Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
Le tennis féminin français a du talent
Il y a du talent dans le tennis français féminin, contrairement à ce que l'on dit. Il y a évidemment Marion Bartoli qui se détache de ses compatriotes, mais il ne faut pas oublier les autres, comme les Rezaï, Cornet, Mladenovic et Garcia qui forment toujours un réservoir de talent.
Bartoli a une équation à résoudre
Comme d'autres joueuses, Marion Bartoli a fait une bonne saison 2011 et n'a pas réussi à confirmer en 2012. Elle n'a pas dégringolé au classement, elle reste aux portes du top 10, mais elle n'a pas continué sa progression. Il y a deux éléments sur lesquels j'aimerais m'arrêter concernant Marion : son service et son projet de jeu.
En ce qui concerne ses mises en jeu, il faut se rappeler que lorsqu'elle était à son meilleur niveau, elle servait extrêmement bien. Elle avait un gros pourcentage de premières balles et une bon pourcentage de réussite. Cette saison, elle n'a pas réussi à reproduire les mêmes statistiques. Elle a aussi commis beaucoup plus de doubles fautes, ce qu'elle faisait peu auparavant. On sent que c'est un coup dans lequel elle a moins confiance, or c'était très important pour elle.
En ce qui le deuxième point, le jeu est quelque chose de très marqué chez elle. Elle était ultra-agressive en retour et très entreprenante. Elle a voulu faire évoluer son jeu en étant capable de jouer plus l'échange, et je ne suis pas sûr que cela aille dans le sens de son jeu. J'aurais fait plutôt l'inverse. Peut-être que c'est la raison pour laquelle la saison 2012 n'ait pas été à la hauteur de 2011. Elle a toujours des qualités indéniables, comme sa prise de balle tôt dans l'échange, sa capacité à couper les trajectoires et à écourter les échanges. Je pense qu'elle aurait tout intérêt à aller dans cette direction au lieu de se positionner un peu plus loin de la ligne, ce qui n'est pas la stratégie la plus payante pour elle de mon point de vue.
Si elle résoud cette équation service-jeu plus agressif, elle pourra jouer de nouveau son rôle d'outsider dans les tournois majeurs.
Les autres joueuses françaises ont des qualités à mettre en avant
Derrière Marion Bartoli, il y a deux joueuses intéressantes : Alizé Cornet et Aravane Rezaï. Elles ont toutes les deux été bien classées dans leurs premières années en rentrant dans le top 20. Elles sont resdescendues par la suite et sont en phase de reconstruction. Avec ce qu'elles ont déjà accompli, il n'y a pas de raison de croire qu'elles ne sont pas capables de reproduire cela une nouvelle fois l'une comme l'autre. Elles ont encore un certain nombre d'années devant elles.
Ensuite, il y a des jeunes qui poussent. Je veux parler de Kristina Mladenovic. Elle est enfin parvenue à entrer dans le Top 100 cette saison et remonte peu à peu vers le Top 50 grâce à des résultats intéressants en fin d'année au Québec (demi-finale) et une victoire à Taïwan fin octobre. Elle a de grosses qualités. Il ne faut pas oublier qu'elle a été championne du monde juniors, qu'elle a remporté Roland-Garros juniors également et qui a un potentiel évident. Elle est en train maintenant de s'exprimer comme elle veut maintenant qu'elle a résolu ses problèmes physiques. La voir s'approcher du Top 20 ne serait pas quelque chose de surprenant.
J'attends de voir aussi comment évolue Caroline Garcia. Elle n'a pas encore montré tout son potentiel, sa saison 2011 n'a pas été très bonne. Il n'empêche que ses qualités sont là. Il y a aussi un groupe avec Virginie Razzano, Pauline Parmentier qui n'exploitent encore complètement leurs qualités mais que l'on peut imaginer dans le top 50 sans que cela paraisse surréaliste. Pauline y est déjà entrée, Virginie a été dans le Top 20 (16e exactement).
Il y a donc de la qualité dans ce groupe-là, même si ces joueuses sont en échec relatif. La question est donc de savoir quoi faire pour tirer ce groupe vers le haut et retrouve son meilleur niveau. C'est une partie du travail qu'Amélie Mauresmo entreprend maintenant en Fed Cup. Espérons qu'elle trouve la réponse.























