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Comment Djokovic a repris la main contre Nadal
13/11/2013 - 13:31

Comment Djokovic a repris la main contre Nadal

Le Masters vient de se terminer sur une victoire sans contestation de Novak Djokovic qui a surclassé Rafael Nadal dans tous compartiments du jeu. C’est l’heure du bilan. La saison est terminée à l’exception de la Coupe Davis qui opposera la Serbie de Djokovic à la République tchèque emmenée par Tomas Berdych.

Le cadre des duels entre les deux hommes

Le duel Nadal / Djokovic est un véritable feuilleton à épisodes. Leur confrontation était la 39e entre les deux hommes.

En 2011, le Serbe avait frappé très fort dans leurs duels en remportant la totalité d’entre eux (6 matches consécutifs). Outre les explications techniques ou tactiques, il avait acquis un véritable ascendant psychologique sur son rival. Cet ascendant se traduisait par l’incapacité du Majorquin à trouver la longueur de balle nécessaire. S’exposant trop au contre de Nole, Rafa subissait les assauts répétés du Serbe, lequel mettait en mouvement une véritable entreprise de démolition.

En 2012, après l’Australian Open, le rapport de force a change dé camp. Six victoires à une pour Nadal, qui a repris la main jusqu'à la finale de l’US Open 2013, encore remportée par le Majorquin. Seule exception sur cette période, la finale de Monte-Carlo qui a tourné en faveur de Novak.

Selon moi, ce retour en force de Rafa a été rendu possible par une certaine perte d’autorité du Serbe. Elle a permis à Rafa de croire à nouveau en ses chances. Il avait lui-même reconnu après sa défaite en finale de l’US Open 2011 qu’il n’arrivait pas à y croire face à Novak. Ce contexte a permis à l’Espagnol de se libérer un peu plus, de trouver plus de longueur de balle et de développer un tennis plus agressif. Le rapport de force psychologique s’est ensuite inversé et nous avons assisté à des oppositions dans lesquelles le Serbe entrait très mal dans la partie, comme pris par l’enjeu (demi-finale de Roland Garros 2013 ou finale de Cincinnati 2013).

Et puis, il y a eu ce nouveau tournant : après l’US Open, lors du tournoi de Pékin, Djokovic perd sa place de numéro un mondial. Mais il remporte la finale du tournoi en écrasant Rafa en finale. Depuis, il poursuit sa série victorieuse de 22 matches consécutifs, et quatre tournois remportés à la suite. Il est intouchable.

Je pense que la perte de ce rang a constitué un véritable déclic dans son année. Comme le Serbe est un grand champion, il parvient à gérer l’immense pression qui accompagne ce statut, mais le fardeau devient trop lourd à porter lorsqu’il s’agit d’affronter son principal rival Rafa. Il ne se libère pas, joue pour ne pas perdre. Depuis qu’il abandonne ce fardeau à son désormais dauphin, il aborde à nouveau ces finales comme un vrai challenger n’ayant rien à perdre. Il pratique un tennis inspiré et audacieux.

Il n’est pas aisé de comprendre ce que représente, y compris pour d’immenses champions, la pression d’entrer sur le court en tant que favori chaque jour de l’année, le fait de savoir que tout le monde attend de vous que vous gagniez chaque match. Je suis convaincu que cette pression a pesé dans certains grands matchs, dans lesquels je n’ai pas reconnu l’état d’esprit de "tueur" de Djoko. Depuis la perte de son classement au sommet du tennis mondial, j’ai l’impression de retrouver le Nole de 2011. Il semble confiant, et affamé.

Lorsque les deux joueurs évoluent à leur meilleur niveau, je vois un net avantage pour Djokovic.

La finale du Masters

Nadal a très mal débuté le match, comme la veille face à Roger Federer, mais le Suisse n’avait pas su en tirer parti (3 balles de break non converties). Clairement tendu, la balle sort mal de la raquette. Il semble plus lent qu’à son habitude, y compris dans sa préparation de coup droit. Djokovic, de son côté, démarre sur les chapeaux de roue. Il est clairement venu sur ce match pour démolir l’adversaire. Lorsqu’il aborde les matches de cette manière, il est très, très fort. Les premiers jeux ressemblent à un match de Mike Tyson à sa grande époque. Nole frappe, uppercut au premier round, Rafa est sonné. Le ton du match est donné. Rafa se rappelle forcément de tous ces duels perdus face au Serbe et ce début de match lui fait très mal.

Dès lors, Nadal joue court dans l’échange, peine à passer à l’attaque car il est dominé, et est sous pression sur toutes ses secondes balles car Djoko le cogne dès que l’occasion se présente.

Le Serbe a clairement mis à exécution un plan préparé à l’avance. Très intelligent sur les retours de service sur première balle adverse, Nole joue plein centre très long pour prendre la main immédiatement et souvent plein champ coup droit alors que le Majorquin est habitué à tourner autour du revers après ses premiers services. Il le surprend et le prend à contre pied. Conséquence : seulement 57% de points gagnés après sa première balle de service pour l’Espagnol. Sur toutes ses secondes, Rafa est pris à la gorge, ce qui le pousse à commettre des doubles fautes, plus qu’à l’habitude (4) et à des moments importants.

Au service, le Serbe a été impressionnant dans sa maîtrise des services extérieurs. Il a abusé du slice court aux égalités et du kick court aux avantages, repoussant Nadal et l’obligeant à s’excentrer énormément. La plupart des joueurs s’obstinent à servir fort face à Rafa alors qu’il bloque très bien ce type d’engagements et n’utilisent pas le fait qu’il se tient environ 6 mètres derrière sa ligne de fond de court pour retourner. Le plus efficace des services est clairement le service court extérieur dont a abusé Novak. Il a fait très mal à son adversaire en s’ouvrant systématiquement le court pour le second coup après l’engagement.

Enfin, il a su varier et claquer des aces au T sur les points importants alors que Nadal anticipait souvent le service extérieur.

Dans l’échange, le positionnement sur le court est essentiel car il permet de diriger les échanges. C’est Novak qui a remporté ce duel, passant beaucoup plus de temps à l’intérieur du terrain que son adversaire. Il a donc remporté le match de la prise de terrain Nord-Sud, ce qui lui a permis de dominer la majorité des rallyes.

Lorsqu’il était en position de défense, le Serbe parvenait souvent, sur un coup, à neutraliser en trouvant de la longueur de balle et reprenait alors souvent la main.

En position d’attaque, il  a fait très mal à son adversaire en utilisant son revers croisé dans le coup droit de Rafa, qui déteste se faire priver de temps de ce côté, et lui a également asséné son fameux revers long de ligne. Il a utilisé, comme à son habitude, son coup droit pour distribuer en prenant la balle tôt et a su venir au filet terminer les points. De ce point de vue également, il a fait mal à Nadal car il l’a empêché de prendre confiance en ramenant trop de balles.

Mais s’il y a un point sur lequel Nole a été exceptionnel dans ce match, c’est la longueur de balle. Il a su garder l’Espagnol en permanence loin de sa ligne en le forçant à reculer et à jouer court.

Quelques faiblesses chez Djoko

Si Djoko a été impérial dimanche, il reste des motifs d’espoir pour Rafa dans leurs prochaines rencontres. Quelques faiblesses demeurent dans la panoplie de Djokovic, même si elles n’ont été que peu perceptibles ces derniers mois.

Le Serbe n’aime pas que l’on ralentisse le jeu et varie les hauteurs sur son côté fort, le revers. Il aime le rythme et craint le chop bas. Dimitrov a très bien su le faire déjouer à Madrid en employant cette tactique. Lorsqu’il perd confiance en son coup fort, l’ensemble de son jeu en souffre. Le problème, c’est que le chop de Rafa est trop flottant et que son revers tombe sur le coup droit de Djoko car il est gaucher.

Mais Nadal a su faire mal à son adversaire en l’attaquant fort et long côté coup droit, notamment en le prenant à contre pied. Nole a souvent eu un plan de frappe trop en retrait et a commis des fautes.

Si, dimanche, il a été très fort au filet, cela reste l’une des faiblesses de son jeu et il y a quelque chose d’exploitable de ce côté.

Duels Rafa /Nole

Lorsque les deux joueurs évoluent à leur meilleur niveau, je vois un net avantage pour Djokovic. Ce dernier l’a d’ailleurs battu sèchement dans cette finale comme à Beijing.

Djokovic possède plus de clés pour l’emporter que son adversaire à condition d’aborder le match avec détermination et ambition. Le Serbe possède le tennis que Rafa craint avec cette capacité à prendre tôt et à le priver de temps pour poser son jeu et pour déclencher ses frappes violentes.

Le fameux coup droit enroulé haut dans le revers adverse de Rafa ne gêne pas Novak qui prend la balle avant le sommet du rebond et utilise l’énergie contenue dans la balle pour la retourner contre le Majorquin.

Nole possède également un coup droit arrondi qui sort Rafa côté revers, ce qui rend difficile le coup long de ligne pour changer de diagonale.

En défense, Djoko est l’un des seuls joueurs qui parvient à revenir en attaque grâce à sa qualité de défense et à sa longueur de balle.

J’ai l’impression que les duels Rafa / Nole se jouent sur le mental. Mais je ressens également que l’Espagnol a été marqué par ses échecs répétés en 2011 face à son principal rival. Dès lors, il ressent, lorsque le Serbe retrouve l’état d’esprit conquérant et cela le tétanise. J’ai senti Rafa totalement sous pression dans cette finale, comme à Pékin.

Lorsque Novak aborde les duels avec l’état d’esprit de conquête, il remporte le match dans la quasi-totalité des cas. Le résultat est donc dépendant de son état mental. Et en ce moment, il évolue au plus haut.

Si le Serbe remporte la finale de la Coupe Davis avec son équipe face à la République tchèque, il peut être intouchable en 2014.

 
 
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