Yvon Sanquer, le Hellfighter d'Astana !
Claironner victoire, c'est pas le genre de la maison. Yvon Sanquer est arrivé chez Astana en pleine crise et n'a eu de cesse, depuis, de rebâtir une équipe autour du meilleur coureur au monde. Quelques minutes après le succès de Contador dans Paris-Nice, l'ancien secrétaire de la Ligue du Cyclisme Français (LCF) ne s'abandonnait qu'à une légitime bonne humeur sur la « Promenade » ensoleillée.
Il n'est pas comme ça tous les jours ! croyez nous ! D'ordinaire, Yvon Sanquer est un Breton bougon, qui aime la rigueur et le travail bien fait sous son toit. Et quand c'est le cas, il y a rarement de quoi sauter au plafond !
D'ailleurs, quand on l'avait croisé au bas des marches du Palais des Congrès à Paris, le 14 octobre dernier, on n'avait pas noté le moindre signe de cette décontraction qui est apparue hier à Nice. L'homme est d'un naturel peu disert et l'anxiété partage son quotidien. Lors de la Présentation du Tour 2010, en octobre dernier, il venait de conclure l'affaire avec Nikolai Proskurin, vice-président de la fédération kazakh (aujourd'hui mis à l'écart de l'équipe pro). L'affaire - On allait l'apprendre publiquement quelques heures plus tard - consistait à sauver des flammes la maison Astana, dépouillée de pratiquement tous ses meubles par les précédents locataires, à l'exeption d'une toile de maitre, peinte au pistolet, mais que l'incendie menaçait de faire disparaître.
Les Kazakhs l'ont appelé à la rescousse, et Yvon Sanquer est arrivé dans sa familiale cinq portes siglée LCF* dont il était jusque-là le directeur dévoué. Ce type c'est John Wayne dans Hellfighters, avec le rôle de Red Adair, ce pompier Texan providentiel qui accourait pour éteindre les puits de pétrole en feu.
Dans le registre des premiers secours portés à une équipe en péril, Yvon Sanquer est en pleine récidive. La première fois, c'était en 1999, au lendemain de l'affaire Festina, le patron de la marque horlogère, Miguel Rodriguez, l'avait contacté pour relancer sa formation sur des bases plus saines. A l'époque, il n'était qu'un directeur sportif parmi d'autres. Chez Astana, il est le vrai patron de la gestion sportive.
Arrivé en poste fin octobre, il a découvert des interlocuteurs avec une vision assez particulière du cyclisme. "Simple décallage culturel", selon Yvon Sanquer qui n'avait eu qu'une seule fois, dans sa carrière, l'occasion de diriger un coureur kazakh : Andrei Kivilev - le grand copain de Vinokourov - mort en course lors de Paris-Nice 2003. Sanquer est également connu en Espagne pour avoir dirigé, avec Juan Fernandez, les débuts de Joseba Beloki et Angel Luis Casero (toujours chez Festina). Quelques détails qui ont probablement aidé, dans un premier temps, le Français à se faire accepter de Vinokourov et Contador. (Que voulez-vous ? Ces deux-là, ils n'ont jamais vu Hellfighters !)
Il n'est pas dans la nature d'Yvon Sanquer de jeter de l'huile sur le feu :"Avec Contador, on s'est découvert des positions communes. Il n'a pas envie de polémiquer avec Armstrong. Moi non plus. Ce qui compte, c'est que l'on puisse travailler dans la sérénité". Pour cela, Sanquer n'hésitera pas, s'il le faut, à monter en première ligne au mois de juillet pour épargner à son leader toute pression psychologique. "J'ai déjà connu la pression médiatique en 99, avec le retour de Festina sur le Tour de France, un an après l'affaire du même nom". Sanquer a d'ailleurs déjà sorti sa tenue de pompier volant, voyez plutôt !
* Ligue du Cyclisme Professionnel




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