Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Bartoli : Opération-séduction réussie
Marion Bartoli s’est inclinée finale de l’Open GDF Suez ce dimanche à Paris. Mais elle n’a pas tout perdu… Depuis un an, la Française a débuté une opération séduction en direction du public français. Cette semaine et en particulier ce week-end, elle a pu finalement grappiller encore de nombreux points de popularité.
Une numéro un française impopulaire
Depuis plusieurs années déjà, Marion Bartoli est le porte-étendard du tennis français. Seule Aravane Rezaï l’a détrônée quelques minces semaines. Seulement Marion ne jouit aucunement de la popularité que son rang et ses résultats devraient lui octroyer. La faute notamment à son refus systématique d’honorer ses sélections en Fed Cup, la faute également à son individualisme et à sa personnalité peu encline au partage, aspect sur lequel le public l’a toujours jugée défavorablement.
Un projet de redressement de sa popularité
Depuis le milieu de l’année 2011, une prise de conscience l’amène à modifier son comportement. Consciente de son manque de popularité et des conséquences de celle-ci, elle entreprend une vaste opération de séduction de son public. L’un des moyens employés : le partage. La Française, dès lors, devient très expressive sur le court, serre le poing, montre sa rage de vaincre, jette des regards en direction de la foule et modifie son discours, le dotant de remerciements réguliers à l’endroit de ce public qui la soutient, et invoquant les encouragements de celui-ci comme l’une des raisons de son succès.
Le plus intéressant dans toute cette histoire, c’est que ce changement radical de comportement lui permet de réaliser la meilleure saison de sa carrière. Plus hargneuse, plus combative et dopée par un soutien qui finalement lui permet de se sublimer, elle atteint la finale de Strasbourg, réalise son meilleur résultat à Roland-Garros en atteignant les demi-finales, avant de remporter Eastbourne et de ne s’incliner qu’en quart de finale de Wimbledon.
La cerise sur le gâteau
Cette semaine, à l’Open GDF Suez, elle apporte encore une pierre supplémentaire à l’édifice de sa popularité naissante en offrant au public français tout ce dont il peut rêver. Elle remporte des matchs en réalisant des remontées au score spectaculaires en quart de finale face à Roberta Vinci, puis en demi-finale face à Klara Zakopalova. Battante jusqu’au dernier point, elle procure de l’émotion en remportant des matchs que l’on croyait perdus. En finale, elle s’incline avec les honneurs et offre un discours d’un extrême professionnalisme et emprunt de valeurs humanistes : respect de l’adversaire, acceptation de la loi du sport, pensée pour ceux qui travaillent dans l’ombre, amour pour le public et promesse de revenir pour faire mieux. Ses larmes non dissimulées, offertes en tribut au public pour lui signifier toute son humanité n’auront pas laissé indifférent.
Que rêver de mieux ? Bartoli la mal-aimée va peut-être devenir celle qu’elle rêve d’être : une joueuse populaire. En tout cas, la Française a bien changé. La maturité ? L’envie de plaire ?
Son Jeu
Quelles que soient ses motivations, cette nouvelle stratégie s’accompagne, et c’est le plus intéressant à mon avis, d’un réel progrès sur le plan du jeu. Septième joueuse mondiale, elle s’approche de la possibilité de remporter un tournoi du Grand Chelem. Que lui manque-t-il aujourd’hui ?
Finalement, ce tournoi aura révélé très clairement les enjeux de sa réussite et de sa capacité à pratiquer le tennis le plus efficace qui soit.
Ses trois derniers matchs, qui auront vu Marion effectuer des remontées spectaculaires, nous l’ont montrée sous deux visages. Le premier, moins efficace, est celui qu’elle affiche depuis la seconde partie de la saison 2011 : un jeu plus complet, une plus grande capacité à tenir les rallyes du fond du court qui l’ont influencée, et poussée à jouer un tennis moins agressif. Le second, lorsque dos au mur, au bord de la défaite, elle s’est révoltée et a pratiqué le jeu qu’elle maîtrise le mieux et qui fait d’elle une extraordinaire compétitrice : une agression dès le retour, un refus de reculer et une marche en avant jusqu’au filet avec une énorme autorité. Lorsque la Française joue de la sorte, peu d’adversaires peuvent rivaliser. Seul son service nécessite de réaliser de réels progrès, parce que trop irrégulier, et insuffisamment efficace sur seconde balle.
Espérons qu’elle tirera les enseignements de cette semaine qui aura montré la joueuse sous deux visages et aura indiqué clairement dans quelle filière elle trouve la plus grande efficacité.























