Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Djokovic, le changement c'est maintenant
Novak Djokovic, bien installé à la première place mondiale au bénéfice de tous ses titres acquis en 2011, est en phase de mutation. De la même manière qu’un candidat à l’élection présidentielle devenu Président, il change de statut, et de ce fait, doit faire évoluer son mode opératoire.
En 2011, il est affamé, boulimique, il gagne enfin des titres majeurs, lui qui évoluait dans l’ombre des deux géants. Alors, il ne compte pas et prend tout ce qu’il peut prendre. Cela se traduit par huit mois de folie avec les victoires à l’Open d’Australie, Wimbledon et l’US Open et dans les Masters 1000 d’Indian Wells, Miami, Rome, Madrid et Montreal ainsi que dans les tournois de Belgrade et Dubaï. Il survole littéralement le tennis mondial, lui qui avait été toujours été contraint de jouer les seconds rôles.
Depuis l’US Open 2011, deux titres seulement, mais pas des moindres puisqu’il s’agit notamment du Masters 1000 de Miami et de l’Open d’Australie 2012.
Finie la période de boulimie, le nouveau Président du tennis mondial doit enfiler de nouveaux habits. Il doit plus gérer. Il sait ne plus pouvoir continuer au même rythme en s’impliquant autant physiquement et émotionnellement dans chaque tournoi. Ce que réalise un Nadal, seul Nadal peut le réaliser. C’est la raison pour laquelle, je ne veux pas accorder un trop grand crédit à ces deux défaites subies dernièrement face au Majorquin en Masters 1000. Djoko a un seul objectif désormais, les tournois du Grand Chelem. Il se prépare pour y briller.
Son jeu actuel
Le Serbe n’évolue pas sur les bases de 2011 sur le plan du jeu ou, survolté, tout lui réussissait. En 2011, il ne bouge pas de sa ligne de fond de court en défense et est intraitable en attaque. Par son rythme dans l’échange, il oblige l’adversaire à reculer pour se donner du temps, et le contraint donc à ouvrir des angles qu’il utilise immédiatement pour le faire courir.
Aujourd’hui, le Serbe souhaite continuer de construire. Il sait notamment qu’il doit améliorer son service pour bénéficier d’un plus grand nombre de points gratuits. Il est en progrès sur ce point.
La finale de Rome face à Nadal a montré en revanche une lacune qui était moins visible auparavant parce qu’il était plus en réussite : la volée. Notamment face à un défenseur de la classe du Majorquin, la montée à contretemps est une nécessité. Si le Serbe ne se sent pas suffisamment en confiance dans ce secteur du jeu, il hésite à passer la ligne de carré de service pour venir être décisif, et cela lui coûte cher.
Mais attention, Nole reste le N°1 mondial, celui qui peut réaliser le petit chelem s’il remporte Roland Garros, un compétiteur exceptionnel. Il sera mon favori N°2, car il ne sort le grand jeu que lorsque l’enjeu lui semble en valoir la peine.
Il croit en lui, et en sa capacité à continuer de dominer le tennis mondial.
Son rapport de force avec Nadal et Federer
Il devra se méfier de Rafael Nadal qui a repris confiance face à lui. L’Espagnol a cassé la méchante série de défaites qui l’opposait au Serbe. Il jouera probablement plus libéré désormais, même si Nole lui pose toujours beaucoup de problèmes sur le plan tactique.
Mais il devra également compter avec un Roger Federer revenu au premier plan et qui l’avait privé de finale l’an dernier. Le Suisse reste sur une série impressionnante et il est celui qui lui a posé le plus de problèmes en 2011 avec une victoire face à lui à Roland Garros et des balles de match obtenues à l’US Open avant de s’incliner 7/5 dans la cinquième manche.
Face au suisse, S’il est amené à le rencontrer, Novak devra réaliser un match beaucoup plus juste sur le plan tactique. L'attaque a outrance, la cadence du fond, entrent dans la filière d’excellence de Roger.























