Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Coupe Davis, c'est quoi le problème ?
Dernièrement, l’actualité a été fournie : la retraite de Guy Forget après dix années à la tête de cette équipe et le bilan qui s’impose, le départ précipité d’Aravane Rezaï en pleine préparation pour un match face à la Slovaquie avec le mini scandale dont tout le monde s’est emparé, le bilan de Nicolas Escudé avec la descente en seconde division pour l’équipe de Fed Cup, l’état actuelle du tennis féminin français, les blessures à répétition de Gaël Monfils qui nous prive de lui aux moments importants, le refus d’assouplir les règles au sein de l’équipe nous contraignant à nous passer de Marion Bartoli, la volonté du Président de ne plus laisser les joueurs choisir leur capitaine, considérant que ce choix relève de la Fédération. De nombreux sujets de discussion qui méritent une plus large réflexion quand aux attentes de la France en la matière, le profil type du capitaine idéal, enfin l’exception française.
Intéressons-nous plus spécifiquement à la Coupe Davis. Il est temps de nous tourner vers l’avenir, de comprendre les problématiques que rencontre notre équipe, et d’y chercher les solutions pour inscrire à nouveau notre pays sur la liste des vainqueurs de la compétition.
Une équipe trop peu souvent au complet
Chez les hommes, notre équipe, en termes de qualité, tient le haut du pavé. Tsonga, Monfils, Simon, Gasquet, Benneteau, Llodra, Chardy, le moins que l’on puisse dire, c’est que le capitaine dispose de choix. Outre la quantité importante de très bons joueurs, il est possible de composer une belle équipe de terre-battue aussi bien qu’une équipe compétitive sur surface rapide.
La difficulté consiste toujours en l’engagement des uns et des autres. La question de fond demeure toujours l’importance que revêt cette compétition pour les joueurs, leur capacité à "se mettre à disposition" de l’équipe, leur désir de faire passer la Coupe Davis, compétition par équipe, en priorité par rapport à leurs objectifs individuels.
Aucun joueur ne refuse jamais officiellement une sélection en Coupe Davis, mais certains se blessent régulièrement à l’approche du stage de préparation. L’équipe se trouve donc rarement au complet et, face aux meilleurs pays, cela diminue sensiblement les chances de victoire.
Un double qui manque d’automatismes
Le double est souvent décisif dans cette compétition, il revêt alors un caractère primordial. L’équipe de France ne parvient pas à l’optimiser, car si elle compte en son sein de nombreux très bons joueurs dans cette discipline, il faut regretter qu’aucun d’entre eux ne le pratique, tout au long de l’année avec un partenaire français régulier ce qui pourrait permettre de constituer une ou plusieurs paires performantes et aux automatismes huilés.
Michaël Llodra est le seul joueur français à réellement pratiquer le double tout au long de l’année sur le circuit. Son partenaire, Nenad Zimonjic, n’est malheureusement pas français. Pour ce qui concerne Tsonga, Benneteau, Gasquet ou Chardy, ces joueurs ne pratiquent pas la discipline systématiquement tout au long de la saison et changent régulièrement de partenaires.
Un leader
Pour être fort en compétition par équipe, il faut un leader. Ce rôle est en général dévolu au meilleur, à celui qui possède la plus grande confiance en lui, qui la partage avec les autres en leur apportant sa sérénité, qui assume le résultat de l’équipe aux côtés du capitaine. Le leader doit être porté par cette compétition, doit être un rassembleur, doit protéger les autres joueurs parce que, lui, possède la capacité à assumer les résultats, il possède la confiance nécessaire pour cela.
Le meilleur exemple actuel est celui de Novak Djokovic, qui a littéralement porté la Serbie à la victoire en assumant son rôle de N°1 dans l’équipe, mais également en donnant la détermination, la confiance et la force aux autres membres du Team. On se souvient notamment de Troicki transfiguré lors du match décisif face à Michaël Llodra. Jo-Wilfried Tsonga pourrait remplir ce rôle. Il doit le souhaiter, il doit en comprendre l’esprit, il doit en comprendre l’importance.























