Le jeu argentin va s’enrichir

Le jeu argentin va s’enrichir
le 13/09/2012 à 10:30

La concomitance entre le début du Top 14 et les Four-Nations nous immerge dans du rugby non-stop. Il ne serait pas opportun de vouloir comparer le rugby du Sud et celui pas forcément exaltant que nous propose le haut niveau français en ce moment. Mais justement: dans les Four-Nations, la réunion des Argentins avec les trois sudistes traditionnels ne manque pas d’interêt.

En effet, les Pumas ne sont-ils pas les dépositaires du jeu européen et plus particulièrement français puisque une grande majorité de l’effectif a évolue depuis de nombreuses années dans le Top 14 ? Cette appartenance est certes insuffisante pour gommer sa propre culture, mais reste suffisante pour avoir imprégné ce rugby fait de formes et comportements puisés à la fois dans le jeu de notre championnat et dans les méthodes de formation des clubs français. C’est bien en effet le rugby français qui, en les accueillant, leur a permis de devenir dans le temps les compétiteurs qui, aujourd’hui, nous posent problème. D’autant plus que les confrontations franco-argentines ont été bien plus nombreuses que celles qui les opposaient de manière très épisodiques aux trois meilleures nations sudistes.

On attendait donc avec intérêt de voir comment ils allaient se comporter dans la globalité d’une compétition relevée. Leur rugby, résistant et téméraire serait-il suffisant pour rivaliser et éviter des défaites retentissantes. Pour le moment, je dirais qu’ils s’en tirent plutôt bien. Ils sont loin de ne faire que de la résistance. Ils y ajoutent ce brin d’audace, celui que leur "talent de joueur" que l’on ne leur reconnait pas assez, forcément leur autorise. Audace et force d’entreprendre sont des ingrédients bien présents dans le jeu produit et ils sont indispensables si l’on veut que l’engagement dans le combat ait une raison d’être et ne soit pas une boîte vide se finalisant dans le combat pour le combat.

S’ils persistent dans cette évolution, en allant vers une production plus ambitieuse fondée sur une judicieuse évaluation des risques, le jeu argentin va s’enrichir. Cette compétition va alors être un atout intéressant pour aller vers une progression significative. On aura l’occasion d’apprécier cette évolution lors du prochain test que les Pumas joueront à Lille en novembre.

La suprématie attendue des All Blacks ne se dément pas. Après trois matchs leur consécration ne fait pas de doute. Certes, ils n’ont pas encore rencontrés les Sud-Africains qui, fidèles à eux mêmes, ne manqueront pas de leur imposer leur rugby physique qui permet de gagner ponctuellement un match, mais trop imparfait tactiquement pour rivaliser de manière pérenne.

Quant aux Australiens, ils me semblent patiner depuis pas mal de temps. Leur rugby est fait de moins d’initiatives, et, en conséquence, de moins de sa vitesse. Leur victoire contre les Springboks n’a pas été significative et la résurrection que public et médias attendaient tarde à venir. Le mal est peut être plus profond que prévu. La culture du rugby dans ce pays a encore du mal à s’imposer et les deux compétitions majeures que sont le Super 15 et le Four-Nations ne suffisent pas à créer une dynamique identitaire comme celle qui existe dans d’autres sport australiens de balle ovale. Lee Smith, un technicien néo-zélandais qui connait bien ce pays, pense que la base n’est pas suffisamment large pour que le meilleur niveau actuel en profite. Selon lui, il faudrait créer des compétitions intermédiaires pour les clubs ou pour des provinces, comme la Curry Cup en Afrique du Sud ou l’ITM Cup en Nouvelle-Zélande.

Ce qui n’est pas le cas, et le haut niveau n’est pas suffisant pour attirer jeunes et les talents qui vont avec le nombre. Ce manque de profondeur dessert le haut niveau surtout que pas mal de stars sont aujourd’hui vieillissantes...

Cette équipe australienne, que l’on va accueillir en novembre prochain, est-elle capable de proposer le rugby total qui avait été le sien il y a deux ans au stade de France ? Ce n’est pas sûr. Quand on se sent plus faible, la tendance est de chercher refuge dans un rugby prudent, privilégiant la défense, limitant la prise de risque et s’appuyant sur un buteur efficace. Un style qui peut faire espérer, si les résultats surgissent, que le meilleur jeu, qui a fait la gloire des Wallabies et qui correspond à la culture de spectacle indispensable dans ce pays, en sera la conséquence. A voir !