qu'une fois confronté à la situation que chacun peut savoir comment il réagit. Pour tous les "rookies" de l'Olympe, l'heure de vérité arrive. Avec sa dose de joie et d'adrénaline. Sa part de rêve, immense, et sa part de doute, non moins grande.
LES JEUX OLYMPIQUES SONT A SUIVRE EN DIRECT SUR EUROSPORT ET EUROSPORT PLAYER



AFP





















