Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Pas du tout inquiet pour Nadal
Je ne suis pas inquiet pour Rafael Nadal. Malgré la durée de son indisponibilité, peut-être plus longue cette fois-ci, c'est vrai, je ne suis pas inquiet du tout. Nadal a souvent été blessé. Avec l'âge, il a plus de références que jamais. Il sait revenir à son meilleur niveau rapidement et il le sait. Il bénéficiera de cette confiance construite au fil des années. Revenir à son meilleur niveau est un sujet qui ne l'inquiète pas. On l'y reverra. Pas tout de suite, en revanche. L'indoor n'est pas sa meilleure surface et ne le motive jamais beaucoup. On le retrouvera plus probablement pendant la saison 2013. Peut-être ne reviendra-t-il que pour jouer sur terre battue. Ce serait plus propice pour son genou. Une chose est sûre : il reviendra.
Reviendra-t-il avec jeu modifié et plus économe et moins "dangereux" pour ses articulations ? Non, je ne crois pas qu'il puisse faire des changements radicaux. Ce n'est pas possible à son âge et à son niveau. En revanche, c'est un joueur qui a toujours cherché à évoluer et qui a nettement réduit, avec le temps, les courses violentes et arrachées. Depuis sa victoire à Roland-Garros en 2005, il n'a cessé d'apprendre nouvelles choses : il monte de plus en plus au filet, il a appris à faire un revers chopé pour varier le jeu, il a progressé au service, il a modifié sa préparation en coup droit pour être plus performant sur dur et gazon. Il n'y a pas de raison de penser qu'il arrêtera. Mais son style est ce qu'il est. C'est comme ça qu'il est performant, et il n'a pas de raison de faire évoluer son jeu de façon radicale.
Il ne fera peut-être que des demi-saisons
Il a d'ailleurs raison de souligner qu'il a déjà beaucoup changé. Il a plus d'armes offensives, il défend mieux son terrain. Quand il le peut, il cherche à tenir sa ligne, pour être agressif. Maintenant, il recule beaucoup dans certains matches, notamment quand il est soumis au stress. C'est parce qu'il a joué comme ça pendant des années. Il faut aussi souligner que Nadal frappe très fort, avec beaucoup d'énergie, de lift. Son jeu et de toute façon peu économe. Il aura beaucoup plus de mal à le modifier. Nadal est tout le contraire de Federer, qui fait peu d'effort, qui est très relâché, fluide, et qui sollicite assez peu le bas comme le haut du corps. Le jeu de Nadal demande plus d'engagements et use davantage le corps. Tout le corps.
Il est donc normal que Nadal ait des problèmes physiques. Son jeu est très exigeant, il est à 100% sur chaque point du 1er janvier au 31 décembre. C'est sa force, il devrait la garder. Il a beaucoup joué blessé dans le passé. Il a pris des risques, notamment à Roland-Garros en 2009. Quand il a perdu contre Robin Söderling, il était blessé depuis plusieurs semaines. Cela laisse des traces. Il n'est pas douillet, il ne se plaint pas. Même blessé, il se donne à 100%. Il le paie peut-être aujourd'hui. On peut penser qu'il ne fera que des demi-saisons ou des trois-quarts de saison d'ici la fin de sa carrière, mais je ne pense pas que ça l'empêchera de gagner des Grands Chelems.
Il conteste aussi la répartition des surfaces sur le circuit entre terre battue et dur. Que la part relative de la terre battue sur le circuit ne plaise pas à Nadal est une chose, mais il ne faut pas oublier que les surfaces rapides ont été ralenties et que le circuit est plus homogène que par le passé. Cela favorise des joueurs comme lui. Il a raison de dire qu'il n'y a peut-être pas beaucoup de terre battue, mais il omet de dire que toutes les surfaces ont été ralenties et que le grand bénéficiaire de ça s'appelle Rafael Nadal.
Patrick MOURATOGLOU























