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Legrand : "J’ai envie d’être égoïste"

Legrand : "J’ai envie d’être égoïste"

Par Eurosport
Dernière mise à jour Le 24/08/2011 à 20:41 -
Par Eurosport - Le 24/08/2011 à 20:41
Troisième chez les -73 kg, Ugo Legrand a offert à la France sa première médaille aux Mondiaux de Paris-Bercy, mercredi. Très ému devant la presse, le Français, qui rêve désormais de titre olympique à Londres, a reconnu avoir pensé, avant tout, à lui au moment de monter sur le podium.

Ugo, quelle journée ! Celle-ci a été riche en émotions, aussi bien positives que négatives…

 UGO LEGRAND : Voilà, c’est ça ! Il y a tout eu : de la joie, des pleurs. J’ai été au fond du trou (après la demi-finale). J’ai su retrouver des ressources, mais je ne peux pas vous dire où je suis allé les chercher. Elles sont venues de l’intérieur. Le public m’a aussi aidé. Et puis, on m’a aidé à me relever. On m’a dit : “Allez, va la chercher, cette médaille !“ Une médaille mondiale, c’est juste énorme. Je ne peux pas cracher dessus. Pour le bronze, j’ai tout donné. J’ai même failli tomber dans les pommes à trente secondes de la fin du combat après avoir pris un coup sur la tête. Mais cela fait partie du jeu.

 Que représente cette médaille à vos yeux ?

 U.L. : Elle est juste magnifique. C’est énorme. Je ne peux pas me plaindre. Je suis le plus heureux des hommes. J’aurais pu être cinquième aujourd’hui. Cela aurait été très difficile pour moi de ne pas être sur le podium. Je suis allé me battre pour monter dessus. Evoluer devant son public n’est pas une chose facile. On se sait attendu. J’avais une espèce de poids sur les épaules en début de journée. Puis, je me suis libéré au fil des combats. Après, la finale m’a échappé, c’est vrai. Mais je n’ai aucun regret. Je suis à ma place avec cette médaille de bronze, qui représente du travail, de l’envie, de la passion et de l’amour pour ce sport.

 A qui la dédiez-vous ?

 U.L. : (Très ému, Ugo a du mal à contenir ses larmes) Je pense à beaucoup de monde, à ma copine… (il marque une pause et se frotte les yeux) Je pense à mes grands-parents, à toute ma famille, à tous mes amis… Mais aussi à mes deux clubs de cœur : Grand-Quevilly, mon club d’origine, et l’US Orléans. C’est à eux que je pense.

 La déception de la demi-finale est-elle digérée maintenant ?

 U.L. : Comme je l’ai dit, j’étais au fond du trou. J’étais par terre. Je n’arrivais pas à me relever. La déception ne voulait pas disparaître. Tout un groupe est venu me soutenir. Je les remercie énormément. Même Benjamin (Darbelet) m’a réconforté. Et ça... (Il est ému) ça m’a touché.

 Vous n’avez pas compris la décision des juges sur le moment ?

 U.L. : C’est difficile d’être objectif quand on sort d’un match comme ça. On ne se rend pas compte. On n’a pas de regard extérieur. Après, il y a eu trois drapeaux bleus (la couleur du kimono de son adversaire) contre moi. Je ne pouvais que m’incliner, me taire et partir me concentrer de nouveau pour la suite.

 Avant cela, votre début de journée avait été marqué par l’élimination du n°1 mondial en huitièmes…

 U.L. : Lundi, après avoir vu le tirage du tableau, je m’étais dit que je devais passer par là pour espérer une finale. C’était ou lui ou moi. J’ai fait en sorte que ça soit moi. En plus, j’ai été expéditif. Je pense que cela a été une chance pour moi que ça aille vite. Cela m’a permis de garder un peu d’énergie pour la suite du tournoi.

 Avez-vous l’impression d’avoir franchi un cap sur les tatamis parisiens ?

 U.L. : Je pense. J’ai pris conscience que je pouvais aller chercher des podiums internationaux. Je n’avais jamais battu les meilleurs mondiaux jusqu’à maintenant. Enfin, quelques-uns, par-ci, par-là, mais je n’étais jamais parvenu à enchaîner plusieurs matches compliqués, à maîtriser les différentes tactiques. Là, j’ai su faire chuter. J’ai gagné deux fois par ippon. Chose que je ne faisais pas avant. Ce mercredi a été difficile, mais cette journée va sûrement me permettre de changer de statut. Mes adversaires vont peut-être arrêter de me prendre pour le petit jeune qui arrive. Ils feront probablement plus attention à moi, maintenant. Comme (le Coréen) Wang, qui m’a peut-être sous-estimé en huitièmes. Cette médaille devrait changer pas mal de choses pour moi dans les prochains grands championnats.

 Une nouvelle fois, vous avez fait parler votre technique. Est-ce votre signature ?

 U.L. : J’adore la technique. Je fais du judo pour me régaler. Maintenant, on ne peut pas toujours gagner comme ça. Je suis tout aussi heureux d’avoir remporté un combat avec des pénalités. Je n’ai aucun problème avec ça. Mais c’est vrai que j’affectionne particulièrement le beau geste.

 Votre performance vous a rapproché des JO de Londres et en a éloigné votre compatriote Benjamin Darbelet. Rêvez-vous déjà d’or olympique ?

 U.L. : Tout sportif de haut niveau vit pour ça. Les Jeux, c’est quelque chose d’à part. Le titre à Londres, j’y pense. C’est en tout cas ce que je viserai. Concernant Benjamin, j’ai été sincèrement déçu pour lui quand il a été éliminé (en huitièmes). Mais je vais être aussi honnête : là, je pense à moi. J’ai envie d’être égoïste. C’est ce qu’il faut pour réussir dans une carrière. Après si Benjamin a les ressources pour revenir, il n’y aucun problème. Je pense même que ça peut me servir pour progresser.

 Comment allez-vous fêter cette médaille ?

 U.L. : Je n’ai rien prévu. Je pense aller voir ma famille, ceux qui m’ont soutenu tout au long de la journée. Et je repars dans la foulée pour Marcoussis pour me concentrer en vue de l’épreuve par équipes de dimanche. C’est un vrai objectif pour nous.