Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Mathieu, Goffin : l'avenir des belles histoires
A chaque semaine de Roland Garros sa spécificité. La première est historiquement celle des belles histoires, de joueurs qu’on n’attendaient pas, et qui parviennent à tirer leur épingle du jeu, des miracles que certains réalisent parfois, dopés par l’événement, ou libérés de toute pression. La seconde semaine nous livre de gros affrontements, entre les poids lourds du circuit.
J’ai eu envie cependant, de revenir sur les parcours de certains qui ont fait vibrer le public de Roland Garros et qui ont vécu un conte de fée, une aventure exceptionnelle. Leur résultat inespéré constitue-t-il pour eux le point d’ancrage d’un nouveau départ, ou un souvenir ému après lequel ils courront le reste de leur carrière sans jamais pouvoir rééditer l’exploit ?
S’agit-il d’ailleurs d’un miracle ou d’un déclic que l’on pouvait attendre ? S’agit-il enfin d’une éclosion, d’un baroud d’honneur, d’un résultat s’inscrivant dans une logique de progression, ou d’un retour au premier plan ?
Paul-Henri MATHIEU est le joueur qui a le plus fait vibrer le public parce que ce qu’il a réalisé était tout simplement impensable. Opéré de la jambe il y a un an, avec un tibia fracturé, incapable de poser le pied au sol pendant des mois, il remporte son premier tour en cinq sets, avant de s’imposer face à John Isner au terme d’un combat de titans 18/16 au cinquième set, et s’incline finalement en cinq sets encore, face à Granollers.
Outre l’exploit physique, la qualité exceptionnelle du jeu pratiqué par un individu resté éloigné des terrains pendant un an, laisse pantois. Paul-Henri a montré des qualités mentales de combattant de l’extrême, loin de l’image que le public avait de lui. Il a réussi là ou par le passé il avait échoué.
Est-ce un exploit ?
Oui et non. Oui car revenir de si loin, et être capable de livrer de tels combats avec réussite, constitue un exploit, sur le plan médical, sur le plan humain et sur le plan tennistique.
Non, car Paulo est capable de tout. C’est un joueur très impliqué dans son projet professionnel, très travailleur et courageux. Sur le plan des qualités tennistiques, j’ai toujours trouvé ce joueur surdoué. La raquette est le prolongement de sa main, il a le tennis dans la peau, et le voir capable de rejouer si vite un très haut niveau ne me surprend pas.
Et la suite ?
Si Paul-Henri a su se transcender, c’est aussi parce qu’il a bénéficié du soutien du public et su utiliser l’adrénaline liée au tournoi qui lui tient le plus à cœur. Dès la semaine prochaine, il devra trouver d’autres ressorts et vite oublier son expérience parisienne pour se tourner vers l’avenir. Ces victoires constitueront-elles un déclic pour lui ? Si il a su triompher là ou par le passé il avait buté, cet exploit pourrait lui donner le sentiment qu’il est capable de grandes choses, lui qui a si souvent douté de lui.
David GOFFIN nous a régalés dans ce tournoi. Ce jeune Belge de 21 ans s’est incliné au dernier tour des qualifications. Repêché suite au désistement d’un des joueurs du tableau final, il a remporté trois matches, battu Stepanek, Clément, puis Kubot, avant d’opposer une belle résistance à Federer.
Pression ?
Intéressant de constater à quel point la pression agit comme inhibiteur ou comme fabuleux dopant, suivant l’aspect qu’elle revêt. Dans un premier temps victime de trop d’attentes, à savoir la possibilité de se qualifier pour la première fois de sa vie dans le tableau final de Roland Garros, David n’a su jouer son meilleur tennis, pris émotionnellement par l’enjeu. Dans un second temps, éliminé, il s’est vu offrir une seconde chance. Alors considérant tout ce qui pouvait se produire à partir de ce moment comme du bonus, il a joué totalement libéré et a pratiqué un tennis de rêve qui lui a permis de réaliser de grosses performances.
Et la suite ?
Pour David, ce résultat s’inscrit dans sa dynamique de progression. Un événement tel que celui qu’il vient de vivre peut lui apporter un surcroit de confiance. Il aura, avec certitude, appris beaucoup, notamment en ce qui concerne la mise en place de son jeu. En revanche, il est toujours très difficile de « redescendre » après un tel événement dans des tournois de moindre importance où désormais, il sera attendu et favori. Il risque de vouloir que les résultats « arrivent vite » et c’est le piège qui lui est tendu. Il devra donc s’armer de patience, et tenter de limiter ses propres attentes pour rester dans le présent.
Reste à savoir si les progrès engendrés par cette semaine exceptionnelle pour auront pris le pas sur la nouvelle pression qu’il vivra désormais dans les plus petits tournois auxquels il participera. Si tel est le cas, il va continuer d’évoluer rapidement au classement car ses qualités de jeu et la maturité avec laquelle il a traversé le tableau font déjà de lui un joueur de très grande qualité.
Une chose est sûre, nous entendrons parler de lui à l’avenir. Il a, grâce à cette performance, recollé au peloton des jeunes talents prometteurs de la génération 1990/92 constitué de Raonic, Tomic, Harrison, Dimitrov, Kuznetsov, et Krajinovic.























