Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Murray en progrès
Nous vivons aujourd’hui à n’en pas douter une période durant laquelle le top 4 mondial est le plus fort de l’histoire du jeu.
En le voyant évoluer depuis le début de la saison, je ne peux m’empêcher de penser que certains bouleversements sont à prévoir durant cette saison 2012. L’un d’entre eux pourrait venir d’Andy Murray.
A l’Open d’Australie 2012, marqué par la finale d’anthologie entre Novak Djokovic et Rafaël Nadal, j’ai eu la chance de commenter pour Eurosport la demi-finale qui a opposé le serbe à Andy Murray. J’ai trouvé ce match passionnant, car riche en enseignements. Il a en effet, confirmé la tendance que j’ai ressentie depuis quelques mois.
Les médias ont abondamment commenté la formation du binôme composé de l’écossais et d’Ivan Lendl, ancien Champion, qui a vécu la même situation d’échec que lui avant de finalement remporter huit tournois du Grand Chelem. Leurs similitudes ont alimenté les spéculations et fourni de la matière à de nombreux articles. En ce qui me concerne, désormais que je les vois évoluer ensemble, je trouve le duo très intéressant, en ce sens que je ressens que l’américain, possède les qualités exactes qui manquent aujourd’hui à Andy pour franchir le cap qu’il cherche à franchir depuis plusieurs années.
Andy Murray est un joueur surdoué. S’il ne possède pas la créativité de Roger Federer sur le court, il a néanmoins dans sa raquette un talent comparable en terme de toucher de balle, de variété de coups, de capacité d’accélération, de relâchement. Il possède par ailleurs une capacité à contrer étonnante, une très grande couverture de terrain, et probablement l’un des trois meilleurs retours de service du circuit.
Si l’on compile toutes ces qualités, difficile de ne pas l’imaginer en haut de l’affiche. Pourtant, il pointe aujourd’hui à la 4ème place mondiale.
Un message fort
Jusqu’à cette décision prise de s’attacher les services d’Ivan Lendl, l’écossais n’avait jamais réellement pris d’initiatives pour infléchir une situation qui ne lui souriait pas. Il acceptait en quelque sorte, car il n’a jamais réellement « pris le taureau par les cornes ». En engageant l’américain, il envoie un message fort et clair. Il existe aujourd’hui dans l’ensemble de sa stratégie, des zones d’ombre ne lui permettant pas d’exploiter la plénitude de son potentiel. Il s’offre les services d’un homme expérimenté afin d’effectuer un check up complet et de modifier des comportements, des stratégies, ou de réorienter des aspects de son jeu afin d’atteindre l’objectif suprême : la victoire dans un Majeur.
Le physique
Dans cette demi-finale qui a opposé l’écossais à Djokovic, Andy a été impressionnant. Durant trois sets il a, à mon sens, totalement dominé le numéro un mondial. Il s’est incliné dans le premier, malgré une large domination, probablement en proie à trop de respect pour son adversaire et l’a en revanche surclassé lors des seconds et troisièmes sets avant de « plonger » physiquement pour finalement s’incliner en cinq manches.
Ce match a mis en lumière clairement deux éléments selon moi :
Tout d’abord, lorsque Murray est en pleine possession de ses moyens physiques, et qu’il joue sans complexe, il est supérieur à Djokovic dans quasiment tous les compartiments du jeu. Tous deux possèdent un tennis relativement similaire en terme de stratégie de jeu : bons serveurs, excellents retourneurs, contreurs très en place sur leur ligne de fond de court, refusant de reculer, et couvrant très bien leur terrain. J’ai trouvé Nole sans réelle solution face à Andy. Mais les tournois du Grand Chelem se jouent en cinq sets, et le serbe a été beaucoup plus solide sur le plan de la résistance physique et notamment dans sa capacité à maintenir une haute intensité de jeu sur la longueur.
Je ne peux pas penser que ce « détail » aura échappé à Ivan Lendl. Je pense également que l’américain, si connu pour son investissement au travail tant en terme de qualité que de quantité, constitue l’homme de la situation pour répondre à cette problématique.
Saisir les opportunités offensives
Sur le plan du tennis pur, il a été déjà dit et répété que l’écossais manquait de projet de jeu, mais également d’intention de jeu et qu’il se reposait souvent sur son talent. Arriver au sommet nécessite de l’engagement, et donc le respect absolu des stratégies mises en place.
Depuis janvier j’ai déjà pu remarquer quelques ajustements dans le jeu d’Andy, notamment en ce qui concerne sa position beaucoup plus avancée au retour sur seconde balle adverse. L’opportunité de prendre l’initiative en venant plus à l’intérieur du court frapper la balle tôt pour prendre le contrôle de l’échange dès la première frappe constitue déjà un premier pas vers une intention de jeu accrue.
Dans l’échange, Andy fait preuve de plus d’autorité lorsqu’il se procure des occasions d’attaque.
Sur ce plan également, Lendl semble posséder les qualités nécessaires pour répondre à cette problématique. C’est un homme d’engagement. Il aidera probablement Murray à jouer avec plus d’autorité, donner plus de caractère à un jeu d’une immense richesse mais qui se perd souvent en conjectures.
Le complexe
Enfin ce qui peut encore manquer à Andy, c’est la capacité à « tuer le match », marque des meilleurs. En Australie il a perdu le premier set contre le cours du jeu. Il est revenu à 5/5 au cinquième set, mais s’est finalement incliné. A Dubaï, il a finalement battu un Djokovic à côté de son sujet, mais a laissé le serbe revenir dans le match au second set alors qu’il l’avait totalement distancé. Ces hésitations peuvent lui coûter cher dans des matchs à enjeu, contre des joueurs face auxquels il a déjà beaucoup perdu.
Lendl connaît bien ce type de situations et sa confiance en lui devrait rejaillir sur l’écossais. Par ailleurs, il va probablement récolter de nombreuses victoires dans les tournois tels que Dubaï face aux meilleurs et cela pèsera dans la balance lors des matchs à enjeu, où il pourrait être décomplexé par un ratio victoires/défaites en sa faveur face aux quatre premiers mondiaux.
Je pense qu’Andy a pris la bonne route pour inscrire son nom au palmarès d’un tournoi du Grand Chelem. C’est une question de temps désormais. Il faut lui en laisser car toutes les grandes réalisations en ont nécessité. Mais je vois bien l’écossais finir cette année 2012 dans le top2 mondial.























