"Il aurait fallu le meilleur Toulon contre Toulouse"

"Il aurait fallu le meilleur Toulon contre Toulouse"
le 01/10/2012 à 14:21

Certainement, Toulon avait de bonnes raisons de rencontrer les champions toulousains avec une équipe qualifiée de bis. Personnellement, je considère que les défis de ce type entre les meilleurs au classement du moment devraient rester un "label" que l’on ne devrait pas brader.

Les Toulonnais n’ont pas été jusqu'à ce jour la seule équipe à avoir fait ce choix et ne seront pas les derniers. Les raisons sont toutes recevables. La qualité et quantité des effectifs, aujourd’hui, dans les grosses écuries amènent les staffs techniques à gérer leur collectif de manière à donner, via le fameux temps de jeu, leur chance à tous, les stars et les autres. La concurrence, dit-on saine, qui est recherchée est forcement plus facile à imposer dans le système professionnel où les joueurs sont placés face à de plus en plus de contraintes contractuelles.

Indirectement, le système protège les entraineurs de mouvements d’humeur de la part de ceux qui ne sont pas élus surtout quand il s’agit d’un match à enjeu entre deux grosses cylindrées. Les objectifs futurs et le banc de touche restent un moyen d’atténuer le ressenti et les éventuels états d’âme des stars qui ne sont pas sollicitées d’entrée de jeu.

Il faut dire que chacun peut toujours revendiquer "l’appartenance au groupe". La connotation stratégique qui justifie habituellement le positionnement sur le banc de touche vise à laisser penser le contraire. Leur implication (le plus souvent autour de la soixantième minute et au-delà) ne peut remplacer la confiance ressentie quand on est sollicité en début de match. Bien sûr, la valorisation de celui qui "entre" est réelle quand l’inversion du résultat en est la conséquence. Cette entrée peut donner l’impression d’un coaching pertinent quand le succès de son équipe est préservé sans problème, mais peut devenir dévalorisante dans tous les cas de figures.

Pour Toulon, compte tenu des succès précédents, il me semble logique de croire et d’espérer que les joueurs qui ont le plus souvent largement contribué aux six premières victoires pouvaient être particulièrement motivés et enthousiastes pour jouer à 100% ce choc majeur. L’engouement sportif suscité par cette rencontre méritait que toutes les forces respectives des deux clubs soient impliquées. Quand on sait que de tels défis sont pour les joueurs, non seulement un moyen de progression et de valorisation personnelle, mais aussi un moyen de s’évaluer collectivement en s’engageant sans calcul avec tout leur potentiel. Le désir profond de chacun ne peut, dans des matchs défis, se satisfaire de congés et pas davantage d’une place sur le banc. Quel joueur, quel que soit son niveau et son statut au sein d’un club, se verrait, sans regret, être privé de ce plaisir et honneur ? Je dirais même particulièrement et surtout les stars de plus en plus nombreuses qui aujourd’hui étoffent les collectifs des clubs phares.

En présentant une équipe compétitive, Toulouse n’a pas eu à trembler et a pu développer compte tenu des circonstances un bon rugby y compris dans les intentions à la main. Toulon n’a pas pu et su leur créer de problèmes même si le temps exécrable qui sévissait sur le Stadium pouvait à priori les favoriser. Ce collectif a montré en ce début de championnat grâce à leur excellente défense, qu’ils avaient à défaut d’un jeu offensif abouti, l’art et la manière de profiter des récupérations, ce qui n’est pas au demeurant une force négligeable. Mais pour qu’il en soit ainsi, il fallait faire douter Toulouse sur ses terres, il aurait fallu le meilleur Toulon, celui qui avait avec ses cadres les moyens d’empêcher leurs adversaires de prendre aussi largement le score.

Quid de cette impasse quant aux objectifs futurs recherchés ? Alors n’aurait il pas été intéressant de choisir de défier Toulouse dans cette continuité de victoires plutôt convaincantes et rassurantes ?