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Johann Zarco, six tours qui en disent long

Zarco, six tours qui en disent long

Le 27/03/2017 à 17:00Mis à jour Le 30/03/2017 à 10:54

Johann Zarco a fait six tours dimanche qui l'ont fait entrer dans un club à part et conforté sur le bien fondé de son approche ambitieuse.

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Sa chute nous a surpris, frustrés, mais elle ne nous a pas déçus. En six tours, Johann Zarco venait de nous saisir de cette sensation rafraîchissante, rare, qu'un débutant peut éblouir dès sa première course à l'heure des Rossi et Marquez, pour désacraliser les valeurs les plus établies du MotoGP. Avec cet aplomb phénoménal, bluffant, pour donner un premier acompte à cette moto française à laquelle il a promis un coup de fouet et pour tout dire la sortie de l'ombre. Vouloir tenir si vite ses promesses est un acte de générosité extraordinaire.

Alors ne soyons pas timide, ne boudons pas notre plaisir : la France se cherche un pilote hors-normes et elle l'a peut-être trouvé. Mais chuuut… Le pragmatisme du garçon, qui n'exclut surtout pas l'ambition, ne peut encore probablement l'entendre.

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Ça faisait longtemps, trop longtemps que nous n'avions pas vibré de la sorte. Le dernier podium d'un Tricolore remonte toujours à la chevauchée de Randy de Puniet à Donington en 2009. Mais l'impression de dimanche soir était plus proche de l'exaltation. Le fameux effet Whaou ! Un Français en tête d'un Grand Prix, si crânement ! On était parti pour 20 tours et on avait terriblement envie d'y croire.

Une exploration, en quelque sorte

On n'avait plus connu cette excitation depuis le Grand Prix de France 2007, lorsque Randy de Puniet et Sylvain Guintoli avaient fait le show en tête, joué les équilibristes sur une piste mancelle mouillée. En la circonstance, ça relevait plus du "one shot". On savait bien que c'était une parenthèse. Renfermé en un tour sur deux chutes.

Ceux qui ont le privilège de l'âge se sont sûrement revus en 1999, lorsque Régis Laconi avait livré un incroyable récital à Valence. Une chevauchée partie de la pole position, d'un choix de pneus juste avant le départ et parvenue au bout de l'exploit, de l'improbable. Mais là, on était quand même en fin de saison et l'impétrant n'en était pas à ses balbutiements.

Johann Zarco (Yamaha Tech3) lors du Grand Prix du Qatar 2017

Johann Zarco (Yamaha Tech3) lors du Grand Prix du Qatar 2017Panoramic

Dans l'incertitude de Losail, le double champion du monde de Moto2 en titre nous a renvoyé à cette audace dont on raffole, ce panache prêt à tout bousculer, cet esprit de casino garant d'une manière qui prime sur le résultat. Changer le pneu arrière "medium" pour un "tendre" était un quitte ou double de funambule mais une entreprise finalement pas si folle. Qui lui a permis d'attaquer résolument et qui n'a pas causé directement sa perte. C'était une exploration, en quelque sorte.

Le titre de meilleur rookie en tête

"Il n'y a que le cœur et la tête qui ont pris un petit coup", a-t-il développé sur l'antenne d'Eurosport. "J'ai joué ma carte, j'ai mis le pneus 'tendre" et je me sentais bien. J'ai voulu rouler à cette vitesse. Malheureusement, rouler à cette vitesse était le signe qu'on était très proche de la limite. C'était magnifique de mener, j'ai voulu prendre ce rythme (…) C'est une question d'expérience (…) Ce n'est pas dans mon style de partir si fort et de chuter mais il faut passer par toutes les phases pour devenir un grand pilote."

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Alors, on peut lire qu'il a déjà 26 ans… qu'à cet âge supposé canonique on n'est plus un jeune loup... C'est là encore le résultat d'un choix assumé avec Laurent Fellon, en marge des filières accélératrices. De ce fait, il n'a jamais brûlé les étapes : il est, par exemple, passé comme beaucoup par le championnat d'Espagne avant de monter en Mondial 125cc. Il a redoublé le Moto2, insatisfait des offres de la catégorie reine. Bref, le binôme a toujours voulu rester maître des choix et fixer son agenda.

Ce jalon qatarien posé, Johann Zarco va enchaîner avec le même état d'esprit, en pensant plus à l'objectif fixé par son mentor et son patron : le titre de rookie de la saison. C'est sûr, il ne prendra des risques que lorsque les événements lui en offriront l'opportunité. Losail était peut-être une exception, avant un bon moment. Il faut en être conscient.

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