Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Nadal immense favori, mais...
Roland Garros 2012 débute dimanche 27 mai. Tant dans le tableau masculin que féminin, un joueur domine les débats sur terre battue depuis le mois d’avril. Chez les hommes, il s’agit de Rafaël Nadal qui, comme chaque année, à l’exception de l’an dernier, s’annonce grand favori tant il a dominé les débats. Cependant, la compétition reste très ouverte car finalement ils sont bien trois joueurs à compter de sérieux arguments pour une éventuelle victoire finale. Commençons par Nadal.
Le Majorquin se présente à Roland Garros comme (presque) chaque année avec de sérieuses références puisqu’il s’est imposé pour la 8e fois consécutive à Monte Carlo, la 7e fois à Barcelone et la 6e fois à Rome. Au passage, il a battu à deux reprises sa bête noire qui restait sur une série de sept victoires consécutives face à lui : Novak Djokovic.
L’an dernier, Rafa sortait de deux défaites coup sur coup sur cette surfaces, concédées en finale de Madrid et de Rome, face au Serbe. Il avait débuté le tournoi la confiance en berne, et l’avait tout de même remporté, c’est dire s’il est favori cette année.
Cet homme est le meilleur joueur de terre battue de tous les temps. Il n’a perdu qu’un seul match à Roland Garros dans toute sa carrière, tournoi qu’il a déjà remporté à six reprises. Cette année, il a acquis le titre dans la totalité des tournois sur la surface ocre auxquels il a participé, tandis qu’il n’a pas gagné le moindre titre sur dur depuis Tokyo 2010.
Son jeu actuel
Ses principales qualités naturelles sont sublimées sur terre battue. Il a encore montré dernièrement qu’il était toujours un exceptionnel défenseur en ce qui concerne sa couverture de terrain. Il est toujours aussi difficile de réaliser un point gagnant contre lui, tant il semble aimanter la balle. Les joueurs hésitent beaucoup à suivre leurs attaques au filet face à un passeur de sa qualité, et finissent souvent par commettre la faute directe? cherchant à toujours jouer plus près des lignes, souvent incapables de prendre de vitesse l’espagnol.
Ce qui frappe également c’est l’intensité qu’il met dans chacune de ses frappes, la constance avec laquelle il joue avec une intention de jeu permanente. Pas de répit pour l’adversaire, Rafa est un rouleau compresseur qui finit toujours par faire baisser pavillon à l’adversaire sur terre battue. Enfin, Nadal gagne beaucoup en efficacité sur l’ocre lorsqu’il est en phase d’attaque, car son lift, l’explosivité de sa balle au contact du sol, est sublimé par la surface qui restitue ce type d’effets mieux qu’aucune autre. La balle accélère donc énormément lorsqu’elle touche la terre-battue et le retard pris par l’adversaire n’en est qu’accru.
Mais Rafa n’est pas imbattable.
Si je devais trouver des points faibles à Rafa, je mettrais une fois de plus en avant sa longueur de balle qui, je trouve, reste très insuffisante lorsqu’il est agressé. Malgré ses qualités de jeu et la confiance avec laquelle il va aborder Roland Garros, il peut toujours se trouver en danger face à un joueur capable de profiter de cette relative lacune récurrente, en frappant ses balles dans leur phase ascendante et en montant souvent à contretemps, ce que Djokovic n’a jamais mis en œuvre contre lui en finale de Rome et ce qui aurait probablement changé la donne.
Il devra continuer de se méfier du Serbe qu’il pourrait retrouver en finale car il demeure celui qui a trouvé de nombreuses fois la solution contre lui. Certes, Rafa a retrouvé la victoire face à lui, mais je n’ai pas senti Nole concerné à 100%. Impatient, agacé, il n’était pas totalement prêt à livrer l’indispensable combat pour espérer battre Nadal sur terre battue. En revanche, à Roland Garros, il sera mentalement totalement investi. Pour ce qui concerne la donne tactique, il devra impérativement abréger les échanges en venant terminer ses points à contretemps au filet.
S’ils devaient se retrouver en finale, aucune doute sur le fait qu’un énorme combat physique et mental les opposerait, car cette fois, Nole sera archi-déterminé.
On reparle de Djokovic samedi...























