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Fédrigo plus fort que Baugé ?
29/03/2010 - 18:38

Fédrigo plus fort que Baugé ?

C'était un week end de sport bien rempli. Mais quelquechose nous dit que le brouhaha médiatique brouille parfois le sens de l'histoire, pour notre plus grande confusion.
A votre avis, si Pierre Chany, au soir du XXIème siècle devait réactualiser La fabuleuse histoire du cyclisme, il aurait retenu le double exploit de Grégory Baugé, vainqueur de Chris Hoy et Kevin Sireau, pour une deuxième couronne mondiale ; ou bien la victoire de Pierrick Fédrigo sur le Critérium International ?


Loin de nous l'idée de minimiser les qualités du coureur de Marmande. Il est surement l'un des très rares routiers français capable de briguer, un de ces jours, le titre mondial. Le seul 'hic' c'est qu'un Français est réellement devenu Champion du Monde ce week end, dans la plus belle discipline de la Piste, devant un parterre d'une petite dizaine de journalistes français au Danemark (contre une cinquantaine en Corse !).

Obtenu au terme d'une redoutable adversité, le résultat de Grégory Baugé ne souffre aucune comparaison, dans le week end sportif. Il a suffi que Chris Hoy nous sorte de son chapeau, samedi peu avant 11h du matin, un chrono sous les 10 secondes au 200 mètres lancés, pour que le Français lui réplique sèchement par un 9'89 (deuxième performance de tous les temps, au niveau de la mer). Le duel entre les deux hommes était lancé.

L'un et l'autre auraient pu régler leurs comptes en finale, mais l'Allemand Förstemann allait prendre un malin plaisir à bouleverser le tableau, en expédiant, par une habile manoeuvre, Chris Hoy une première fois dans les cordes.

Hoy (parvenu à se hisser des repêchages) et Baugé ont donc croisé le fer, dès les 1/4 finales. Sur le fil de l'AFP (Agence France Presse), habituellement peu enclin au lyrisme, on pouvait lire un peu plus tard en titre : Baugé abat la statue du commandeur Hoy. Jean Montois précisait un peu plus loin :"Pour mettre à bas Sir Chris Hoy, [...] Baugé a eu l'immense mérite de surmonter l'échec de la première manche".

Baugé allait aussi, au terme de la troisième manche, parvenir à dissiper un malententu vieux d'un an. Le « commandeur Hoy », anobli par la Reine, après ses trois titres olympiques obtenus à Pékin, s'était - bien malgré lui - décommandé en 2009. Et l'on avait hâtivement conclu que si Baugé était devenu, cette année-là, Champion du Monde de la Vitesse, c'était aussi en raison de cette absence remarquée.

Dimanche, le Guadeloupéen a ensuite retrouvé sur sa route, son « vieil ennemi », Kevin Sireau. Bien plus qu'un simple faire valoir. Le jeune sprinteur d'Issoudun roule sa bosse en tête sur les Coupes du Monde depuis deux ans, écrasant presque tout sur son passage : L'Allemand Robert Förstemann (une première fois en Coupe du Monde à Cali en décembre, une deuxième fois hier), le vice-Champion olympique britannique, Jason Kenny en 1/8 finale, samedi. Quant à Chris Hoy, il n'a plus eu l'occasion de s'y frotter depuis ce viril "épaule contre épaule" en keirin, l'an passé, déjà à Copenhague. A l'issue du choc, l'Ecossais était resté quelques mois sur le flanc.

Grégory Baugé a donc d'abord battu sa majesté, Chris Hoy, tout juste consacré pour la dixième fois champion du monde (à l'occasion du keirin), et au sujet duquel il ne viendrait à personne l'idée d'envisager l'hypothèse d'un déclin à 34 ans ! Avant de renvoyer - comme l'an passé - son jeune compatriote à ses chères études, en petite finale.

Vous l'aurez compris, ce week end danois était tout sauf ordinaire. En revanche, ce qui parait aujourd'hui totalement extraordinaire, c'est le lent déclin populaire de ce sport en France.

Alors que tout le monde s'apitoie sur l'absence d'un grand champion sur route dans ce pays, doit-on attendre la remise du Vélo d'Or, en fin d'année, pour reconnaître l'incroyable vitalité de la Piste française ? Sous d'autres latitudes doit-on gober que la victoire de Fédrigo serait réhaussée par la seule présence d'Armstrong et Contador ?

En 2002, nous étions déjà au Danemark, pour assister à l'extinction progressive d'une génération dorée (Rousseau, Ballanger...)
Huit ans plus tard, la Piste redresse la tête, alors que le vélodrome de St Quentin n'est pas encore sorti de terre.
Si vous avez une explication, on la lira avec beaucoup d'attention...

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