Patrick Mouratoglou dirige depuis 15 ans l'Academy de tennis qu'il a créée, reconnue comme l'une des plus performantes au monde. Ancien coach personnel de Marcos Baghdatis, Anastasia Pavlyuchenkova, Aravane Rezaï, Jeremy Chardy et Grigor Dimitrov, il entraîne désormais Serena Williams. Auteur de "Eduquer pour gagner" (2007, Ed. Amphora), il dispose d'une tribune mensuelle dans de nombreux magazines internationaux et est consultant pour les antennes d'Eurosport sur les tournois du Grand Chelem.
2013, année décisive pour Tsonga
Est-ce que 2013 sera l'année de la dernière chance pour Tsonga pour remporter un titre du Grand Chelem ? C'est une question qui mérite d'être posée mais avec laquelle il faut prendre des pincettes. Surtout lorsque l'on voit David Ferrer réaliser la meilleure saison de sa carrière à 30 ans. Je reste persuadé que l'on peut continuellement s'améliorer. En revanche, pour Tsonga, il y a un point important à souligner : y a-t-il de vraies évolutions dans son jeu, comme il y en a eu chez l'Espagnol, récent vainqueur du Masters 1000 de Paris-Bercy. Faut-il que Tsonga apporte de la nouveauté ou non ? La réponse est probablement "oui" car cela va faire trois ans qu'il évolue au même niveau et que l'on ne voit pas comment il pourrait franchir un cap, en atteignant une nouvelle finale de Grand Chelem et surtout de battre régulièrement les membres du Top 4.
Je n'oublie pas qu'il a été sans entraîneur pendant une saison et demie. C'est difficile d'avoir un projet de jeu et de travailler sur des évolutions à apporter en étant seul. Il a fait le choix de se faire aidé par un coach attitré pour 2013, ce qui est une bonne chose. Je n'étais pas le seul à penser que c'était une chose à faire. Quel sera son projet de jeu pour 2013 ? Sans parler de tout révolutionner, changera-t-il des choses ? En allant plus au filet, par exemple ? En mettant plus de pression sur les secondes balles adverses ? En jouant le jeu de l'offensif à 100%, en sachant qu'il y a peu de joueurs qui sont capables de "puncher" comme lui en service et en coup droit ? Lui qui a une belle volée, une belle envergure, qui sait être explosif, a tous les atouts pour jouer vers l'avant. Ce qui est sûr, c'est que s'il ne le fait pas cette année, il y a peu de chance pour qu'il le fasse plus tard.
Je pense que si Jo-Wilfried a choisi Roger Rasheed, c'est qu'ils ont défini un projet de jeu et le travail à effectue. Peut-être ont-il déjà discuté du fond pour être sur la même longueur d'ondes sur la manière avec laquelle ils vont aborder le travail de cette année. Rasheed devra se montrer convaincant et autoritaire pour être crédible et rassurant. Jo a plein de certitudes, surtout maintenant qu'il a 28 ans, ce sera difficile de faire des choses nouvelles. S'il parvient à lui apporter plus de confiance et d'assurance dans la nouvelle voie à prendre, je pense que Jo le fera. En revanche, le vrai danger à éviter sera de reculer s'il n'y parviendra pas tout de suite.
Il est en tout cas intéressant de noter que le tennis français masculin est en pleine mutation. Tsonga a maintenant tourné la page Winogradsky, Gaël Monfils a décidé de se séparer de Patrick Chamagne, tandis que Gilles Simon et Thierry Tulasne ont mis fin à une longue histoire. 2013 sera de toute façon une année pleine de nouveautés, sans savoir où cela les mènera. Cette transition est un sujet intéressant car il est difficile de voir comment un joueur peut évoluer seul sur le circuit avec tout le travail à accomplir et la logistique à assurer. C'est difficile d'être lucide sur soi. Les joueurs, dont 99% évolue avec des coaches à l'année sur le circuit professionnel, ont besoin de soutiens psychologiques. Donc ce choix d'évoluer seul peut être difficile à comprendre.
Pourtant, il faut être conscient que tous ces joueurs sont sur le circuit fédéral depuis tout petit. Ils ont toujours eu des coaches, imposés la plupart du temps, sans avoir pris conscience de tout ce que cela implique. Pour certains, il est important de passer par cette phase où ils sont seuls pour prendre conscience de ce qu'un coach peut réellement leur apporter. Repartir avec un entraîneur que l'on choisit après cette phase de transition va donner beaucoup plus de sens à ce partenariat.























