"Coupes d'Europe: il est urgent de ne rien changer"

"Coupes d'Europe: il est urgent de ne rien changer"
le 19/09/2013 à 12:39

Les clubs français, via la LNR et en accord a priori avec leurs collègues anglais, menacent de  descendre dans la rue, contestant ainsi le  pouvoir de l’ERC, société  organisatrice  des coupes d’Europe. Un pouvoir qui a pourtant été renouvelé à cette institution dans un passé pas si lointain et dont le français Jean-Pierre Lux en est le président.

Français et Anglais  menacent de créer leur propre compétition s’il n’intervient pas de changement dans la formule des compétitions et dans la répartition des revenus. Clairement, sont mis en cause les avantages accordés aux  franchises celtes (pays de Galles, Irlande, Ecosse) et italiennes, toutes impliquées dans la compétition de la "Celtic League".

Légalement, il  paraît difficile de réaliser une telle sécession. Ce serait en tout cas fort dommageable pour le rugby, qui aurait ipso facto beaucoup à y perdre. Surtout en terme de crédibilité et de visibilité que la coupe d’Europe a fini, avec bien du mal, à acquérir au fil des années.

Sans entrer dans le domaine des problèmes politiques indubitablement omniprésents ni sur la légitimité de la répartition des revenus, facteur majeur en cette période de crise, je préfère donner un avis sur la dimension sportive.

Bien sûr que le système de qualification actuel dans la coupe d’Europe n’est pas représentatif de la même équité sportive pour tous les participants.  En Top 14 et en Premiership (championnat anglais), la représentation concerne les clubs. Les deux championnats nationaux  donnent lieu à un classement et une qualification "au mérite" dans la saison considérée.  En revanche, les franchises celtes, auxquelles s’ajoutent les deux italiennes, ne participent pas dans leur pays à un championnat national. La compétition, appelée "Celtic League", voit s’opposer ces franchises qui n’utilisent pas pour autant le même système de qualification, ignorant le mérite.

On ne peut pas dire qu’en qualifiant toujours les mêmes franchises pour chacune des nations, quels que soient les résultats dans la compétition qui les oppose, on soit dans le "sportivement parlant" correct.

L’effet pervers c’est qu’à l’inverse du Top 14 et de la Premiership, compétitions très concurrentielles pour accéder à la fois à un titre national et à une représentation en Heineken Cup,  qu'il serait logique de reprocher aux diverses franchises de se servir de cette compétition pour préparer dans les meilleures conditions les joutes européennes. La compétitivité que l’on serait en droit d’attendre est donc en cause.

D’un côté, sous l’égide respectivement de la LNR et de la Premiership, on vise un titre national. De l’autre, dans la Ligue celte, l’état d’esprit par rapport à la compétition ne peut pas être le même, puisqu’il s’agit bien de faire se rencontrer des équipes représentatives du meilleur niveau dans leur pays respectif par franchises interposées. L’objectif étant de préparer  les collectifs  le mieux possible à la fois pour la coupe d’Europe mais aussi pour leur équipe nationale, cela nécessite pour les trois nations une présence  constante dans la compétition la plus relevée.

Perdre cette dynamique de visibilité que génère la Coupe d’Europe majeure risquerait à terme d’affaiblir la politique sportive mise en place dans ces pays. Changer ce qui aujourd’hui marche bien est un risque. Les franchises, principalement irlandaises et galloises,  à un degré moindre écossaises et pourquoi pas demain italiennes, ont au fil du temps acquis ou sont entrain d’acquérir une renommée sportive qui attire et intéresse  public et partenaires.