Honda Racing Corporation s'est toujours targuée de ne pas souffler de consignes à ses différentes équipes. L'usine a payé très cher cette singularité dimanche, à Estoril. Au 5e tour du Grand Prix du Portugal, Dani Pedrosa a littéralemenent torpillé son leader Nicky Hayden en perdant l'avant de sa RC 211 sur une bosse, tout à la corde d'un gauche serré. Avant la 16e des 17 manches du championnat 2006, l'Espagnol avait averti qu'il n'était pas d'humeur à aider l'Etasunien à préserver sa fragile première place du MotoGP de la convoitise de Valentino Rossi... Au tour précédent, Hayden avait ratifié cet inquiétant chacun pour soi dans une attaque limite mais correcte sur son équipier débutant. Après tout, il roulait en 4e position, et Rossi ouvrait la route avec Edwards en couverture. Il n'y avait pas à transiger.
Fauché en pleine vitesse par la Honda en perdition de Pedrosa, Hayden a certainement fait naître dans ses rageurs cris de désespoir un sentiment de compassion jusque chez les incontionnels de l'Italien aux cinq couronnes. Le Kid du Kentucky, invariable fair-play en piste et ambassadeur intéressant de son sport, ne méritait certainement pas une issue si pitoyable, qui risque bien de le mener à l'échec dans deux semaines, à Valence.
Rossi savait de quoi Pedrosa était capable
Tout champion du monde 125cc (2003) et double champion du monde 250cc (2004, 2005) qu'il est, Pedrosa avait encore malheureusement des choses à apprendre dans la maîtrise des événements de ce MotoGP qu'il découvre encore, et qui risquent de lui coûter une bonne partie de l'affection du clan Honda. L'erreur qu'il a commise peut s'apparenter à une faute professionnelle ; chacun en jugera. Mais l'exprimenté Rossi avait senti depuis quelques temps qu'il y avait anguille sous roche...
"Je ne sais pas comment ça se passe en 250 mais on est en MotoGP ici", avait ironisé l'as de Tavullia à Phillip Island, avant le Grand Prix d'Australie, le 15 septembre dernier. Pedrosa s'était plaint d'un dépassement "agressif" de l'Italien pour la 2e place, en République tchèque. Le cador à la M1 jaune n'avait pas apprécié, et ajouté : "Le problème avec Pedrosa en ce moment, c'est qu'il n'est pas capable de dépasser. Le danger c'est lui, pas moi. Il a besoin d'apprendre comment dépasser."
"Toni était comme un diable"
Ce coup de Trafalgar n'a pourtant pas tranquillisé Vale Rossi sur les 23 tours restants. Incapable de prendre plus d'une longueur d'avance sur ses seconds, qui furent pêle-mêle Colin Edwards (Yamaha Factory), Toni Elias (Honda Gresini) et même Kenny Roberts Jr (KR Honda) !, l'Italien s'est retrouvé en 3e position à l'attaque du dernier tour. Roberts Jr rapidement recalé, le Transalpin a cru à la victoire en ressortant de la chicane finale devant Elias, mais c'était sans compter sur la position camouflée de l'Espagnol, qui utilisa le phénomène d'aspiration pour franchir la ligne 2 millièmes plus tôt.
"J'ai essayé de jouer le jeu avec Toni [Elias], qui était comme un diable", a déclaré Rossi. "J'ai eu ma chance. J'ai pris un bon départ mais mon rythme n'était pas impressionnant. Ils [Elias et Roberts] sont revenus à la fin et Toni était comme un démon. Je suis ressorti devant lui du dernier virage mais il a pu me faire l'aspiration et me repasser. Je suis prêt, concentré pour le dernier grand prix, à Valence." Avec 8 points d'avance sur Hayden, il a les cartes en main.
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