Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Le tennis féminin est d'une richesse extraordinaire
Je m’étais étonné, il y a quelques semaines, dans l’un de nos chats, de lire que toutes les joueuses avaient un jeu stéréotypé. C’est quelque chose que j’entends très souvent. Or, dans le top 10 féminin actuel, on a des styles de jeu très différents. Le tennis féminin est d'une richesse extraordinaire. C'est un non-sens de dire que les joueuses ont un style de jeu stéréotypé. On peut ne pas aimer le tennis féminin, lui reprocher beaucoup de choses, notamment de ne pas avoir le même niveau que le tennis masculin, mais certainement pas de ne pas être divers et varié. Mais les femmes n'ont pas le même niveau que les hommes, certes, ce n'est pas nouveau et ce sera toujours comme ça.
Il faut aussi relever que la WTA axe beaucoup sa communication autour du côté glamour plus que sur le jeu lui-même, et c'est un peu regrettable car le tennis féminin ne se réduit pas à ça.
Sur les spécificités du jeu féminin, il faut savoir que les femmes jouent plus tendu que les hommes. Elles se déplacent moins vite et celles qui sont capables de prendre la balle tôt et de jouer à plat vont avoir un avantage. Le service et le retour dans le tennis féminin sont fondamentaux. Lorsqu'on fait mal et qu'on déplace l'adversaire dès la première frappe, soit on gagne le point, soit on a tout de suite une balle pour terminer.
Jeu stéréotypé ? Ce fut vrai, ça ne l’est plus
Si, enfin, les femmes jouent avec un jeu stéréotypé, c’est parce que ça a été vrai à une époque. On a eu beaucoup de joueuses de l'Europe de l'Est sur les dix dernières années. Le top 100 a été trusté par les joueuses d'Europe de l'Est. Et ces joueuses-là avaient toutes appris à jouer de la même manière, à plat et assez stéréotypé. On a connu jusqu’à 60% des joueuses sur le circuit qui pratiquaient ce tennis-là, mais ça a changé depuis.
Avant le Masters, nous allons le prouver en analysant le jeu de chacune des meilleures joueuses du monde. L’exposé nous montrera qu’il y a de grandes différences de styles.
Je commence par Victoria Azarenka, la numéro un. Son jeu ressemble à celui de Nadal. Pourquoi ? D'abord ce sont deux joueurs très intenses. Ils déploient énormément d'énergie quand ils jouent et ils frappent la balle très fort. Ce sont aussi deux joueurs qui font très peu de fautes directes. Azarenka fera aussi moins de points gagnants qu'une Kvitova ou une Serena, qui sont de pures attaquantes. Azarenka joue très proche de sa ligne, elle recule très peu. En revanche elle va très peu vers l'avant. Elle prend les balles tôt, au sommet du rebond, tout le temps. Elle fatigue ses adversaires, au point de les épuiser. C'est la raison pour laquelle elle met souvent des scores sévères car les joueuses sont rapidement essoufflées et complètement asphyxiées face à elle. Pour résumer : rythme élevé dans l'échange, peu de fautes directes, beaucoup d'intensité, très grosse couverture de terrain, voilà le jeu d'Azarenka.
Pourquoi Radwanska a été comparée à Hingis
Maria Sharapova, elle, est une grosse frappeuse de fond de court. Elle prend des risques, elle agresse et joue relativement à plat. Avec Serena Williams, c'est la meilleure retourneuse au monde. En revanche, ce n'est pas une très grande serveuse. Même si son service s'est amélioré, elle est assez prévisible sur ce geste. Sharapova est dangereuse lorsqu'elle peut jouer vers l'avant et qu'elle peut placer ses appuis à l'intérieur du terrain et avancer dans le court. Il faut absolument essayer de l'empêcher d'avancer. Dès qu'elle est en mouvement vers l'avant, elle est dangereuse. En revanche dès qu'elle est en mouvement latéral, elle est beaucoup plus en difficulté.
Agnieszka Radwanska, enfin, a un jeu très atypique. C'est une joueuse surprenante, qui a une balle très légère, et qui s'appuie sur la vitesse de la balle adverse. Son toucher de balle est exceptionnel. C'est une joueuse qu'on a beaucoup comparée à Martina Hingis parce qu'elle sait tout faire avec des prises précoces et un beau toucher. Elle s'appuie sur la balle adverse pour changer les directions. Et elle est très intelligente dans le jeu, imprévisible. C'est une joueuse qui lit très bien le jeu. On a pas forcément l'impression qu'elle est très rapide sur un court, mais il est très dur de la mettre hors de position car elle anticipe beaucoup, sent le jeu et voit très tôt ce qu'il va se passer.
Patrick Mouratoglou























