Djokovic a manqué d'autorité en 2012

Djokovic a manqué d'autorité en 2012
le 15/11/2012 à 17:08

Pour revenir sur cette année 2012, je vous propose de relire le chat que j'ai donné ce jeudi. Vos question étaient variées et nous ont permis de faire un tour complet de cette saison. 

LA FINALE DU MASTERS :

flodka - Votre avis sur la finale Federer-Djokovic ?

P.M. : Ce qui m'a frappé, c'est l'importance qu'a joué l'émotion dans cette finale, qui n'était pas une finale de Grand Chelem. J'ai trouvé que les deux finalistes avaient été souvent pris par leurs émotions pendant le match. Très tendu, Djokovic a raté son début de partie. En revanche, Federer, qui a pris l'avantage rapidement, a laissé le Serbe revenir dans la partie. Au vu du niveau de jeu du duo, c'est le Suisse qui aurait dû remporter le premier set. Et dans le second, il a laissé le Serbe passer devant après deux grosses fautes. Pour résumer, il y a eu un décalage entre la confiance théorique qu'ont les deux joueurs et le déroulé de la finale.

LE BILAN DU GRATIN MONDIAL ?

Ryanis - Que pensez-vous de l'année de Djokovic ?

P.M. : Difficile de dire que c'est une mauvaise année, même si elle n'a pas été aussi bonne que 2011. Il a montré moins de certitudes et d'autorité en 2012 qu'en 2011. On attend ça d'un numéro un mondial. Mais il a quand même été très régulier, il a remporté un Grand Chelem et le Masters. On l'a senti souvent fragile et fragilisé. Malgré des victoires importantes, il n'a pas su reprendre cette confiance de 2011. Il gagne le Masters sans une sérénité totale. Djokovic est relativement proche de son meilleur niveau. Mais en même temps, on se demande ce qui lui manque pour retrouver l'état de grâce de l'an dernier. L'année 2013 va être fondamentale pour la suite de sa carrière. S'il arrive à retrouver cet état passé, il va être monstrueux. En revanche, s'il n'y parvient pas, cela pourrait s'avérer problématique.

Leomessi - Murray est-il le futur numéro un mondial ?

P.M. : Andy fait partie des prétendants. Il a passé un gros cap cette année avec sa victoire aux JO et avec son premier Grand Chelem (US Open). Maintenant, il reste encore quelques belles années à Nadal et à Federer, et puis il y a deux joueurs qui peuvent l'empêcher de devenir n°1 : Djokovic et Del Potro, qui pourrait aussi lui barrer la route en 2013. Murray est entre la génération vieillissante de Nadal et Federer, la génération actuelle, et la future qui va arriver. Je doute qu'il soit numéro un dans l'année qui vient, voire les deux saisons qui arrivent. Le Masters a montré ses limites du moment. Je ne sens pas Murray dérouler comme l'avaient fait Nadal ou Federer quand ils avaient pris le pouvoir. Murray a encore quelques démons à corriger.

Lion - Maintenant que Roger n'est plus obligé de suivre le calendrier ATP à la lettre sans se voir pénaliser, que peut-on attendre de lui en 2013 ?

P.M.  : On peut attendre la même chose qu'en 2012. Sincèrement. En terme de niveau de jeu, il n'est pas loin de son top niveau. Il lui manque juste la confiance qu'il a eue à une époque. Cela lui a fait défaut à des moments cette année. Son déplacement sur le terrain est aussi un petit peu moins explosif qu'avant, mais il compense parce qu'il fait plus de choses : il vient au filet par exemple. Aujourd'hui, il n'a pas été loin de finir numéro un. Cela aurait pu être pire, non ? L'absence de Nadal a aussi joué en sa faveur. C'est incontestable.

Pascal - 2013 sera-t-il enfin l'année de Del Potro?

P.M. : Del Potro est revenu à son meilleur niveau. Ou très proche. Mais la concurrence est sévère. Les carrières dépendent aussi de la concurrence. Aujourd'hui, avec un top 4 (voire top 8) comme il est, gagner un tournoi du Grand Chelem c'est un tour de force. Aujourd'hui, dans un autre contexte, il pourrait gagner des gros tournois. Mais c'est difficile d'avoir des certitudes avec le contexte actuel. Je pense qu'il est un petit ton en-dessous des tout meilleurs. Il a encore besoin de temps pour être au top. Il doit progresser dans ses montées et dans ses retours. Il n'est pas loin, mais il est encore derrière dans ces compartiments du jeu.

Flodka - Quelle saison, Nadal peut-il réaliser en 2013, après sa longue coupure ?

P.M. : Il y a une grosse inconnue : il est resté longtemps sans faire du sport. Dans quel état va-t-il revenir ? Pour ce qui est du temps pour qu'il revienne, je pense que l'expérience acquise actuellement va lui permettre de revenir plus rapidement (que Del Potro par exemple). Dès la saison sur terre, il va être très dangereux. On sait que c'est sa surface de prédilection. Cela va aussi correspondre à la période de l'année où il a son pic de forme. On peut envisager de le voir gagner encore Roland-Garros. Son jeu est basé sur son physique. On sait qu'il s'appuie dessus. Une fois qu'il est lancé, on sait à quel point il est dangereux. Il faut juste qu'il revienne...

LES FRANÇAIS :

Charles86 - Le choix de Gilles Simon de "travailler" seul, un peu comme l'a fait Tsonga pendant plus d'un an, n'est-il pas plus un choix financier que tennistique?

P.M. : Il y a une dimension qui est difficile à cerner de l'extérieur. Lui comme Tsonga ont eu un coach qui leur a été imposé par la fédération quand ils étaient petits. Finalement dans l'esprit des gens, c'était un choix évident de les voir avec un coach. Lorsqu'une relation de longue durée s'achève, avant de se réengager avec un autre coach, ils ont besoin d'être seul un peu. Ils ont besoin de se rendre compte de ce qu'un coach peut leur importer. Cette période a un sens, si cette période est définie. Il ne faut pas que cette période dure trop longtemps.

Davcon - Que manque-t-il à Tsonga pour gagner un tournoi du Grand Chelem?

P.M. : Il lui manque un projet de jeu ambitieux. Ce qu'il n'a pas pu avoir ces deux dernières années, car il a évolué seul. Aujourd'hui, il a quelqu'un à ses côtés, il va pouvoir mettre sur pied un projet et le travailler tous les jours. Il a des qualités naturelles et de percussions énormes. Il doit progresser "vers l'avant". Il doit améliorer son retour de service sur première balle adverse, sur son efficacité sur les deuxièmes balles. Il doit prendre des initiatives et rentrer plus dans le court, et moins derrière la ligne. Pour ça, il doit maitriser un certain nombre d'enchaînements. Il doit aussi bien travailler le physique. Pour tourner autour du revers notamment et aller vers l'avant.

Benjamin - Comment décriez-vous la saison de Richard Gasquet ?

P.M. : Globalement, elle a été plutôt positive, quand on regarde son classement. Je regrette un peu qu'elle ait été en dents de scie. On peut le féliciter d'avoir cherché avec son coach à développer son agressivité un peu plus et son positionnement sur le terrain et ses intentions de jeu. On a vu qu'il avait cherché le plus possible à le faire. C'est bien. Mais il doit maintenant enchaîner les bons résultats. Il pourra élever son niveau de jeu grâce à ça. Il doit engranger de la confiance. C'est un vrai enjeu. C'est vrai pour beaucoup de joueurs, mais encore plus pour lui.

Vlad - Quel avenir pour Gaël Monfils, après ses nombreuses blessures et avec  sa séparation avec Patrick Chamagne?

P.M. : Il a vécu une année très décevante car il a été handicapé par son genou, une bonne partie de la saison. Il est 78e mondial aujourd'hui. Comme Nadal, il y a cette inconnue physique. On ne sait pas si c'est très grave ou pas. Si ses problèmes physiques sont résolus, il a un bel avenir. Il a un potentiel énorme. A n'importe quel moment, il peut faire de gros résultats s'il est dans une belle relation avec un coach. Ses qualités physiques et tennistiques sont au-dessus de la moyenne. Pour résumer, je dirai qu'il peut revenir dans le top 10 s'il est bien entouré, et que ses problèmes disparaissent.

LE TENNIS FEMININ :

Chen Olivier - Victoria Azarenka peut-elle dominer le tennis féminin sur une longue période comme Nadal  l'a fait avant elle, mais sur des surfaces différentes malgré leurs similitudes dans beaucoup de compartiments de jeu ?

P.M. : Azarenka a d'énormes qualités. Sa capacité à progresser d'année en année est la plus marquante. 2012 a montré qu'elle était encore plus dangereuse que l'année passée. Pour le moment, la route est relativement barrée par Serena, puisqu'elles se sont jouées cinq fois et que Serena a gagné cinq fois. Pour dominer le tennis mondial, elle doit s'imposer régulièrement face au top 5 mondial, et donc Serena. Elle est capable de le faire au vu de son niveau de jeu et de sa capacité à progresser. Kvitova a un énorme potentiel même si 2012 a été décevant. Elle a aussi le potentiel pour barrer la route d'Azarenka. Même si Victoria parvient à trouver la solution à la problématique Serena Williams, elle pourra à coup sûr dominer le circuit pendant de longues années. Pour l'instant, ce n'est pas le cas.

Matthieu - Serena Williams, que vous coachez, peut-elle réaliser le Grand Chelem? Est-ce votre objectif? Sera-t-elle assez motivée pour Roland?

P.M. : A la première question, elle a fait la moitié du chemin sur deux années. Sur une année, elle part de zéro. Ce qu'elle a fait sur les six derniers mois plaide en sa faveur. Elle a montré un niveau de jeu durant cette période exceptionnel. Mais ça ne donne aucune garantie sur l'avenir car les autres joueuses progressent. Serena doit aussi progresser. Son objectif n'est pas de faire le Grand Chelem. Mais à court terme, c'est de gagner l'Open d'Australie et Roland-Garros. Elle est motivée pour y parvenir. Mais il va falloir faire les efforts nécessaires pour y parvenir. Il lui faudra aussi être meilleure que les autres. Mais sur les six derniers mois, elle a été au-dessus. Mais je le répète : ça ne donne aucune garantie sur l'avenir.

LA COUPE DAVIS :

Leomessi - Pensez-vous qu'Arnaud Clément est le meilleur capitaine de Coupe Davis possible?

P.M. : C'est un bon choix. Il a plusieurs arguments pour lui : il a un excellent relationnel. Il a une grosse expérience de la Coupe Davis (il y a beaucoup brillé). Il est porteur de valeurs qui font cette compétition. Il s'est toujours investi à 100% et est allé au bout de lui-même. Il rassemble et incarne ces valeurs de dépassement de soi. Pour ces deux raisons, le choix est cohérent. Je pense aussi qu'il est motivé par ce poste et cette compétition. Il sera très enthousiaste et c'est important car la Coupe Davis se gagne avec ça. Ce qu'il va devoir surmonter, c'est le passage de l'état de joueur à l'état de capitaine. Il est passé l'un à l'autre très rapidement, sans coupure. Il va devoir être crédible dans ce nouveau rôle car les joueurs ont encore en tête celui qu'il avait en tant que joueur. Ca sera sa première problématique à gérer.

Mickael - Que pensez-vous de la finale de la Coupe Davis en l'absence de Nadal ?

P.M. : Sur le papier, ça peut paraître très déséquilibré. Mais ce n'est pas le cas car ça se joue à Prague et en Indoor, avec une surface très rapide. Les Tchèques ont Stepanek et Berdych. C'est un point important. Ce qui plaide pour l'Espagne c'est que le double est un point fort. Ils viennent de remporter le Masters. Et c'est un point qui compte. Et puis, on a un Ferrer en pleine confiance. Finalement, c'est très équilibré. En Espagne, sur terre battue extérieure, je n'aurais pas dit la même chose.

Patrick Mouratoglou
Patrick Mouratoglou

Patrick Mouratoglou est l’un des Top Coachs du circuit professionnel. Après notamment Baghdatis, Rezaï, Chardy et Dimitrov, il coache Serena Williams depuis juin 2012. Elle a retrouvé la place de N°1 mondiale et réalise les meilleures saisons de sa carrière. Coach WTA de l’année 2013, Patrick Mouratoglou dirige la Mouratoglou Tennis Academy à Paris. Créée en 1996, elle est l’une des plus prestigieuses Académies au monde pour ses activités Tennis-Etudes et les stages de tennis ouverts à tous.