Ugo Legrand a vécu une expérience unique à Londres. Pas seulement parce qu'il a remporté une belle médaille. L'émotion olympique a commencé... la veille. "Hier, j'avais une espèce de pression intérieure, nous a-t-il confié après s'être paré de bronze. J'étais bien stressé. Je ne savais pas ce que c'était. J'avais une boule en moi. Il fallait que j'évacue. C'était peut-être de l'énergie à revendre..." Son tournoi n'en a pas souffert. "Ce matin, j'étais assez détendu sur les premiers matches, contrairement à d'autres compétitions." Ugo Legrand a une longue histoire à vous raconter.
11h11 - Ugo Legrand le sait depuis mercredi dernier : c'est Tomasz Adamiec qui se présente le premier face à lui. Le Polonais restait sur une victoire sur le Tricolore, lors du Masters d'Almaty en janvier. Un Waza-ari, tout proche du ippon, permet au Bleu de passer ce 16e de finale. Une entrée en matière sans accroc.
Le mot d'Ugo : "Adamiec, ça s'est super bien passé. Je l'ai géré tactiquement. Je savais qu'il fallait que je sois engagé. J'y suis arrivé".
12h26 - Pour son deuxième combat, Legrand est opposé à l'Egyptien Hussein Hafiz. Après un début de match à son avantage, le Français se fait piéger. Le waza-ari est justifié et Legrand se retrouve mal en point alors qu'il tenait en main la partie. Juste après, une violente chute en avant blesse l'Orléanais au nez. Le saignement oblige le soigneur de l'équipe de France à monter sur le tatami. Deux fois à une minute d'intervalle. La seconde, Legrand est contraint de se faire poser une bande tout autour de la tête, sous le nez. Il reste 90 secondes de combat. Cuit physiquement, l'Egyptien cède en prenant une nouvelle pénalité, mettant les deux hommes à égalité (10-10) à 20 secondes du terme. Legrand s'en sort finalement sur ippon (nouvelle pénalité pour Hafiz) lors du golden score. La correctionnelle n'était pas loin. C'est tête basse qu'il rejoint la zone des athlètes. Aucun mot à la presse. Il préfère rester concentré. Benoît Campargue, le coach principal du judo messieurs, peut souffler : "Il nous a fait peur."
Le mot d'Ugo : "Hafiz, je m'attendais à quelque chose de beaucoup plus simple. Et finalement, il m'a bien surpris sur une grosse action. Il a fallu mettre toute l'énergie que j'avais en moi pour aller gagner ce 2e tour. Ce n'était pas possible que je perde à ce moment-là de la journée."
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13h20 - On espèrait une revanche. Tombeur du Français en demi-finale des Mondiaux de Bercy, Dex Elmont est malheureusement en train de devenir sa bête noire. Une dernière tape dans le dos de son coach, et Legrand s'élance pour une place dans le dernier carré. Le Français domine les premières minutes. Le bouchon qu'il a dans la narine gauche cède rapidement. Fin du temps règlementaire. Golden score. Sur un ultime mouvement du Néerlandais, Legrand cède. Il restait une minute avant la décision des juges. Celle-ci aurait probablement été en faveur du Français. Ses espoirs d'or olympique se sont envolés en une fraction de seconde. Sa journée n'est pas finie néanmoins. Le bronze reste jouable. Pour cela il faudra gagner ses deux derniers combats.
Le mot d'Ugo : "Encore un très gros match contre ce fameux Néerlandais. Il fait ch... vraiment (rires). Je me suis vraiment engagé et j'ai tout donné. Il va falloir que je travaille sur lui. Je manque de solutions. Jusqu'à son ippon, je sais que j'ai gagné. Je sais que les drapeaux sont pour moi. Sauf que j'y pense trop peut-être. J'ai la tête ailleurs et voilà le résultat."
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14h50 - Après une pause entre la session matinale et celle de l'après-midi, le judo reprend dans l'interminable hangar d'ExCel. Opposé à Rasul Boqiev, médaillé de bronze dans la catégorie à Pékin, Legrand ne tremble pas. Le Français est supérieur au Tadjik, de sept ans son aîné. Il s'offre une chance de glaner une deuxième médaille de bronze dans une grande compétition internationale, après celle de Paris-Bercy. Une nouvelle fois, Legrand passe devant la presse. Il esquisse un sourire et semble déjà tourné vers le prochain rendez-vous.
Le mot d'Ugo : "Je savais que ça allait être un match très physique. Je m'attendais à gagner même si le mec est quand même médaillé olympique et que c'est un adversaire redoutable. Mais j'avais tellement faim d'aller faire une place de troisième".
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16h03 - On y est. Face à lui se dresse le Coréen Wang Ki-Chun, tout simplement double champion du monde et médaillé d'argent à Pékin. Un monstre. Mais un monstre fatigué par une journée harassante. Une nouvelle fois, dos au mur, Legrand va se surpasser. Et obtenir ce qu'il était venu chercher à Londres : une médaille. Ce ne sera pas l'or. Mais presque. En zone mixte, son coach, Jean-Pierre Gibert est aux anges. La larme n'est pas loin. "Vous pouvez le féliciter, vraiment. C'est un mec. Il a le potentiel pour être champion du monde. Il le sera un jour, j'en suis sûr". En quittant le tatami, Legrand reçoit les félicitations de François Hollande. Le président de la République lui avoue avoir tremblé.
Le mot d'Ugo : "Je ne m'attendais pas à avoir Wang pour le bronze. Mais plus Isaev. Mais tout peut arriver dans le judo : la preuve, le Russe est champion olympique. Wang a fait une grosse journée. Je savais qu'il était usé et que c'était le bon moment pour l'affronter. Il fallait que je lui saute à la gorge. Je l'ai bien abordé. Lui, c'est un malin avec des grosses actions dangereuses. Je ne voulais pas aller aux drapeaux. On ne sait jamais... Là, j'aurais peut-être perdu. Donc là, j'ai conclu sur une action anodine, reprise de garde et voilà !."
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