Pour nous, les Jeux, c'était...

Nos souvenirs des Jeux - Jeux olympiques - Londres 2012Reuters

Dix membres de la rédaction ont choisi une image, un moment, un instantané de ces Jeux de Londres. Et vous, que retiendrez-vous?

LECON PUBLIQUE POUR LEMAITRE
Par Philippe DA COSTA

Ce n’est ni un succès, ni un record ou une déroute que je conserverai comme image de ses Jeux Olympiques. C’est une interview. Comme bon nombre, j’attendais la performance de Christophe Lemaître sur 200m en ce mardi 8 août. A 21h10, le Français franchit la ligne en 20"03. Un bon chrono, mais sa place (3e) ne lui offrira pas un bon couloir en finale s'il passe, il le sait. Pendant de longues minutes, il attend le chrono de ses concurrents. Quelques instants plus tard, sa qualification acquise, vient le moment pour lui d'évoquer sa performance devant les caméras de France Télévision. Lemaître est déçu. Normal.

Passe par là Usain Bolt. Nelson Monfort n'hésite pas une seconde et lui dit, en prenant quelques libertés, que le Français se dit capable de le battre. La réponse du Jamaïcain fuse. "S'il veut me battre, il va falloir qu'il fasse un meilleur virage". Sourire gêné de Lemaître, transformé en petit garçon. Il vient de prendre une leçon gratuite et quelque peu humiliante en direct devant des millions de téléspectateurs. Monfort a donné le bâton et c'est l'athlète tricolore qui a pris. Il n'avait rien demandé et n'en avait sans doute pas besoin. Contrairement à ses habitudes, il s'éclipsera sans même un au revoir.

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PHELPS, LE PLAISIR SIMPLE DE LA MACHINE
Par
Melinda DAVAN-SOULAS

Ce n'est pas mon sportif préféré. Loin de là. Je n'ai jamais eu d'affection particulière pour les machines à gagner. Mais pour sa dernière sortie, Michael Phelps a offert un tout autre visage. En tout cas, du souvenir que j’en garderai. Plus décontracté - selon ses propres dires -, il était venu sans pression. Sans doute, cela l'a-t-il aidé à dépasser Larissa Latynina et ses 18 médailles. Plus que le record, l'image que je retiens de lui, c'est sa joie en finale du relais 4x200m libre, porté par les encouragements de sa maman. La joie d'un gosse qui aurait décroché sa première médaille.

Alors certes, il n'avait eu que de l'argent jusque-là (relais 4x100m libre, 200m papillon). Le meilleur nageur de tous les temps n'était donc pas invincible. Peut-être que s’il avait commencé par tout gagner, l’ogre de Baltimore aurait repris le dessus sur le détendu futur retraité. Mais il y a eu dans la piscine de l'Aquatics Center quelque chose de différent du Phelps d'Athènes ou Pékin. Son échange plein de reconnaissance avec Yannick Agnel à l’issue du relais en est aussi le symbole. C'était pourtant, ce jour-là, sa 15e médaille en or. De quoi être blasé. Mais à se rapprocher de la fin, on en savoure probablement encore plus les derniers petits instants de bonheur. La machine est, pour moi, redevenue humaine sur ce sourire et cette joie toute simple, mais si sincère.

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GIBBONS, LE GRAND FRISSON
Par Maxime
DUPUIS

Gemma Gibbons. Pas sûr que ce nom vous dise grand-chose. A moins de suivre les affaires du judo de très près ou d'avoir encore en tête la demi-finale olympique perdue par Audrey Tcheuméo il y a une dizaine de jours à l'ExCeL Arena, je ne peux vous en vouloir. Personnellement, je l'aurais sans doute oubliée si sa victoire n'avait pas engendré une telle explosion émotionnelle autour du tatami et dans le public, qui l'a aidée à soulever des montagnes. Notamment Audrey Tcheuméo. Lorsque la demoiselle sans référence internationale digne de ce nom a réussi son ippon sur la Française, l'ExCeL a complètement explosé. Wembley aurait à peine fait plus de bruit si l'Angleterre venait à remporter une deuxième Coupe du monde sur ses terres.

Et puis il y a eu cette réaction instantanée de l'Anglaise de 25 ans, première médaillée britannique en judo depuis Sydney. Ces larmes qui ont coulé à la seconde où elle a compris qu'elle avait réussi le combat de sa vie. A genoux, Gibbons a levé la tête vers le ciel et pensé à sa mère, qu'elle avait perdu alors qu'elle avait 17 ans. Ce moment d'éternité, la future vice-championne olympique l'a partagé en mondovision. Et devant un public qui l'a portée à bout de bras tout au long de la journée. Il y a sept ans, quand le CIO a choisi Londres plutôt que Paris pour organiser les Jeux, ce ne sont pas les spectateurs ou la Ville Lumière que l'institution régissant l’Olympisme a puni ou privé de quelque chose de grand. Mais les athlètes qui - pour la plupart d'entre eux - ne connaitront jamais le grand frisson de Gemma Gibbons.

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DUMERC , QUELQUE PART ENTRE KOBE ET LEBRON
Par Martin
MOSNIER

C'est un moment de grâce, hors du temps. Il n'y a pas de plus bel endroit pour un athlète que les JO pour exploser à la face du monde. C'est ce que va faire Céline Dumerc lors du quart de finale France-République Tchèque. Je dois bien l'avouer qu'avant ces JO, je ne connaissais pas grand chose de l'honorable meneuse de Bourges (6,4 pts de moyenne cette saison). En revanche, je n'ai pas raté une miette de son tournoi sitôt qu'elle s'est muée en serial scoreuse. Ce jour-là, il ne reste que huit minutes à jouer et la France, invaincue jusque-là, est menée de 11 points. La porte est grande ouverte. La meneuse va demander tous les ballons, tenter des shoots improbables. Résultat, filoche sur filoche et les Bleues en demie au terme d'une remontée au score fantastique. Davantage fasciné par les athlètes de NBA, je suis hypnotisé par cette fille d'1m69 qui enfile ses shoots comme des perles avec une adresse insolente. Déconcertant.

Un ultime trois points enterre définitivement les Tchèques à 30 secondes du buzzer (71-68) et place Céline "LeBron" Dumerc tout en haut de mon panthéon personnel sur ces JO. Elle terminera cette rencontre avec une ligne de stats digne de ses homologues masculins du Team US (23 points à 70% de réussite (!), 4 rebonds, 6 passes). Dumerc n'a pas seulement remis au goût du jour la houppette, elle a aussi mis à ses pieds le monde du basket. Le temps d'un quart temps au moins. Le journaliste de la BBC s'est exclamé en direct qu'il était prêt à aller n'importe où pour la voir jouer désormais. "Céline tu m'as fait kiffer... MVP du tournoi olympique !", a tweeté de son côté Tony Parker himself. L'anonyme qui devient superstar, un classique des JO toujours aussi rafraichissant. Ou quand Dumerc se la joue Kobe. Comme quoi, il n'est pas forcément nécessaire de mesurer 2m03 et de jouer au Miami Heat pour faire frémir les fans de basket.

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LAVILLENIE, LE TEMPS SUSPENDU
Par Sébastien
PETIT

L’image que je retiendrais est un moment suspendu : l’explosion de joie de Renaud Lavillenie, en plein air. Poings serrés et visage vers le ciel, le Français peut enfin se laisser aller après un concours à la perche irrespirable. Le Clermontois est allé chercher son premier titre olympique plus haut que prévu. A 5,97m pour être précis, son record personnel de la saison et désormais le nouveau record olympique. Il n’en fallait pas moins pour briser les douze années d’attente de l’athlétisme français qui rêvait d’or depuis les Jeux d’Atlanta. Passé 5,85m, le titre semblait pourtant dans la poche du Français avant que deux Allemands, Bjorn Otto et Raphael Holzdeppe, ne se relancent dans la bataille en franchissant 5,91m du premier coup. Pendant de longues minutes, on a bien crû que la médaille d’or allait passer sous le nez du Français qui n’a eu de cesse de dominer la saison et le concours olympique depuis le début des qualifications. Un premier essai manqué à 5,91m et un autre à 5,97m l’ont mis au pied du mur. Il fallait qu’il réalise le saut parfait, le jour J, sur le dernier saut, pour confirmer qu’il était bien le meilleur. Plus belle en fut la chute.

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BATUM, LE SOMMET DE LA FRUSTRATION
Par
Anthony PROCUREUR

Disons-le tout de suite, on aurait bien aimé les taper ces Espagnols. Mais d'abord au tableau d'affichage. Eux qui se dressent devant la génération Parker depuis sept ans. Eux qui les ont frustrés d’un titre lors du dernier Euro. Enfin, injure suprême, eux qui sont venus souffler sur les braises du match de préparation à Bercy en nous prenant de haut. En lâchant leur match face au Brésil, le message était clair : le chemin le plus facile vers la médaille olympique passait par la France en quart de finale. Qu’il aurait été bon de leur faire ravaler leur arrogance. Et on y a cru… jusqu’au dernier quart-temps au cours duquel les Français n’ont inscrit que six points. Insupportable pour Nicolas Batum qui a commis alors ce qu’on doit bien appeler une agression sur Juan Carlos Navarro. Inacceptable bien que terriblement humain. Trop tard. Malgré des excuses tardives, le mal était fait.

Le plus triste, c’est que l’image de ce coup de poing au ventre de l’Espagnol a fait le tour du monde. C’est celle que beaucoup conserveront de cette équipe de France. Pourtant, je peux vous assurer que les basketteurs français, c’est tout sauf ça. En particulier Batum. J’aurais préféré qu’on retienne la réaction de Tony Parker, leader impuissant qui endosse à lui seul l’échec de son rêve olympique. J’aurais aimé qu’on insiste sur le fait que ces garçons, dont certains sont des stars en NBA, vouent depuis des années un amour sans faille au maillot bleu quand d’autres préfèrent profiter de leurs vacances. Pour une fois, j’aurais aimé qu’ils renvoient l’Espagne à la maison et goûtent enfin au moment de gloire qu’ils méritent. Mais la bande à Gasol était encore au-dessus. Frustrant, vraiment.

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RINER ET LA SYMBOLIQUE DOUILLET
Par François-
Xavier RALLET

Douze ans après Sydney, et le second titre de David Douillet, Teddy Riner était en mission à Londres. Il fallait tirer un trait définitif sur la désillusion pékinoise, marquée tout de même par l’obtention d’une médaille de bronze. Dans le hangar et sur les tatamis d'ExCel, le Français a vécu la journée idéale pour toucher enfin le Graal. Cinq combats, cinq victoires. Un parcours parfait. Jusque-là, rien d’anormal tant le judoka de Levallois faisait figure de favori sur le papier. On retiendra donc le sacre suprême du lourd tricolore. On se souviendra aussi que deux légendes vivantes du judo se sont serré la main ce jour-là. La première remettant un titre olympique à la seconde.

L’image fut belle. Elle avait surtout pour elle d’être symbolique. Car soyons honnêtes, David Douillet et Teddy Riner n’ont jamais été les meilleurs amis du monde. Les deux hommes ont toujours déclaré avoir beaucoup de respect l’un pour l’autre. Mais selon son grand ami Ugo Legrand, Teddy Riner n’a jamais considéré l’ancien ministre des Sports comme un modèle. Comme le héros de son enfance ; celui qui a donné l’envie d’enfiler un kimono et transmis cette vocation pour le judo. De son côté, pourtant, le champion olympique 1996 et 2000, que certains pensent jaloux de la réussite de son successeur, n’a jamais caché son admiration pour celui qui l’est devenu en 2012. Le temps d’une cérémonie, ce qui les séparait ne comptait plus. Et leur accolade semblait vraiment sincère.

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L'INJUSTICE FAITE A DINIZ
Par
Yohan ROBLIN

Yohann Diniz est maudit. Non-retenu à Athènes, à l'agonie à Pékin -où il avait abandonné en raison de douleurs au ventre et à la cuisse- le marcheur entendait cette fois-ci conjurer le sort des Jeux Olympiques. Ambitieux certes, mais il était loin de se douter ce qui allait lui tomber sur la tête... Moi non plus d'ailleurs. Une chute au 38e kilomètre, après s'être pris les pieds dans une barrière de sécurité, mettait fin à ses espoirs de médailles. Moral affecté et bouche ouverte comme un poisson rouge hors de l'eau, Yohann s'aspergeait d'eau en se vidant plusieurs bouteilles sur la tête. Avant de se ravitailler à nouveau un peu plus loin. Et justement, ce geste qui paraissait tout à fait anodin allait le condamner définitivement. Car c'est bien au terme des 50 kilomètres, alors qu'il croyait avoir relevé son défi en terminant 8e temps, que le couperet tombait : DISQUALIFIE ! La raison ? Un prétendu ravitaillement hors-zone. Rageant. Mais plus que cette disqualification, injuste selon moi puisque personne de l'organisation ne l'en avait prévenu, l'image que je retiendrai est celle de Yohann incapable de savoir s'il avait franchi ou non la ligne d'arrivée, celle d'un coureur totalement épuisé, à bout de souffle, incapable de revenir à la réalité au terme d'un effort surhumain. Une fin loin d'être à la hauteur du personnage.

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AGNEL, JUSTE PARFAIT
Par
Cédric ROUQUETTE

Yannick Agnel serait vraisemblablement devenu une star de ces Jeux avec son seul 200 mètres nage libre. Mais le Niçois a avancé son rendez-vous avec la notoriété en réalisant, 24 heures plus tôt, une performance soufflante que personne n’attendait : une dernière ligne droite d’anthologie pour décrocher la médaille d’or sur le 4x100m nage libre. Et ce fut, par sa soudaineté et sa netteté, un moment olympique parfait, que je n’ai pas retrouvé ensuite pendant deux semaines avec cette intensité, même si on a pu s’en rapprocher avec Florent Manaudou (pour la fulgurance), Renaud Lavillenie (pour le renversement de situation instantané) ou Teddy Riner (pour le sentiment d’accomplissement). Un moment olympique parfait, c’est d’abord cette sensation de vitesse, incroyable, sensible à l’œil nu. Elle nous aura accompagné jusqu’au bout des JO, sur beaucoup d’épreuves, mais c’est Agnel qui aura cristallisé ce premier émerveillement : ces gens-là font des choses qu’on ne fera jamais et ce spectacle peut-être époustouflant, en direct ou en différé.

C’est ensuite la performance sportive pure, le pouvoir du résultat : le relais français ne devait pas gagner. Il allait peut-être jouer la médaille de bronze. Il n’y en avait que pour les Etats-Unis et l’Australie, sans que ce soit un scandale. Mais Agnel, parti en deuxième position, s’est hissé à ce moment-là au sommet de ce que peut réaliser un champion : dépasser ses limites présumées (46’’74 !!) au moment le plus important, au moment où il faut gagner la fraction de seconde qui change tout. Un moment olympique parfait, du point de vue français, c’est enfin un moment de cocorico, qui nous saisit quand on l’attendait le moins. Ces quatre garçons qui explosent au bord du bassin, on les connaît peu, leur cause n’est pas intimement la nôtre, mais subitement, ce sont nos meilleurs amis. Surtout le grand roux-là. Celui-là, c’est notre frère à tous, pour quelques minutes. C’est éphémère bien sûr, mais c’est la magie des Jeux. On n’a pas fini de guetter l’opportunité que ça se reproduise.

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MANAUDOU, LE BONHEUR A DEUX
Par Laurent
VERGNE

Il y a deux types d'émotions via l'image. La première dérange, met mal à l'aise. Elle donne envie de détourner l'oeil, qui s'y accroche quand même. Réflexe quasi pavlovien. Elle est plus malsaine qu'autre chose. Puis il y a celle qui emporte tout sur son passage. Dénué de calcul et de toute forme de scénarisation, elle suscite une adhésion instantanée. C'est l'émotion pure. Ce moment-là, plus rare qu'on veut bien le croire, Laure Manaudou nous l'a offert à Londres. Je dis bien Laure, pas Florent. Bien sûr, c'est ce dernier qui a conquis l'or olympique sur 50m nage libre au bout d'une longueur de bassin quasi parfaite. Mais plus que la performance, remarquable, c'est la manière dont sa grande sœur a vécu sa course puis sa victoire qui a donné à cette séquence sa dimension particulière.

Sa crispation, son excitation, ses cris pendant la course que son frère n'avait aucune chance d'entendre, sa joie, ses larmes, tout était beau dans cette vingtaine de secondes au cours desquelles elle était filmée en parallèle. Florent a dit qu'il trouvait que sa soeur était plus heureuse que quand elle avait gagné sa médaille d'or en 2004. Il a peut-être raison. Ce n'est sans doute pas le même bonheur, mais, de la façon dont il a été partagé entre ces deux-là, il était probablement plus touchant communicatif. Ce bonheur, c'était le leur. C'était un peu, aussi, le notre. Le mien, en tout cas. Beaucoup se sont demandés ce que Laure Manaudou était venue faire à Londres. Ce même jour, après son élimination en séries du 100m dos, elle en a pris plein la tête, sur les réseaux sociaux notamment. Le père de Laure et Florent a expliqué qu'il savait, lui, pourquoi sa fille avait tant tenu à être à Londres: "Je crois qu’elle a eu un rôle primordial. Laure a été plus que précieuse pour son frère." Pour cette seule image, elle a bien fait de venir.

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