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Mouratoglou : Djokovic-Murray, le règne à deux têtes
30/01/2013 - 14:00

Mouratoglou : Djokovic-Murray, le règne à deux têtes

L’Open d’Australie se termine donc par la confirmation de la suprématie de Novak Djokovic, actuel N°1 mondial qui l’emporte face à l’Ecossais Andy Murray dans une finale désormais classique.

DJOKOVIC - MURRAY, DUEL DU FUTUR

L’année 2012 aura vu les tournois du Grand Chelem partagés entre quatre joueurs différents. De 2004 à 2010, ils n’étaient globalement remportés que par Roger Federer et Rafael Nadal. En 2011, c’est Novak Djokovic qui avait frappé très fort en en remportant trois sur quatre.

Désormais, le circuit mondial semble s’orienter vers un règne à deux têtes constitué de Djokovic et Murray puisqu’ils ont inscrit leur nom au palmarès des trois derniers événements importants (JO : Murray, US Open : Murray, Australian Open : Djokovic). Ils ont incontestablement pris une option sur les autres membres du Big 4, bénéficiant à la fois de l’absence très prolongée de Rafael Nadal et de la énième défaite de Roger face à l’un de ces deux joueurs.

DES PROFILS DE JOUEURS MODERNES ?

Il faut prendre en considération le fait que les conditions de jeu (combinaison surface de jeu / balles) ont été globalement extrêmement ralenties depuis une dizaine d’années et surtout ont été homogénéisées. Les Djokovic et Murray sont les premiers produits de ces nouvelles conditions. La sélection naturelle a œuvré. Ils proposent tous les deux des profils très semblables : remarquable couverture de terrain, grande efficacité en retour de service, excellent pourcentage de points gagnés après leur première balle, contreurs de fond de court qui apprécient la diagonale-revers dans laquelle ils utilisent le décalage coup droit et le revers long de ligne pour déstabiliser l’adversaire. Ils jouent un tennis-pourcentage avec une prise de risque toujours très mesurée ce qui explique qu’ils affichent souvent des statistiques de match avec très peu de fautes directes.

Ils aiment s’installer dans une filière longue, car leur préparation physique exemplaire leur permet d’user l’adversaire. Ceux qui cherchent à raccourcir les échanges et à percuter sont souvent contrés ou poussés à la faute par un adversaire qui donne toujours une balle supplémentaire à jouer et qui, non seulement couvre parfaitement son terrain, mais de plus, touche des zones de jeu longues qui permettent la meilleure protection possible face aux agressions ennemies.

Leur présence pose réellement question pour les purs attaquants. Ont-ils encore une chance de régner dans un monde ralenti dans lequel de nouveaux mutants montrent les qualités idéales pour dominer sur ces surfaces ?

LES TSONGA ET FEDERER ONT-ILS ENCORE UNE CHANCE ?

Sur cet Open d’Australie, le Suisse avait pourtant retrouvé son meilleur tennis. Il était rapide, explosif, efficace en coup droit, et servait à merveille. Cependant, il a dû s’incliner face à Murray. Nole et Andy sont, à mon sens des "Hewitt améliorés".

Comme lui, ils contrent et couvrent parfaitement le court, mais servent beaucoup mieux en première balle, et retournent exceptionnellement bien. L’Ecossais a remis en jeu 75% des premiers services de Federer lors de cette demi-finale, il a donc bénéficié de beaucoup moins de points gratuits que par le passé. Roger a toujours la pression sur ses engagements, accentuée par les statistiques impressionnantes au service de son adversaire (21 aces sur le match). Dans l’échange, ils sont plus puissants que ne l’était Lleyton, et décalent beaucoup plus en coup droit pour faire mal.

Les attaquants doivent mener une réflexion pour trouver plus d’efficacité dans leur tennis agressif. Les schémas tactiques de Tsonga et de Federer sont trop prévisibles face à des contreurs de cette trempe. Il me semble impératif de procéder à de légers ajustements techniques et tactiques. Pour n’en citer que quelques-uns, il est indispensable d’exploiter la faiblesse de la seconde balle de Murray (souvent courte et aux alentours de 110, 120 km/h). Le chop systématique de Roger sur ce coup ne permet pas d’en tirer un avantage. Idem sur première balle adverse où le chop sur le revers du Suisse est tellement systématique que Murray décale en coup droit immédiatement après sa première balle et commence à déborder Fed.

Roger a abandonné son chip croisé court, si efficace par le passé, qui constituerait pourtant une arme sans précédent lorsque l’adversaire joue son coup droit long de ligne haut et lifté sur le revers de Roger.

Les exemples sont nombreux, et il convient de réellement mettre en place une stratégie de jeu adaptée aux habituels schémas tactiques mis en œuvre par les deux contreurs. Si Federer et Tsonga acceptent le défi, je suis convaincu qu’ils ont un avenir face à ceux qui, aujourd’hui, règnent.

OU EN EST RAFA ?

Le cas de Rafael Nadal est plus périlleux car son absence si prolongée pose question quant à son réel état physique. Ses genoux sont en souffrance, et son intensité physique l’un de ses principaux atouts. Il commence à payer le prix de toutes les contraintes imposées à son corps pendant de nombreuses années. S’il n’est plus gêné sur le plan médical, il pourrait retrouver son niveau de jeu lors du second semestre 2013.

LES JEUNES TARDENT A MONTRER LEURS QUALITES

En ce qui concerne les jeunes, ils ont pointé le bout de leur nez lors de ce début de saison. Le plus convaincant a été l’Australien Bernard Tomic en gros progrès. Son service a gagné en efficacité, et il joue désormais avec plus de prise d’initiative, son coup droit est plus incisif et il met beaucoup plus de vitesse de main dans ses frappes. Son jeu s’est durcit. Il a pris confiance et devrait logiquement devenir de plus en plus dangereux en cours d’année. Je l’ai personnellement trouvé impressionnant. S’il parvient à se canaliser son caractère, s’il conserve son sérieux aux entrainements, il faudra sérieusement compter sur lui, d’autant qu’il possède le même style de jeu et les mêmes caractéristiques que Novak et Andy. Il lui reste à progresser essentiellement dans son déplacement. Je le vois atteindre le Top 20 avant la fin de l’année.
Grigor Dimitrov, star en puissance, a marqué les esprits à Brisbane en atteignant la finale et en pratiquant un tennis d’une rare qualité. Malheureusement, il s’est ensuite incliné au premier tour de Sydney puis de l’Open d’Australie face à Julien Benneteau. Trop irrégulier dans la qualité de ses performances, sans solution lorsqu’il pratique un tennis moins inspiré, le jeune Bulgare va devoir solidifier son fond de jeu et trouver plus de régularité dans ses prestations. Il est malgré tout en progrès, et je l’imagine Top 30 avant la fin de l’année.

Nous ne pouvons évoquer les jeunes sans cité le canadien Milos Raonic, de loin le plus avancé des trois compères au classement. Il n’a pas progressé récemment et ne m’a guère impressionné en Australie. Je le trouve en retrait dernièrement, plus loin derrière sa ligne de fond de court, moins dangereux. Il possède cependant un bon mental et il pourrait s’approcher du haut du classement fin 2013.

Ajoutons à ce trio l’Américain Ryan Harrison très décevant depuis un an, le Russe Andrey Kuznetsov qui a battu Monaco au premier tour et qui possède un tennis flamboyant mais qui manque de physique pour le moment. Enfin le Lituanien Ricardas Berankis très talentueux mais un peu limité par sa très petite taille mais que je vois intégrer le Top 50 dans l’année.

UN BON TOURNOI POUR LE CONTINGENT FRANÇAIS

Les bonnes surprises sont multiples côté français. Celui qui aura le plus marqué ce tournoi est incontestablement Jérémy Chardy. Le Palois a, en effet, atteint pour la première fois de sa carrière les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem en disposant notamment de Juan Martin Del Potro au passage. Ce qui est marquant chez le Français, c’est l’intelligence tactique dont il a fait preuve. Nouvellement armé d’un revers chopé, il a su en faire le meilleur des usages, l’alternant long et court face à l’Argentin pour mieux décaler avec son coup droit. Jérémy a montré un calme et une sérénité nouvelle, preuve d’un gain de maturité. Il a été impressionnant au service et en coup droit, ses deux armes favorites avec lesquelles il percute violemment. Cet excellent résultat lui permet d’atteindre le meilleur classement de sa carrière, le 25e rang mondial, et les progrès ainsi que la confiance acquis devraient lui permettre de continuer d’avancer.

Nous attendions beaucoup de Jo-Wilfried Tsonga depuis qu’il a rendu public sa collaboration avec Roger Rasheed, l’Australien. Il a montré de réels progrès : un perte de poids évidente, signe d’un intensif travail physique à l’intersaison, une agressivité supérieure notamment en revers, coup avec lequel il va plus souvent long de ligne, et plus d’intention de jeu sur les secondes balles adverses. Gardons cependant en mémoire que le Manceau a besoin de temps pour bien digérer ces ajustements. Par ailleurs, le principal chantier, les hauts et les bas permanents dans les matches, n’est toujours pas résolu. Cependant, il est incontestablement sur la bonne voie, et nous pouvons imaginer désormais une année intéressante pour lui.

Pour ce qui concerne les autres Français, rien de nouveau pour Richard Gasquet toujours aussi solide lorsqu’il joue des adversaires inférieurs au classement, mais toujours sans solution face aux meilleurs, ni pour Gilles Simon, toujours dans sa filière très longue, qui ne lui permet pas d’aller loin dans les tournois du Grand Chelem, victime de problèmes de récupération. Concernant Gaël Monfils, il est clairement à la recherche d’une structure (entraineur, préparateur physique, kinésithérapeute) pour repartir à l’assaut du Top 10 mondial. En attendant, il fait du Monfils.

PATRICK MOURATOGLOU

 
 
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