Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Federer, champion du siècle au premier plan
Dans le tennis masculin, à l’approche de ce Roland Garros 2012, la situation est plus excitante que jamais, avec Rafael Nadal, meilleur joueur de tous les temps sur terre battue, Novak Djokovic, actuel numéro un mondial, qui pourrait s’il s’imposait, réaliser le Petit Chelem, et Roger Federer, le Champion du siècle qui revient au premier plan.
Le Suisse reste sur une série très impressionnante de sept tournois remportés sur les dix derniers auxquels il a participé.
Au-delà des résultats, le Suisse pratique à nouveau un tennis très proche de celui qui lui avait permis de dominer le tennis mondial. Aérien dans son jeu de jambes, il retrouve de fait ses enchainements, ses prises de balles précoces, des décalages de coup droit meurtriers. Ce qui fait sa force, c’est à la fois la qualité de son service tant en première qu’en deuxième balle avec des taux de réussites derrière ce coup très élevés, et sa capacité à voir le jeu et à s’organiser à grande vitesse. Il semble souvent avoir un coup d’avance sur l’adversaire, tant il le prend dans son replacement jouant à une vitesse supérieure à la plupart en raison de sa capacité à saisir la balle dan sa phase ascendante.
Ce regain de forme résulte probablement de la résolution des problèmes physiques qui l’on régulièrement handicapé depuis deux ans l’empêchant de s’entraîner comme il le souhaitait et le faisant souffrir lors des matches. Sa démarche consistant à embaucher un kinésithérapeute à plein temps, Stéphane Vivier, pour régler ce problème, semble avoir porté ses fruits.
Le Suisse a « buté » toute sa carrière sur Nadal qui lui a toujours opposé des problématiques tactiques et mentales. La terre battue, de par ses caractéristiques, n’a fait qu’accroître ces données. Mais depuis une année, l’écart semble se resserrer entre les deux hommes. Roger a pris le problème très au sérieux et a recours régulièrement à des sparring-partners gauchers pour se mettre dans les situations tactiques qui lui posent problème. Il travaille sa capacité à prendre la balle tôt côté revers, là où justement Rafa le bloque et le fait reculer. Il a également modifié sa manière d’aborder le retour de service, qu’il frappe plus volontiers lifté plutôt que slicé, ce qui évite de permettre au Majorquin de s’installer et de diriger l’échange dès la première frappe.
La dernière finale de Roland Garros a été la plus disputée entre les deux hommes et le Suisse peut réellement nourrir des regrets tant il a eu sa chance dans la rencontre. Leur opposition à l’Open d’Australie, très intense également, a tenu ses promesses. L’ascendant psychologique de l’Espagnol et sa capacité à impacter physiquement le match lui permettent encore de faire la différence.
Avec Djokovic, le rapport de force est plutôt inverse. En théorie, le Serbe aurait dû dominer Roger en 2011, puisque personne ne lui résistait. C’est pourtant le Suisse qui l’a privé de finale à Roland Garros, et qui a possédé deux balles de match en demi-finale de l’US Open avant de s’incliner 7/5 dans le cinquième set. Les oppositions entre les deux hommes produisent un tennis très spectaculaire avec deux joueurs très entreprenants qui refusent de lâcher du terrain. A ce jeu, Roger a toujours été le meilleur au monde, et Nole possède la capacité technique de mettre en œuvre une tactique plus efficace face au suisse ce qu’il se refuse à faire depuis qu’il est devenu N°1.
Ses lacunes
Roger est un prétendant très sérieux à Roland Garros ainsi qu’aux prochains tournois du Grand Chelem car nous l’avons retrouvé à son meilleur niveau.
Reste la question de sa capacité à jouer un match intense en cinq set en conservant sa fraicheur. A cet exercice, un Djokovic ou un Nadal semblent beaucoup plus à-même de performer. Deux années sans pouvoir s’entraîner physiquement avec intensité laissent forcément des traces. Cet aspect demeure une inconnue.
Pour le reste, il y a toutes les raisons de penser que le Suisse sera au rendez vous des demi-finales.























