Un arc-en-ciel sur les Flandres
Vous pensiez à Cadel Evans ? Et bien nous, on songeait à Pascale Jeuland. Une petite semaine après son sacre au Danemark, la Bretonne sera dimanche au départ du Ronde. Et les regards portés sur elles ne seront plus tout à fait comme avant. Pour la première fois, une Française a inscrit son nom au palmarès du Scratch, lors des Championnats du monde sur Piste qui viennent de se terminer. Aux prochains JO, il sera question d'Omnium*. Et en prévision de ce marathon des pistes, le titre mondial obtenu par Pascale Jeuland lui offre une occasion en or. Mais avant Londres 2012, la Française a surtout en tête de bien négocier la transition entre la piste et les petits pavés glissants !
Les médailles les plus belles sont souvent celles que l'on ne veut pas trop annoncer à l'avance. Surtout quand à la fin de l'histoire, la médaille est du plus beau métal. C'est exactement ce que l'on a vécu, grâce à Pascale Jeuland, dont la joie mélée à une timidité naturelle, donnaient un éclat particulier à cette soirée de samedi. La veille, l'équipe de France était allée de déception en déception. Et les mauvais augures prévoyaient déjà une forme de bégaiement de l'histoire dans ce vélodrome de Ballerup, qui, déjà en 2002, n'avait pas réussi aux Français.
Ensuite, il y a eu les deux médailles au Kilomètre (argent pour D'Almeida, bronze pour Pervis) et, pour la journée, ce dénouement en Scratch, après une interminable course d'attente de Pascale. Jusqu'à ce qu'elle devance la Cubaine Yumari Gonzalez, tenante du titre, et l'Australienne Belinda Goss, Pascale Jeuland n'avait encore jamais eu l'occasion de monter en haut d'un podium international.
La routière de Vienne-Futuroscope n'en est pas à ses premiers tours de piste. Le mot « enfin » revenait dans sa bouche à chaque fin de phrase. Ce mot d'abord soufflé par Sophie Creux - qui avait commenté avec nous son triomphe de la tribune Eurovision - et dont nous n'avions pas forcément saisi dans l'instant toute la signification.
Après tout, Pascale n'a que 22 ans. Mais elle a déjà fait le tour de pas mal de désillusions. La plus forte date des JO de Pékin, où elle n'avait pas digéré de passer à coté de la course de sa vie pour une erreur de jugement. La Rennaise avait lancé trop tard son sprint. Une énorme déception, stigmatisée par une bonne dose de sacrifices. Pour progresser, Pascale a en effet quitté ses proches en Bretagne pour s'installer à Bordeaux, non loin du vélodrome. Toute l'année, elle jongle entre son boulot d'aide-soignante, les entrainements, les Coupes du Monde sur piste, les courses sur route qu'elle dispute sous le maillot de Vienne-Futuroscope... A ce jour, voilà seulement à quoi se résume l'omnium de Pascale Jeuland.
Comme le faisait remarquer son directeur sportif, Damien Pommereau, « les filles n'ont pas le choix. Pour faire du vélo, elle doivent aussi avoir un métier ». Le lendemain de la victoire de Pascale, Grégory Baugé, sacré pour la deuxième fois en vitesse individuelle, affirmait sur le blog : « Nous, on travaille avec nos moyens ».
Une réflexion que Pascale Jeuland aurait pu reprendre à son compte, si la jeune femme ne s'était pas abandonnée toute entière à sa joie.
Après un bref retour chez elle, la Bretonne s'apprête à prendre la direction des Flandres, où les dames précèderont de quelques heures les hommes, dimanche, au sommet de Kappelmuur, le Mur de la Chapelle de Grammont. La gloire que Pascale Jeuland est allée chercher au Danemark reste très relative aux yeux du grand public, en raison du faible retentissement médiatique de la piste. Mais s'il ne sont pas encore nombreux à la reconnaître du bord de la route, dans le peloton, ce sera différent. Pascale Jeuland fait désormais partie du cercle très respecté des championnes du monde.
* Omnium : nouvelle discipline olympique qui devrait consister, à Londres, en un enchainement de six épreuves (200 mètres lancé, scratch, poursuite individuelle, course-aux-points, 500 mètres clm et élimination)




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