Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Derrière le Top 3...
Tableau Masculin (Partie II)
Andy Murray était très attendu dans ce tournoi, s’étant octroyé les services d’Ivan Lendl pour l’épauler dans la conquête de son premier titre du Grand Chelem. Quel bilan tirer de ce premier mois de travail en commun ? Si Andy n’a pas atteint son objectif, il faut tout de même constater d’ores et déjà de réels progrès. Sur le plan mental, il est beaucoup mieux parvenu à gérer sa frustration qu’il ne le faisait auparavant. Il a réalisé des matchs pleins dans les premiers tours en faisant preuve d’autorité et d’une intention de jeu permanente. En retour de service, il se positionne plus à l’intérieur du court avec la ferme intention d’agresser son adversaire. Enfin, il tient mieux sa ligne de fond de court, et ne décroche pas, même lorsqu’il est en difficulté.
Il faut donner du temps à ce couple pour voir des résultats plus probants encore, l’Américain étant probablement plus au stade de l’observation qu’à celui de l’action. Tout comme Roger, Andy a cédé sur le plan physique dans sa demi-finale face à Nole. Connaissant le professionnalisme et le goût du travail de Lendl, nul doute qu’il développera dans les prochains mois, la « caisse » nécessaire pour aller au bout lors des prochains Majeurs.
Pour conclure sur le Top 4, il faut préciser que ces joueurs sont proches les uns des autres en terme de niveau de jeu. Nous assistons probablement au Top 4 le plus intense de l’histoire du tennis. Peu aisé donc, pour les autres membres du Top 10 d’intégrer ce cercle très fermé. Il est également intéressant de noter que les membres du Top 3 se « tiennent » tous les uns les autres en raison de compatibilité ou d’incompatibilité de jeux : Nole domine Rafa qui domine Roger, qui lui, pose des problèmes à Nole.
Lorsque l’on sort du Top 4, les joueurs à surveiller sont Tomas Berdych, auteur d’un grand match face à Rafa, mais qui s’incline encore. Le Tchèque me semble cependant en progrès.
- Juan Martin Del Potro, qui réintègre le Top10 et qui va continuer d’avancer même si, pour le moment, ses manques de vivacité et de confiance en font un adversaire trop tendre pour les tout meilleurs.
- Jo-Wilfried Tsonga, toujours très dangereux, mais qui me semble plafonner en ce moment, et qui doit se relancer en s’associant les services d’un coach.
Pour ce qui concerne les joueurs français, le bilan est très décevant. Au-delà des défaites, c’est véritablement la manière dont ils ont quitté le tournoi qui est indigne de joueurs de leur statut. Il est temps de faire preuve de plus d’humilité, de détermination, de combativité, d’honneur. Si sur le plan tennistique, ils font partie des plus doués du circuit, la majorité d’entre eux se positionnent en maîtres de "l’under-achievement".
L’intensité physique et mentale et l’ultime combativité montrées par les deux finalistes ne font qu’accentuer le gouffre qui les sépare des joueurs français, et nous rappellent à quel point nos joueurs se situent loin d’un titre du Grand Chelem…
Enfin, cet Australian Open nous aura permis de découvrir certains des talents de demain. Ils se sont illustrés plus ou moins, mais le grand public a eu le bonheur de faire leur connaissance. Bernard Tomic, l’Australien, a réalisé un excellent tournoi. Il a montré toute la maîtrise dont il fait preuve, sa grande couverture de terrain, son sens tactique et son jeu tout en changements de rythme. Ryan Harrison, l’Américain qui a pris un set à Andy Murray de belle manière en pratiquant un tennis très agressif, armé d’un très bon service qu’il suit souvent au filet, et déployant sa vitesse de bras pour accélérer.
Kei Nishikori. Le Japonais a atteint le Top 20, une première pour un ressortissant de ce pays. Il nous a régalés par son revers si efficace en court croisé et en long de ligne, sa vivacité, sa capacité à accélérer en prenant la balle tôt ou en décalant autour de son revers. Nous attendions Milos Raonic, le Canadien. Il a été stoppé par Lleyton Hewitt, mais nul doute que cet exceptionnel serveur et sa capacité d’agression vont le mener de plus en plus loin dans les tableaux des Majeurs. Nous avons revu la révélation de l’Australian Open 2011, Alexandr Dolgopolov, un joueur capable de décocher des accélérations d’une rare violence et auteur d’un revers chopé très original sur le plan technique.
Enfin, le jeune Grigor Dimitrov a produit du très bon tennis durant trois sets face à Nicolas Almagro avant de s’incliner en cinq manches. Il a régalé le public avec sa technique pure, son alternance de chop et de lift en revers, et ses accélérations de coup droit.
Nous reverrons tout ces champions en construction tout au long d’une année qui en verra probablement éclore certains.























